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Nadir Maguet, 3e à Transvulcania 2026 : le skyrunner qui s'impose aux ultras

Par Marc Blanc·11 mai 2026·5 min de lecture
Nadir Maguet, 3e à Transvulcania 2026 : le skyrunner qui s'impose aux ultras

Podium sur sa première longue distance, stratégie de course millimétrée, CCC en ligne de mire : Nadir Maguet ne bascule pas dans les ultras par hasard.

Troisième place sur sa première vraie course longue distance. Une remontée décisive dans les derniers kilomètres, un podium construit sur la montée finale après des heures de gestion prudente. Ce que Nadir Maguet a réalisé à la Transvulcania Ultramarathon 2026 va bien au-delà d'un résultat : c'est la démonstration méthodique qu'un skyrunner d'élite peut imposer sa logique sur une course ultra.

L'Italien Nadir Maguet a terminé troisième de la Transvulcania Ultramarathon 2026 à La Palma, après avoir dépassé le Français Damien Humbert, qui n'était qu'à trente secondes devant lui au dernier ravitaillement. Venu du ski alpinisme et du skyrunning, Maguet courait là sa première distance ultra significative, délibérément choisie comme tremplin vers son objectif principal de la saison : la CCC à Chamonix, sa première course de 100 kilomètres. Dans une interview publiée par iRunFar, il livre une analyse précise de sa gestion de course, de ses émotions dans les derniers kilomètres et d'un été dont il a dessiné chaque jalon avec soin.

Le skyrunning comme curriculum, la descente technique comme capital

Nadir Maguet n'a pas découvert la montagne par le trail. Il est arrivé par le ski alpinisme, discipline de vitesse verticale pure, avant de passer aux courses verticales, puis aux skyraces, puis aux marathons. Une progression méthodique, presque scolaire, qui lui a forgé des fondations que peu de débutants en ultra possèdent.

Italian trail runner ascending steep basalt volcanic ridge on La Palma island during Transvulcania Ultramarathon, dense

Ce parcours lui confère un atout immédiat sur la Transvulcania : la maîtrise de la descente technique. Le tracé se clôt sur 2 500 mètres de descente, chiffre qui impressionne sur le papier et vide les jambes de quiconque manque de technicité. Maguet, lui, avait anticipé. "J'aime généralement les descentes techniques," a-t-il confié à iRunFar. "J'ai essayé d'arriver à la descente avec de l'énergie dans les jambes pour avoir un finish fort."

La Transvulcania n'est pas un skyrace calibré sur 30 kilomètres. Mais sa topographie, terrain volcanique de La Palma, dénivelé massif et technicité permanente, en fait un parcours hybride qui convient à un athlète capable de lire la roche autant que de gérer un effort prolongé. La Transvulcania, c'est un peu un skyrace qu'on aurait étiré jusqu'au point de rupture.

Écouter son corps plutôt que la course : la gestion à l'italienne

À 8 kilomètres, au checkpoint de Los Canarios, Maguet a pris une décision tactique : sentant qu'il allait bien, il a accéléré devant le groupe pour imposer son propre rythme. Non par impulsion, mais par écoute de lui-même. "Le mieux est de savoir s'écouter," a-t-il expliqué à iRunFar. "J'ai toujours essayé de rester dans mes limites et de courir selon mes propres capacités."

Cette gestion centrée sur ses propres sensations, plutôt que sur la course des adversaires, est typique des meilleurs skyrunners. La contrainte de distance impose la prudence ; la maîtrise technique donne la confiance. Maguet a navigué dans le milieu du top 10 pendant la montée vers Roque de los Muchachos, point culminant du parcours, sans chercher à forcer le rythme des leaders.

Il reconnaît néanmoins un moment de doute. Quand ses accélérations dans les montées ont étiré le groupe, il s'est demandé s'il n'aurait pas mieux fait de rester dans le peloton. "Comme on dit en italien : ne réveillez pas un chien qui dort," rapporte-t-il à iRunFar. Un aveu d'humilité rare, qui en dit long sur sa lucidité en course, et sur la nouveauté que représente pour lui ce type de distance.

Trente secondes de retard, un podium en vue : la remontée qui change tout

Exhausted trail runner overtaking a competitor on steep exposed volcanic ascent near the finish of an ultramarathon, oce

Au dernier ravitaillement, Maguet aperçoit Damien Humbert à trente secondes devant lui. La troisième place devient soudainement tangible, presque palpable.

"Mon esprit est entré dans une bulle magique," raconte-t-il dans l'interview publiée par iRunFar. "J'ai pensé à tout le travail accompli, à mon bonheur d'être là, et aux gens restés à la maison qui me suivaient. Je me suis dit : je dois le faire pour moi et pour eux." Il double Humbert au pied de la dernière montée, cerveau déconnecté, une seule trajectoire en tête.

Cette remontée résume ce que le trail exige d'un skyrunner en reconversion vers les ultras : la capacité à changer de registre émotionnel en quelques secondes, passer de la gestion à l'attaque pure. Quant à Petter Engdahl, avec lequel Maguet avait couru environ la moitié de la course, il était encore visible sur la dernière montée, mais à un peu plus d'une minute devant. Trop d'écart à combler. "J'étais déjà très heureux de ma course jusqu'à ce point," a-t-il déclaré à iRunFar. Cette lucidité sur ses propres limites, en plein effort final, est peut-être le signe le plus prometteur de sa maturité naissante d'ultra-traileur.

La CCC comme objectif, le Cervin comme obsession résiduelle

La Transvulcania n'était pas une fin en soi. "Mon objectif est de courir un 100k cette année, et c'était une excellente introduction," a déclaré Maguet à iRunFar. Il précise lui-même que la CCC représente "presque 30 kilomètres de plus" que sa course à La Palma. Pour y arriver en forme, deux 50 kilomètres jalonnent son été : la Lavaredo Ultra Trail et le Monte Rosa Walser Waeg, toutes deux labellisées UTMB World Series.

La pyramide de charge est construite avec soin. De La Palma à Chamonix, chaque étape a une fonction précise : tester, adapter, progresser. C'est une méthode que beaucoup d'amateurs de l'ultra bâclent en se précipitant directement vers les formats rois.

En filigrane de toute cette montée en puissance sur les longues distances, Maguet garde un objectif qui dit tout de son identité profonde. "Si les conditions sont optimales et que je suis en bonne forme physique, j'aimerais tenter à nouveau le record de Kilian sur le Cervin," a-t-il confié à iRunFar. L'ultra comme tremplin, le skyrunning comme maison. Maguet n'a pas tourné le dos à ce qu'il est. Il élargit son territoire.

Notre lecture : le skyrunning alimente les ultras, et c'est structurel

Le cas Maguet illustre une dynamique qui s'accélère à l'échelle mondiale : les skyrunners ne regardent plus vers le bas, ils regardent vers l'avant. Kilian Jornet a tracé cette route il y a plus d'une décennie. Aujourd'hui, une génération entière de spécialistes des formats courts et verticaux investit les ultras avec des armes que les ultra-traileurs traditionnels n'ont pas toujours : gestion fine de l'intensité, descente technique, conscience corporelle forgée là où dix secondes au kilomètre font toute la différence.

Maguet, troisième à Transvulcania sur sa première vraie distance ultra, est symptomatique de ce phénomène. La CCC va tester si le modèle tient sur 100 kilomètres. Notre pari : oui. Mais plus que la performance attendue, c'est la méthode qui compte. Construire pas à pas, écouter son corps, refuser de brûler les étapes. À une époque où beaucoup se précipitent vers les 100 miles dès leur deuxième saison, l'approche de Maguet a quelque chose de rafraîchissant, et d'efficace.

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