Nadir Maguet, 3e à Transvulcania 2026 : le skyrunner qui veut conquérir le CCC

Troisième à Transvulcania 2026, l'Italien Nadir Maguet a couru son premier ultra avec la lucidité d'un vétéran. Prochaine étape : le CCC à Chamonix.
Troisième place arrachée dans les derniers kilomètres d'un format qu'il n'avait jamais expérimenté. Nadir Maguet ne s'est pas contenté de terminer son premier ultra : il l'a géré avec méthode, piégé Damien Humbert sur la montée finale, et rentré chez lui avec un podium et un plan solide pour l'été.
L'Italien Nadir Maguet, figure du skyrunning alpin depuis plus d'une décennie, a terminé troisième du Transvulcania Ultramarathon 2026, sur l'île de La Palma. Dans une interview publiée par iRunFar, il revient sur sa stratégie de course, son dépassement décisif de Damien Humbert alors que celui-ci n'était qu'à trente secondes devant lui au dernier ravitaillement, et ses projets pour l'été : deux 50 km sur le circuit UTMB, puis le CCC à Chamonix en guise de premier 100 km. Il n'exclut pas non plus une tentative sur le record de Kilian Jornet au Cervin, si les conditions physiques le permettent. Ce podium n'est pas une improvisation. C'est l'étape inaugurale d'une transition planifiée vers le grand format.
Du ski-alpinisme aux ultras : une progression qui ne doit rien au hasard
Maguet n'est pas arrivé sur le circuit trail par la petite porte. Comme il l'a expliqué à iRunFar, il a commencé la course à pied comme préparation physique pour le ski-alpinisme. Du vertical aux skyraces, des marathons aux ultras : chaque palier a servi le suivant, dans une logique de progression que l'on retrouve chez les meilleurs. La tentation de citer Kilian Jornet est immédiate, même si Maguet serait le premier à s'en défendre : le skyrunner absolu qui finit par tout conquérir reste un modèle connu dans la discipline.

Cette base technique est décisive pour comprendre ce qu'il a fait à Transvulcania. Les descentes volcaniques instables, les terrains fracturés, les changements de rythme sur un profil exigeant : autant de registres qu'un skyrunner de haut niveau maîtrise sans les réapprendre. La course intègre une descente de 2 500 m de dénivelé négatif avant une montée finale vers l'arrivée à Los Llanos. Un format susceptible de briser des coureurs fond habitués à des profils plus linéaires. Maguet, lui, a confié à iRunFar qu'il "aime généralement les descentes techniques" et qu'il comptait y trouver son avantage.
Reste que le skyrunning et l'ultra obéissent à des lois différentes. Tenir des heures sur un effort long, gérer l'alimentation, résister à l'explosion dans la seconde partie de course : c'est là que la plupart des transitionneurs échouent, quel que soit leur palmarès sur les crêtes alpines. La Palma allait révéler si Maguet avait fait ses devoirs au-delà du registre technique.
Gestion de course : rester dans ses limites comme levier de podium
Sa philosophie de course, décrite à iRunFar, tient en une formule : "toujours rester dans mes propres limites." Ce n'est pas de la modestie mal placée. C'est une stratégie calibrée pour la distance.
Dès le passage de Los Canarios, au 8e kilomètre, il s'est extrait du groupe pour fixer son propre rythme. Non pas pour attaquer, mais pour ne pas subir la dynamique collective. Il reconnaît à iRunFar avoir eu un moment de doute sur certaines montées où il a peut-être trop forcé les sélections : "Comme on dit en italien, mieux vaut ne pas réveiller le chien qui dort." Cette autocritique en temps réel est le marqueur d'un coureur qui réfléchit en même temps qu'il s'exerce. Sur un ultra, les accélérations en montée ont un coût différé qui se paie des heures plus tard.
À mi-parcours, Maguet courait aux côtés de Petter Engdahl, son ami de longue date selon iRunFar. Ce positionnement face à un concurrent de premier plan n'était pas un hasard : il était dans le bon wagon, sans dépenser ce qu'il lui faudrait pour la fin de course. C'est cela aussi, la gestion d'un premier ultra.

La montée finale : retour sur le terrain du skyrunner
L'épisode du dernier ravitaillement est le pivot de toute la course de Maguet. À ce point, il avait Damien Humbert à trente secondes devant lui sur la troisième place. Quelques kilomètres plus tôt, au sommet de Roque de los Muchachos, point culminant de la course, le podium était encore hors d'atteinte. Sa priorité sur la longue descente avait été de ne prendre aucun risque inconsidéré, avec un objectif clair de terminer dans les cinq premiers, sans erreur.
Mais trente secondes, c'est une autre affaire. "Mon esprit est entré dans une bulle magique", dit-il à iRunFar. Il a relancé, dépassé Humbert au pied de la dernière montée, et fermé mentalement toutes les options sauf une. C'est sur ce terrain précis, une montée finale avec le corps épuisé et les jambes chargées de plusieurs heures d'effort, que le skyrunner retrouve ses automatismes. La montée, c'est sa maison.
Il avait aussi Engdahl dans son champ de vision sur cette dernière rampe, avec un peu plus d'une minute à combler. Trop difficile, et il ne s'y est pas accroché aveuglément. Il a hiérarchisé ses objectifs en temps réel, accepté la troisième place plutôt que de tout risquer pour une deuxième qui n'était pas à portée. Ce pragmatisme, plus que la performance brute, est la vraie information de la journée.
CCC et Cervin : l'été comme laboratoire de performance
La suite du programme, révélée à iRunFar, confirme la logique de construction. Deux courses de 50 km labellisées UTMB World Series, le Lavaredo et le Monte Rosa Walser Waeg, précèdent le CCC à Chamonix. Un enchaînement progressif pensé pour arriver au 100 km avec les données physiques nécessaires, pas uniquement avec des espoirs. Chaque course de l'été est une information, pas une fin en soi.
Le CCC représente une centaine de kilomètres avec un dénivelé considérable, dans un environnement alpin que Maguet connaît mieux que quiconque. Ce qui reste une inconnue, c'est sa capacité à encaisser les trente kilomètres supplémentaires par rapport à Transvulcania. "Il est vrai qu'il reste encore presque 30 km à parcourir", dit-il à iRunFar en mesurant l'écart entre les deux formats. Mais il précise aussitôt : "De la façon dont j'ai terminé la course, j'avais encore envie de continuer." Ce n'est pas un détail.
La mention d'une tentative sur le record de Kilian Jornet au Cervin ajoute une dimension à part au tableau. C'est un objectif FKT, une discipline autonome, qui révèle que Maguet n'a pas coupé ses racines verticales en s'aventurant dans le long. L'ultra est une nouvelle corde à son arc. Pas une reconversion.
Notre lecture : une transition méticuleuse, le CCC comme vrai test
On voit trop souvent des athlètes élites brûler les étapes vers l'ultra, convaincus que leur palmarès en montagne les exempte du travail de fond. Maguet fait l'inverse. Il teste avant d'engager, il apprend avant de concourir, il gère avant d'attaquer. Ce podium à Transvulcania est une première donnée, pas une conclusion.
Ce qui différencie cette transition de beaucoup d'autres, c'est la lucidité tactique démontrée sur chaque décision de course : pas de départ kamikaze, pas d'ego sur la descente, attaque chirurgicale là où il savait qu'il pouvait faire la différence. Si le CCC confirme ce qu'on a vu aux Canaries, le circuit ultra tiendra un concurrent sérieux à surveiller. Notre verdict : 4/5 sur la méthode de transition. Le CCC dira si le fond suit la forme.
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