La marque trail australienne Tarkine finance une forêt primaire avec 2 % de chaque vente
Fondée à South Fremantle, Tarkine est la seule marque australienne de chaussures de running à cibler le niveau compétitif mondial. Sa particularité : un reversement financier mensuel et contractuel à la protection d'une forêt primaire menacée, adossé à des athlètes qui gagnent de vraies courses.
Une chaussure de running peut-elle constituer un acte politique ? Tarkine répond oui, avec une contrainte financière mensuelle envers une forêt primaire en danger. La marque australienne ne s'arrête pas au storytelling : elle s'est construit une obligation de résultat.
Fondée à South Fremantle, en Australie-Occidentale, Tarkine est la seule marque australienne de chaussures de running à opérer au niveau compétitif international. Son nom vient de la forêt takayna/Tarkine, en Tasmanie, l'un des plus grands massifs de forêt tempérée de l'hémisphère Sud. Sa promesse concrète : reverser 2 % de chaque vente à la protection d'espaces naturels, dont 1 % directement à la Bob Brown Foundation. Plus de 50 des meilleurs traileurs australiens courent en Tarkine en compétition. La marque affiche une croissance d'environ cinq fois par an et revendique plus de 100 000 paires en circulation mondiale, selon Runner's Tribe. Plus une expérience de niche : une marque qui prend de la vitesse.
Une forêt comme engagement financier contraignant, pas comme image de marque
Il y a le storytelling, et il y a la comptabilité. Tarkine joue sur les deux, mais la frontière est plus nette que chez la plupart de ses concurrents.
Le principe : 1 % de chaque paire vendue va directement à la Bob Brown Foundation, l'organisation qui mène le combat pour protéger la forêt takayna/Tarkine face à l'exploitation minière et forestière. La fondation publie ses comptes annuels. Tarkine lui communique ses revenus mensuellement. Ce n'est pas une promesse sur une page "valeurs" : c'est un engagement récurrent, vérifiable à chaque transaction.

Runner's Tribe formule la chose sans ambiguïté : "This is not greenwashing. It is a binding, ongoing financial commitment tied to every pair sold." Nommer une marque d'après un territoire menacé, c'est accepter une obligation de résultat qu'aucun rebranding ne peut effacer. Peu de marques de sport assument cette contrainte.
Le programme Re-Run, qui collecte et prolonge la vie des chaussures usagées plutôt que de les envoyer en décharge, complète la démarche. L'économie circulaire appliquée à la chaussure de sport n'en est qu'à ses débuts à l'échelle industrielle. Tarkine l'intègre dès maintenant, à une taille où le geste reste symbolique mais cohérent.
Des athlètes qui gagnent des courses, pas des visages sur un catalogue
Une cause crédible ne suffit pas. Les chaussures doivent fonctionner. Et celles de Tarkine semblent le faire, avec des preuves concrètes à l'appui.
Runner's Tribe rapporte que plus de 50 des meilleurs coureurs de trail australiens chaussent Tarkine en compétition. Ce chiffre mérite une mise en perspective : sur la deuxième moitié d'un 100 km, un mauvais drop, une semelle inadaptée ou un amorti défaillant peut coûter une saison entière. On ne choisit pas ses chaussures par sympathie pour une forêt.
La marque compte aussi des athlètes internationaux. Sérgio Catarino, infirmier urgentiste portugais, a remporté le Lisboa Backyard Ultra en Tarkine. James Bland, Néo-Zélandais établi en Australie, vise une qualification UTMB via les You Yangs 100 km et le Surf Coast Century en 2026. Bianca Harding a bouclé la Delirious WEST 100 Miler en Australie-Occidentale en Tarkine, selon Runner's Tribe.
Ces noms ne sont pas des ambassadeurs de notoriété. Ce sont des coureurs qui s'alignent sur des épreuves de 100 miles et cherchent des qualifications sur les circuits mondiaux. L'UTMB comme horizon de James Bland, c'est un indicateur clair que Tarkine ne se limite plus à la scène régionale australienne. Un réseau de podologues partenaires à travers l'Australie ajoute une validation clinique peu commune pour une marque aussi jeune.

Cinq fois par an : une trajectoire de croissance qui pose autant de questions qu'elle n'en résout
Tarkine annonce une croissance d'environ cinq fois par an, chiffre repris par Runner's Tribe. C'est impressionnant, et c'est aussi le type de projection structurellement plus difficile à tenir à mesure que la base s'élargit. Cinq fois plus à partir d'une base faible, c'est mathématiquement différent de cinq fois plus à partir d'une position établie.
Ce qui soutient cette trajectoire, selon Runner's Tribe : performance sportive validée par les athlètes, mission de conservation crédible, tarifs compétitifs face aux grandes marques, programme athlètes construit autour de coureurs actifs plutôt que d'influenceurs. La Goshawk V2, modèle phare sur route, se positionne à environ 107 euros pour la version femme (180 dollars australiens au tarif officiel), soit nettement sous le seuil des grandes chaussures de compétition des marques dominantes. La V1, encore disponible, s'approche d'environ 89 euros.
La marque distribue en direct via son site et via un réseau de revendeurs physiques, avec un programme fidélité appelé Tarkine Basecamp. Le modèle ne repose pas sur l'e-commerce seul : c'est un facteur de solidité pour une marque qui cherche à s'installer durablement.
13,6 kg de CO2 par paire : pourquoi ce chiffre oblige Tarkine à être sérieux
Le chiffre vient d'une analyse de cycle de vie publiée en 2013 dans le Journal of Cleaner Production, issue d'une étude du MIT : une paire de chaussures de running génère en moyenne 13,6 kg d'équivalent CO2 sur l'ensemble de sa durée de vie. Multiplié par les centaines de millions de paires produites chaque année, l'impact cumulé est colossal.
Tarkine ne prétend pas avoir résolu ce problème, selon Runner's Tribe. Elle répond sur trois axes : reversement financier direct à la conservation, programme Re-Run pour prolonger la vie des chaussures, matériaux éco-conçus dans les textiles. T-shirts performance en matières éco-responsables à environ 36 euros, chaussettes en laine mérinos à partir de 12 euros, lunettes à verres polarisants fabriquées à partir de plastique recyclé à environ 24 euros. Les prix restent accessibles, sans brader la mission.
Dans un marché où Nike, Adidas, ASICS et Brooks investissent massivement en communication de durabilité tout en maintenant des volumes de production qui écrasent toute initiative individuelle, une marque qui rend des comptes mensuellement à une fondation indépendante mérite d'être prise au sérieux.
Notre lecture. L'histoire de Tarkine est convaincante parce qu'elle évite les deux pièges habituels : ce n'est pas un projet militant sans résultats sportifs, et ce n'est pas une grande marque qui colle une étiquette verte sur un modèle industriel inchangé. Elle occupe un espace intermédiaire rare, et c'est précisément là que se jouent les révolutions de marché.
Notre verdict : 4/5 sur la cohérence du modèle, parce que l'engagement financier est contractuel, mensuel, transparent, et que les athlètes gagnent de vraies courses. 3/5 sur l'impact environnemental réel : sans bilan carbone complet de l'ensemble de la chaîne de production publié, le niveau de compensation reste difficile à évaluer de façon indépendante.
Ce qui distingue Tarkine, finalement, ce n'est pas d'avoir trouvé la solution. C'est de s'être interdit de prétendre l'avoir trouvée. La forêt takayna/Tarkine reste menacée. Tant que cette menace persistera, la marque aura une raison d'exister qui dépasse la simple équation amorti/poids.
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