Nadir Maguet 3e à la Transvulcania : la mutation d'un skyrunner

Skyrunner de formation, Nadir Maguet prend le podium de la Transvulcania 2026 à sa première tentative sur la distance. Ce n'est pas un accident.
Prendre le podium d'un ultra lors de sa première tentative sur la distance, ce n'est pas un hasard. C'est la traduction d'une intelligence de course rare. Nadir Maguet est venu à La Palma chercher une réponse sur lui-même. Il en est reparti avec quelque chose de plus concret : une troisième place et une direction.
Dans un entretien écrit publié par iRunFar, le skyrunner professionnel italien Nadir Maguet revient sur sa troisième place à la Transvulcania Ultramarathon 2026, sur l'île volcanique de La Palma aux Canaries. Une course construite sur la retenue, close par une attaque décisive : il repère Damien Humbert à trente secondes à la dernière ravitaillement, l'avale dès les premiers mètres de la dernière montée, et franchit la ligne d'arrivée de Los Llanos de Aridane sur le podium. Petter Engdahl, compagnon de course pendant environ la moitié de la distance selon iRunFar, reste hors d'atteinte. En toile de fond, une bascule assumée vers l'ultra-distance, avec la CCC à Chamonix comme objectif central de l'été.
"Ne pas réveiller le chien qui dort" : comment Maguet a géré l'inconnu
Dès Los Canarios, au 8e kilomètre, Maguet se sent bien et prend la tête d'un groupe. Il force dans quelques montées, fait des sélections, puis s'interroge. "Comme on dit en italien, 'ne pas réveiller le chien qui dort'", confie-t-il à iRunFar. Mais il suit ses sensations, et c'est là que réside l'essentiel de sa performance.

Au sommet de la Roque de los Muchachos, point culminant du parcours, il est à plusieurs minutes de la troisième place. Son plan pour la descente : finir dans le top 5, gérer les 2 500 mètres de dénivelé négatif sans faute. Derrière lui, Ben Dhiman perd du terrain. La situation est sous contrôle.
Puis le moment bascule. À la dernière ravitaillement, Damien Humbert est à trente secondes. "Mon esprit est entré dans une bulle magique", raconte Maguet à iRunFar. Il repense au travail accompli, à ceux qui le suivent depuis chez eux. Il repart, double Humbert dès le début de la dernière montée, et éteint le cerveau. Un seul objectif.
La Transvulcania, pont entre skyrunning et endurance longue
La descente finale de 2 500 mètres est le terrain naturel d'un skyrunner. "J'aime généralement les descentes techniques", confie Maguet à iRunFar. La vraie question, c'est d'y arriver avec des jambes utilisables. Et c'est précisément ce que la longueur de l'ultra complique.
Il n'avait reconnu que la première section du parcours, "environ 13 à 14 kilomètres" selon ses propres déclarations à iRunFar. Le reste était de l'inconnu total. Ce détail est révélateur : Maguet a navigué l'essentiel de la course à l'aveugle, en s'appuyant sur ses fondations de montagnard plutôt que sur une connaissance fine du terrain.
La Transvulcania n'est pas la Western States ou l'UTMB. Pas de mythe multi-décennal, pas de file d'attente de qualification sur plusieurs années. Mais son profil volcanique, son dénivelé prononcé et sa descente finale en font un révélateur précieux pour les coureurs de montagne qui veulent tester leur capacité à tenir sur la longueur. Pour Maguet, elle jouait exactement ce rôle.
Du ski alpinisme à l'ultra : la cohérence d'un montagnard complet
Maguet n'a pas "découvert" la course à pied. Il l'a utilisée. Préparation pour le ski-alpinisme d'abord, puis courses verticales, skyraces, marathons, et maintenant ultras : chaque étape est une extension logique, pas une rupture. "Ma vraie nature, c'est le skyrunning, c'est là que je m'exprime le mieux", dit-il à iRunFar, avant d'ajouter qu'il a toujours aimé se défier et découvrir de nouvelles choses sur lui-même.
Ce socle de montagnard complet, bâti autour de l'efficacité technique en terrain accidenté, est précisément ce qui lui a permis de gérer une course bien au-delà de sa zone de confort habituelle. La lecture du terrain, la gestion de l'effort, le goût du dénivelé : ces qualités ne s'acquièrent pas en quelques mois d'entraînement spécifique.
"J'aime ce sentiment de chercher plus profondément en moi, en tant qu'athlète et en tant que personne", confie-t-il encore à iRunFar. C'est la formulation exacte du coureur d'ultra. Qu'elle vienne d'un skyrunner dit quelque chose sur la porosité croissante entre ces deux disciplines.
CCC et Cervin : deux ambitions qui dessinent un profil rare
Pour le reste de l'été, Maguet a planifié deux courses UTMB de préparation : le Lavaredo Ultra-Trail et le Monte Rosa Walser Waeg. Puis la CCC à Chamonix, 101 kilomètres et 6 100 mètres de dénivelé positif. Son vrai premier 100 km. La Transvulcania était "une belle introduction", dit-il à iRunFar, avec encore "presque 30 kilomètres" à combler avant d'atteindre ce format.
Et si les conditions sont au rendez-vous, une nouvelle tentative sur le record du Cervin de Kilian Jornet. Dans l'entretien publié par iRunFar, Maguet parle explicitement de "réessayer" ce record. Ce mot est révélateur : ce n'est pas une ambition naissante, c'est un projet déjà entamé.
La juxtaposition de ces deux objectifs résume le personnage. Le record du Cervin, c'est le skyrunning dans ce qu'il a de plus pur : vitesse absolue, verticalité, engagement maximal sur le court terme. La CCC, c'est l'exact opposé : patience sur des heures, économie d'énergie, résilience répétée. Maguet ne choisit pas entre les deux. Il veut les deux.
Ce que ce podium dit de l'ultra-trail d'élite en 2026
Le résultat de Maguet à La Palma n'est pas une parenthèse dans son parcours. C'est un signal sur la direction que prend l'ultra-trail d'élite. Les frontières entre skyrunning et ultra se dissolvent. Jornet l'a démontré avant tout le monde, de manière spectaculaire. La dynamique est désormais structurelle : les meilleurs coureurs de montagne explorent, ne se spécialisent plus.
Notre lecture : Maguet aborde l'ultra avec exactement les qualités qui y font souvent défaut aux spécialistes de la longue distance, à savoir l'intelligence tactique, la lecture du terrain et l'absence de panique face à l'inconfort prolongé. Sa troisième place à la Transvulcania n'est pas un plafond. C'est un plancher. La CCC à Chamonix sera le vrai verdict. Si sa gestion de course y est aussi rigoureuse qu'à La Palma, il faudra s'attendre à le voir viser bien plus qu'un simple dossard de finisseur.
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