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Transvulcania 2026 : Ben Dhiman face à un record vieux de 11 ans

Par Marc Blanc·2 mai 2026·5 min de lecture
Transvulcania 2026 : Ben Dhiman face à un record vieux de 11 ans

Samedi sur La Palma, 73 km au-dessus des volcans. Ben Dhiman face à un record masculin qui résiste depuis 2015, et les femmes avec la barre des 8 heures en ligne de mire.

Onze ans. C'est l'âge du record masculin de la Transvulcania Ultramarathon, signé Luis Alberto Hernando en 6 h 52 min 39 s en 2015. En trail d'élite, onze ans de résistance, c'est un monument. Cette année, le monument vacille.

Samedi 9 mai à 6h (heure d'Europe occidentale), la Transvulcania Ultramarathon 2026 s'élance depuis la pointe méridionale de La Palma, la plus septentrionale des îles Canaries. 73 km, 4 350 m de dénivelé positif (soit l'équivalent de presque 1 450 étages consécutifs) et un tracé point à point qui traverse une chaîne de volcans avant de culminer au Roque de los Muchachos (2 420 m), puis plonger vers Los Llanos. La dotation totale atteint 39 500 euros, avec 6 000 euros pour le vainqueur, selon iRunFar qui assure la couverture sur site. Ben Dhiman (États-Unis/France) et Andreas Reiterer (Italie) sont les grands favoris côté hommes. La neutre Ekaterina Mityaeva et la Française Blandine L'Hirondel portent côté femmes l'espoir d'un passage sous les 8 heures.

Le record de Hernando, fantôme de 2015 que l'ultra moderne n'a jamais su dompter

Luis Alberto Hernando est triple champion du monde de trail. Son 6 h 52 min 39 s établi sur La Palma en 2015 n'a jamais été sérieusement menacé depuis. L'an dernier, dans des conditions météo décrites par iRunFar comme exceptionnellement mauvaises, le Slovaque Peter Fraňo a signé 6 h 55 min 36 s : à 2 min 57 s du record. Un souffle, dans le vent.

trail runners at dawn start on volcanic southern coastline of La Palma Canary Islands, headlamps glowing in pre-dawn dar

Ce qui rend la longévité de cette marque frappante, c'est le contexte dans lequel elle vieillit. Depuis 2015, les performances sur les 100 km ont explosé, les chaussures ont été révolutionnées, les protocoles de récupération affinés. L'UTMB enchaîne les records. Western States aussi. Que Transvulcania résiste dit quelque chose du tracé : 73 km exigeants, courables selon iRunFar, mais sans indulgence pour ceux qui forcent. Hernando, aujourd'hui âgé de 48 ans, avait terminé 12e de l'édition 2024 de sa propre course. Le record qu'il a laissé derrière lui est peut-être son exploit le plus durable.

Ben Dhiman : une première à La Palma, mais un profil taillé pour le volcan

Ben Dhiman n'a jamais couru la Transvulcania. C'est même sa première sortie de 2026. Et pourtant, iRunFar le désigne comme le grand favori. La logique est implacable. En 2025, cet Américain installé en France a terminé deuxième à l'UTMB, établi un nouveau record de parcours à la Lavaredo Ultra Trail et remporté le Grand Raid Ventoux. Trois rendez-vous majeurs, trois résultats de sommet, sur des formats longs et montagneux.

Dhiman a documenté un hiver de préparation intensive sur son Substack, avec l'UTMB 2026 comme objectif de saison principal selon iRunFar. Transvulcania est donc un test sérieux, pas une fin en soi. Cette liberté de pression peut précisément libérer une performance sans calcul.

En face, Andreas Reiterer connaît le terrain : deuxième ici en 2025 en 6 h 58 min, troisième en 2023 en 7 h 17 min. L'Italien a déjà plusieurs courses dans les jambes en 2026, notamment une deuxième place au Chianti 120k, selon iRunFar. Il représente la stabilité et la lecture du parcours face à la puissance encore à mesurer de Dhiman sur cette course.

Reiterer, Mityaev, Engdahl : la carte de la constance contre la fringale de record

Dmitry Mityaev (coureur neutre) est l'archétype de l'athlète à podium quasi mécanique sur La Palma : deuxième en 2018, 2019 et 2024. Absent en 2025 sur blessure, il a rebondi en fin d'année avec une deuxième place à l'Ultra-Trail Cape Town 100k et une troisième à Chiangmai deux semaines plus tard, selon iRunFar. Quand Mityaev finit, il finit haut. La question est simplement de savoir s'il finit.

elite trail runner ascending steep rocky volcanic ridge toward Roque de los Muchachos 2420m La Palma Spain, cloud sea be

Petter Engdahl a remporté l'édition 2022 de la Transvulcania. Mais le Suédois arrive avec moins de trois semaines de récupération après le marathon de Boston, couru le 20 avril en 2 h 23 min lors de ses débuts sur route, selon iRunFar. La seconde moitié avait été difficile, des ampoules évoquées pour expliquer le relâchement. Avant Boston, un abandon à Tarawera (102 km, Nouvelle-Zélande) en février. Le profil est celui d'un athlète en construction, pas en pic de forme.

David Sinclair (États-Unis), qui avait abandonné en 2025 sur La Palma, a rebondi avec deux deuxièmes places à CCC et au JFK 50 Mile. Il prépare sa première course de 100 miles à Western States en juin. La Transvulcania est une étape dans cette montée en puissance, ce qui soulève une question récurrente sur ce plateau : combien courent avec l'esprit déjà tourné vers l'objectif suivant ?

La barre des 8 heures côté femmes : l'autre ligne d'enjeu de samedi

Le record féminin appartient à la Néo-Zélandaise Ruth Croft : 8 h 02 min 49 s, établi en 2024. Une marque récente, représentative du niveau actuel. En 2025, Anne-Lise Rousset Séguret (France) a gagné en 8 h 18 min 17 s dans de mauvaises conditions. Ekaterina Mityaeva avait terminé deuxième à 8 h 36 min, 18 minutes derrière, selon iRunFar.

Pour 2026, Mityaeva est la principale revenue, forte d'une longue histoire sur ce parcours (troisième en 2021 selon la source). Blandine L'Hirondel (France) est l'inconnue stimulante du plateau : iRunFar la cite comme co-favorite, capable de viser les 8 heures. Son potentiel est réel. La confirmation sur 73 km et 4 350 m de D+ à La Palma reste à construire.

Contrairement au record masculin de 2015, la barrière des 8 heures côté femmes n'a été franchie qu'une seule fois, par Croft en 2024. Elle est récente, mais pas hors d'atteinte.

Quand les formats intermédiaires deviennent les vrais baromètres du circuit

La Transvulcania n'est pas une course Golden Trail Series. Sa dotation totale de 39 500 euros est modeste comparée aux standards actuels. Pourtant, le plateau 2026 est le plus dense depuis des années. La raison est structurelle. Les formats 60-80 km avec 4 000 à 5 000 m de D+ sont devenus les blocs de construction privilégiés pour les athlètes visant les 100 miles estivaux. Dhiman y prépare l'UTMB. Sinclair y calibre Western States.

Ces courses intermédiaires accueillent les meilleurs noms du circuit non pas malgré leur taille, mais précisément grâce à elle : moins de pression médiatique, plus de liberté tactique, terrain d'expérimentation optimal avant les échéances qui comptent. Transvulcania en profite. Et ses records, potentiellement, aussi.


Ce qui se joue samedi sur La Palma dépasse la simple question du classement. Si le record de Hernando tombe onze ans après, ce sera la confirmation que le trail d'élite produit désormais ses meilleures performances ailleurs que sur les seuls 100 miles que la presse glorifie. Si Dhiman gagne sans battre la marque, l'information sera presque aussi révélatrice : même un athlète de sa trempe, en découverte d'un parcours volcanique, peut trouver la montagne résistante. Et si personne ne bat le record, Hernando restera l'un des monuments discrets d'un sport qui fabrique pourtant des exploits à la chaîne. Le trail a cette capacité singulière : faire tenir des records là où on ne l'attend plus.

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