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Tor des Géants 2025 : comment Richard Victor a brisé le record en 66h08

Par Marc Blanc·6 mai 2026·5 min de lecture
Tor des Géants 2025 : comment Richard Victor a brisé le record en 66h08

En septembre 2025, le Français Richard Victor a traversé les 330 km et 24 000 m de D+ du Tor des Géants en 66h08, effaçant le précédent record de 36 minutes. Une décennie de progression inexorable sur l'ultra alpin le plus exigeant des Alpes.

Soixante-six heures et huit minutes pour traverser 330 kilomètres et 24 000 mètres de dénivelé positif dans les Alpes valdôtaines. En septembre 2025, Richard Victor n'a pas seulement gagné le Tor des Géants : il a réécrit la mesure du possible sur l'une des épreuves les plus exigeantes du monde. Ce n'est pas un coup de génie isolé, c'est le dernier jalon d'une trajectoire de progression longue de douze ans.

Selon iRunFar, Richard Victor (France) a signé 66h08 lors de l'édition 2025, améliorant de 36 minutes le record de course établi par Franco Collé (Italie) en 2023. Martin Perrier (France) et Simone Corsini (Italie) ont terminé à égalité au deuxième rang en 71h48. Chez les femmes, la Néerlandaise Noor van der Veen s'est imposée en 79h34, devenant seulement la deuxième femme de l'histoire à boucler le Tor sous les 80 heures, à 24 minutes du record de Katharina Hartmuth (79h10, établi en 2024). Lisa Borzani (Italie), double lauréate, terminait deuxième en 83h26, Natalie Taylor (Royaume-Uni) troisième en 84h11. Une édition dense, qui ne laisse rien au hasard.

Douze ans de records : quatre lignes de crête franchies une par une

En 2013, Iker Karrera établissait le record absolu de la course en 70h04. Ce chrono était la norme, et personne ne s'en approchait, rappelait iRunFar lors de sa couverture de l'édition 2017. C'est cette même année que Javi Dominguez (Espagne) franchissait enfin la barre symbolique des 70 heures en 67h52, une performance qualifiée d'"improbable" par le média américain. Franco Collé descendait encore en 2021, à 66h43 selon les résultats publiés par iRunFar, avant d'améliorer sa propre marque en 2023.

Ultra trail runner at night crossing a high alpine pass in Aosta Valley Italy, headlamp casting pale light on rocky trai

Victor, en 2025, signe donc le quatrième record en douze éditions. La progression totale depuis Karrera atteint environ quatre heures. C'est peu en proportion, énorme en valeur absolue : quatre heures gagnées sur 330 km représentent un gain réel de vitesse moyenne sur la totalité du parcours, col après col, nuit après nuit. Sur ce format, chaque minute grappillée a un coût physiologique que la plupart des coureurs d'ultra classiques ne soupçonnent pas.

330 km sans repos imposé : la gestion du sommeil comme arme décisive

Le Tor des Géants fonctionne sans fenêtre de repos obligatoire. Les participants disposent d'une limite de 150 heures pour relier Courmayeur à Courmayeur, comme le précisait iRunFar dès 2017. Dans cet intervalle, chacun choisit : dormir ou non, combien de temps, à quel moment sacrifier quelques heures à la récupération. Ce format libre est à la fois l'attrait et le piège de l'épreuve.

Pour saisir l'échelle de l'effort, quelques repères : 330 km, c'est presque huit marathons enchaînés. Les 24 000 mètres de D+ équivalent à gravir l'Everest depuis le camp de base 2,7 fois, ou à monter la Tour Eiffel 74 fois de suite. Victor a maintenu une vitesse moyenne d'environ 5 km/h sur toute la course, pauses incluses. Ce rythme peut paraître modeste. Il suppose en réalité une lucidité tactique irréprochable sur plus de deux jours et demi, avec des passages de cols à plus de 2 500 mètres d'altitude, souvent la nuit, sous des conditions climatiques imprévisibles. Ce n'est pas un sport d'endurance : c'est un sport de décision répétée sous fatigue extrême.

Group of ultra trail runners climbing steep rocky mountain terrain in Italian Alps at golden dawn, Tor des Geants race,

Les femmes se disputent la frontière des 80 heures

Le record féminin de Katharina Hartmuth, 79h10 en 2024, est resté intact en 2025. Mais le 79h34 de Noor van der Veen dit quelque chose d'essentiel : deux femmes sont désormais capables de passer sous ce seuil. C'est un basculement qualitatif, comparable à ce qui s'était produit chez les hommes autour de la barre des 70 heures avant 2017.

La densité du podium confirme que la compétition s'intensifie. Cinq heures séparent la première de la troisième. Sur un ultra de cette durée, selon les résultats rapportés par iRunFar, un tel écart ne relève plus du hasard ou de la défaillance adverse. Borzani, avec ses deux victoires, et Taylor, en progression constante, signalent qu'une nouvelle génération installe ses propres références. Le prochain cap, 78 heures, semble désormais à portée de deux ou trois éditions.

Val d'Aoste, 1 200 bénévoles : une culture qui déborde du cadre sportif

Le Tor ne se réduit pas à ses chronos. En 2014, iRunFar publiait un texte saisissant sur l'expérience de la course, dans lequel une participante décrivait l'épreuve comme "un cauchemar glorieux vécu dans un fantasme de spectaculaire." Elle évoquait les 1 200 bénévoles mobilisés sur toute une semaine, les refuges perchés sur les crêtes, les grappa offerts par les locaux dans les stations de ski désertées, les nuits seules sur des cols que seuls les chamois fréquentent hors saison. Le Val d'Aoste impose ses conditions, son altitude, sa rudesse. Il est partie intégrante de l'épreuve, pas simple toile de fond.

C'est ce qui rend toute comparaison difficile. L'UTMB tourne autour de 170 km et 10 000 m de D+. Le Hardrock Hundred, en Colorado, 160 km pour un dénivelé similaire, est réputé pour sa violence. Le Tor les dépasse dans les deux dimensions à la fois : deux fois l'UTMB en distance, 2,4 fois son dénivelé. Il n'existe pas, en course balisée et ravitaillée dans les Alpes, d'épreuve régulière qui s'en approche.

Ce que l'édition 2025 révèle sur l'état du trail ultra-long

La performance de Richard Victor ne sort pas du néant. Elle s'inscrit dans une ligne de progression documentée depuis 2013, que les données d'iRunFar permettent de reconstituer avec précision. Les vainqueurs du Tor ne sont plus des aventuriers improvisés : ce sont des athlètes qui appliquent à un effort de 66 heures la même rigueur que des cyclistes de grand tour, avec des protocoles de sommeil, de nutrition et de gestion de l'allure qui n'existaient pas il y a dix ans.

Ce qui frappe, c'est que le record absolu ressemble encore à du provisoire. La barrière des 65 heures, jamais franchie, va concentrer les ambitions dans les prochaines éditions. Le Tor des Géants a cette particularité rare : plus on le comprend, plus on croit qu'il est perfectible. Pour les meilleurs athlètes de la planète sur ce format, c'est peut-être le plus beau des défis qui reste à résoudre.

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