Tor des Géants 2025, bilan : Richard Victor pulvérise le record en 66h08

Sur 330 km et 24 000 m de dénivelé positif dans le Val d'Aoste, le Français Richard Victor a signé une performance historique en 66h08 lors de l'édition 2025 du Tor des Géants. La Néerlandaise Noor van der Veen est devenue seulement la deuxième femme à finir sous les 80 heures.
330 kilomètres, 24 000 mètres de dénivelé positif, zéro repos imposé par le règlement. Richard Victor a traversé le Val d'Aoste en 66 heures et 8 minutes lors de l'édition 2025 du Tor des Géants. Un record de course, et une démonstration qui replace la frontière des possibles sur l'ultra alpin.
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L'édition 2025 du Tor des Géants restera une référence dans l'histoire de cette épreuve emblématique. Richard Victor (France) a effacé le record de Franco Collé datant de 2023, avec un gain de 36 minutes selon le bilan publié par iRunFar. Derrière lui, Martin Perrier (France) et Simone Corsini (Italie) ont terminé à égalité en 71:48. Chez les femmes, la Néerlandaise Noor van der Veen s'est imposée en 79:34, devenant seulement la deuxième coureuse à franchir la barre des 80 heures, à 24 minutes du record de Katharina Hartmuth (79:10, 2024). Lisa Borzani (Italie, 83:26) et Natalie Taylor (Royaume-Uni, 84:11) complètent un podium féminin d'une densité inédite dans l'histoire de la course.
36 minutes sur 330 km : la portée réelle d'un écart
Pour saisir ce que représentent 36 minutes sur ce parcours, il faut d'abord poser les données brutes. 330 kilomètres, c'est presque huit marathons enchaînés. Les 24 000 mètres de dénivelé positif équivalent à gravir cinq fois le Mont-Blanc depuis le niveau de la mer. Le tout dans un format sans repos réglementaire : aucune pause imposée, chaque coureur gère seul sa propre dette biologique.

Sur cette base, chaque minute arrachée au chrono représente une compression technique et physiologique hors norme. Victor a bouclé le parcours en 66:08. D'après iRunFar, c'est 36 minutes de mieux que le record de Franco Collé établi en 2023. Ce même Collé avait remporté l'édition 2021 en 66:43, comme le rappelait la revue de résultats publiée par iRunFar en septembre 2021 : deux victoires, deux records successifs pour le même champion, avant que Victor ne passe.
Derrière le vainqueur, l'égalité parfaite entre Perrier et Corsini à 71:48 mérite une mention à part. Sur 330 km et plus de 71 heures d'effort, terminer à la même minute relève d'une coïncidence que les statistiques de l'ultra rendent quasi improbable.
Une compression chronométrique qui ne ralentit pas
Retracer l'évolution du record masculin du TdG revient à observer une mécanique familière. En 2013, Iker Karrera tient l'étalon à 70:04. En 2017, Javi Dominguez brise cette marque avec 67:52 : iRunFar qualifiait alors ce chrono d'"improbable", première incursion sous les 70 heures dans l'histoire de la course. Collé prend le relais en 2021 avec 66:43. Victor clôt la séquence à 66:08 en 2025.
Douze ans, presque quatre heures gagnées, une dynamique continue. Les meilleurs ne participent plus au TdG. Ils y arrivent avec des protocoles de gestion du sommeil rodés, des stratégies nutritionnelles précises, une lecture mémorisée du terrain. Ce n'est plus l'esprit pionnier des premières éditions. C'est de la performance construite sur des cycles longs. La marche vers les 65 heures est manifestement en cours.

Van der Veen et le club très fermé des femmes sous 80 heures
Noor van der Veen a terminé en 79:34. Avant elle, une seule femme avait franchi la barre des 80 heures sur ce parcours : Katharina Hartmuth, dont le record de 79:10 date de 2024, selon iRunFar. Van der Veen manque cette marque de 24 minutes. Sur un effort de presque 80 heures, c'est une marge infime qui n'enlève rien à la performance.
Ce résultat dit davantage sur la tendance que sur le seul podium de l'édition. Le niveau féminin de haut de tableau s'est densifié rapidement. Lisa Borzani, double vainqueure de la course, finit en 83:26. Natalie Taylor complète le podium en 84:11. Trois femmes sous 85 heures sur la même édition, c'est une profondeur qui redessine les repères de la catégorie. Si la progression se maintient au même rythme, le record d'Hartmuth est clairement dans le collimateur pour les prochaines éditions.
La Valle d'Aosta, bien plus qu'un décor
Le Tor des Géants n'est pas qu'une épreuve. C'est un écosystème construit sur quinze ans de course partagée entre athlètes et territoire. Les récits de finissants compilés par iRunFar dès 2014, avec des coureurs comme Martha Grant (143:26) et Jason Poole (119:13), décrivaient déjà des habitants de la vallée sortis spontanément de chez eux pour nourrir des participants en pleine nuit, loin de tout checkpoint officiel. Une hospitalité que ne prévoit aucun règlement de course.
Cette dimension coexiste avec la montée en puissance de l'élite. Victor court en 66 heures. Derrière lui, des centaines de participants affrontent les mêmes cols, les mêmes nuits sans repère, dans les 150 heures réglementaires prévues par l'organisation. Ultra Running Magazine a consacré un article au Tor des Glaciers, version étendue à 450 kilomètres avec environ 32 000 mètres de dénivelé positif : la preuve que l'écosystème valdôtain sait développer des formats pour des publics distincts sans diluer l'ADN de l'événement original.
L'édition 2025 confirme une bascule dans l'histoire de l'ultra alpin. Les records ne tombent plus par conditions favorables ou par la surprise d'un inconnu survolté. Ils tombent parce que les meilleurs s'y préparent délibérément, avec une intentionnalité qui ressemble davantage à l'athlétisme de compétition qu'à l'aventure des premières éditions. La question qui reste ouverte, c'est de savoir si cette professionnalisation transformera le TdG en machine à records réservée à une élite planétaire, ou si l'événement préservera ce qui le distingue de presque tout le reste : le fait que Martha Grant et Richard Victor aient pris le même départ, sous le même ciel valdôtain, avec le même dossard.
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