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MIUT 2025 : Schide et Cornut-Chauvinc dominent Madeira sous conditions extrêmes

Par Marc Blanc·23 avril 2026·5 min de lecture
MIUT 2025 : Schide et Cornut-Chauvinc dominent Madeira sous conditions extrêmes

La Madeira Island Ultra-Trail 2025 a couronné Paul Cornut-Chauvinc (12:54:52) et Katie Schide (14:20:56) sur un tracé remanié par les éléments, confirmant le statut de référence incontournable de l'ultra atlantique.

115 kilomètres. 7 200 mètres de dénivelé positif. Un tracé remanié par les éléments dès le départ nocturne. La MIUT 2025 a livré exactement ce qu'elle promet : pas de facilité, pas de compromis, et deux vainqueurs taillés pour l'adversité.

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Sur le tracé qui relie Porto Moniz à Machico, d'un bout à l'autre de l'île portugaise de Madère, la Madeira Island Ultra-Trail 2025 a désigné ses deux vainqueurs après une nuit et une journée de course sous des conditions d'abord éprouvantes, puis lumineuses. Selon iRunFar, qui couvrait l'épreuve, Paul Cornut-Chauvinc (France) s'est imposé chez les hommes en 12:54:52, Katie Schide (États-Unis) chez les femmes en 14:20:56. Deux victoires, deux styles radicalement opposés : là où Schide a verrouillé la course dès les premiers kilomètres sans jamais être inquiétée, Cornut-Chauvinc a dû absorber la pression d'un peloton de tête resté dense jusqu'aux derniers virages du parcours modifié.

La météo atlantique, premier adversaire de l'édition

La MIUT n'est pas une course qui se laisse apprivoiser facilement, et l'édition 2025 l'a rappelé dès le départ nocturne de Porto Moniz. iRunFar décrit une première partie de course sous des conditions météorologiques sévères ("initially dire weather conditions") sur les crêtes de l'île, avant que le temps ne se dégage progressivement dans la matinée. Cette dégradation a imposé un remaniement du tracé, décision que l'organisation a dû prendre dans l'urgence.

Dozens of ultra-trail runners wearing headlamps departing at midnight from a rugged Atlantic coastal village in Portugal

Ce type de contrainte n'est pas une exception sur cette île volcanique posée au milieu de l'Atlantique Nord, à presque 1 100 kilomètres des côtes du Portugal continental et à quelque 650 kilomètres des côtes marocaines (données publiées par iRunFar dans son preview 2021 de l'épreuve). Les crêtes qui forment l'épine dorsale du parcours captent les fronts dépressionnaires atlantiques bien avant qu'ils n'atteignent l'Europe continentale. Sidonio Freitas, directeur de course, le sait mieux que personne. Dans un portrait publié par iRunFar, il explique : "For me, above all else, directing MIUT requires a high level of organization, planning, and attention to detail." L'imprévu n'est pas un incident de parcours. C'est une donnée de base.

Katie Schide : la domination frontale comme stratégie assumée

Il n'y a pas eu de suspense côté féminin. Selon iRunFar, Katie Schide a pris la tête dès les premiers mètres et n'a plus regardé derrière elle, bouclant les 115 km en 14:20:56. Une leçon de course management : sur un ultra de cette envergure, presque trois marathons enchaînés avec 7 200 mètres de D+ (l'équivalent de gravir la Tour Eiffel vingt-quatre fois d'affilée), verrouiller la course en ouverture évite les incertitudes des dernières heures de nuit et de brouillard.

Schide s'inscrit dans la filiation des grandes performances féminines de l'épreuve. En 2022, Courtney Dauwalter y avait établi un record de l'épreuve, selon iRunFar. Ce sont des coureuses qui ne subissent pas le format de la MIUT. Elles l'imposent.

Paul Cornut-Chauvinc : la victoire par résistance collective

Le récit masculin fut plus tendu, et probablement plus riche tactiquement. Au premier point de contrôle à Fanal, après 12,5 kilomètres de course, iRunFar signale Hugh Chatfield (Royaume-Uni) et Raul Butaci (Roumanie) en tête, avec 20 secondes d'avance sur un groupe de poursuite qui comprend Cornut-Chauvinc. La course masculine a conservé ce caractère compact et incertain jusqu'aux derniers kilomètres du tracé remanié.

Female ultra-trail runner moving alone along a narrow mountain ridge trail in Madeira Portugal, lush green tropical laur

Le Français a finalement conclu en 12:54:52. Sa victoire est le fruit d'une gestion précise de la pression collective, d'une capacité à rester dans le groupe en attendant le moment décisif. C'est une autre forme d'intelligence de course : moins spectaculaire que la domination frontale, mais tout aussi exigeante sur le plan mental. La MIUT ne récompense pas que les jambes. Elle récompense ceux qui savent aussi lire une course dans le brouillard, au sens propre comme au sens figuré.

Une course qui construit ses légendes sur le long terme

Replacer la 2025 dans la continuité de l'épreuve, c'est mesurer ce que la MIUT pèse aujourd'hui sur le circuit mondial. En 2022, Jim Walmsley et Courtney Dauwalter avaient signé des records de l'épreuve sur ce même parcours de 115 km et 7 200 m D+, selon iRunFar. En 2024, toujours selon iRunFar, Martina Valmassoi (Italie) et Ben Dhiman (Américain établi en France) avaient pris la relève, lors d'une course élancée depuis Porto Moniz à minuit le 27 avril. La succession des vainqueurs est un indicateur de standing : quand les meilleurs runners mondiaux choisissent Madère sur leur calendrier, c'est que l'île mérite le déplacement.

La dynamique attire aussi les prétendantes pour les saisons à venir. Après l'UTMB 2025, Camille Bruyas a confié à iRunFar qu'elle espérait courir la MIUT l'année suivante. "I love Madeira, the [Madeira Island Ultra-Trail], so I hope I will be there next year", dit-elle dans cet entretien publié par le média américain. Elle cible les formats 100 km ou 80 km pour la suite de sa carrière, et la MIUT entre exactement dans ce registre. Si elle tient cet engagement pour 2026, le départ nocturne de Porto Moniz s'annonce avec une densité inédite au sommet.

Freitas et la vision d'un ultra qui dépasse le chrono

Organiser la MIUT, c'est construire une infrastructure complète sur une île dont la géographie résiste par définition à la logistique de masse. Freitas l'assume dans le portrait publié par iRunFar : l'ambition de l'épreuve dépasse le seul chrono des vainqueurs. Il évoque une "once-in-a-lifetime experience" pour les participants, une volonté de construire une communauté et de sensibiliser à l'environnement insulaire. Le terrain spectaculaire de Madère n'est pas un décor. C'est le sujet de la course.

Cette vision explique la longévité de l'épreuve, qui enchaîne les éditions sans perdre en intensité ni en attractivité. Les courses qui durent ont quelque chose à dire, pas seulement une distance à chronométrer.


La MIUT 2025 pose une question simple à l'écosystème du trail haut niveau : pourquoi certaines courses imposent-elles leur autorité là où d'autres disparaissent après quelques éditions ? Madère répond par les faits. Un terrain sans concession, une organisation capable de gérer l'imprévu sans céder à la facilité, des victoires qui reflètent exactement ce que l'épreuve réclame. Schide a dominé pour gagner. Cornut-Chauvinc a résisté pour s'imposer. Ces deux trajectoires résument ce que le trail de haut niveau exige aujourd'hui : performer quelle que soit la forme que prend l'adversité. Et si les intentions exprimées par Bruyas se concrétisent en 2026, Madère n'aura pas besoin de se vendre.

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