Madeira Island Ultra-Trail : 18 ans sur une île qui ne pardonne rien

Du record de Walmsley en 2022 à la victoire de Santelli en 2023, en passant par le podium de Butaci en 2025, le MIUT s'est imposé comme l'un des baromètres les plus fiables du trail mondial. Portrait analytique d'une course indépendante qui refuse de grossir pour grossir.
Porto Moniz à l'aube, Machico au crépuscule : 115 kilomètres pour traverser une île entière, de côte à côte. En dix-huit ans d'existence, le Madeira Island Ultra-Trail a vu passer les plus grands noms du sport. Ce que la course révèle de chacun d'eux, elle le révèle aussi de l'état du trail mondial.
Fondé en 2008 avec 141 participants et l'ambition modeste d'une course de club, le MIUT accueille aujourd'hui plus de 3 000 coureurs chaque avril, selon iRunFar. L'épreuve reine parcourt 115 km et cumule plus de 7 000 m de dénivelé positif sur les crêtes volcaniques de l'archipel portugais, situé à plus de 900 km des côtes ibériques. En 2022, Jim Walmsley (12:58:27) et Courtney Dauwalter (14:40:35) y ont tous deux battu le record de course. En 2023, le Français Lambert Santelli s'est imposé. En 2025, le Roumain Raul Butaci grimpait sur la troisième marche du podium. Trois éditions, trois jalons : le MIUT s'est imposé comme un baromètre fiable du trail mondial.
Porto Moniz–Machico : une traversée que la géographie n'a pas adoucie
Depuis 2008, Sidonio Freitas dirige le MIUT sans interruption. iRunFar lui a consacré un portrait dans sa série Race Director Chronicles : l'homme raconte comment une course de club comptant 141 inscrits s'est transformée en rendez-vous international avec plus de 3 000 coureurs par édition, sans jamais diluer l'épreuve phare. Le 115 km reste une traversée intégrale de l'île, de Porto Moniz jusqu'à Machico, sans raccourci ni concession.

La géographie fait le travail, et elle le fait sans état d'âme. Plus de 7 000 m de dénivelé positif sur 115 km représentent environ 60 m de montée par kilomètre, un ratio comparable à celui des formats courts de l'UTMB, appliqué à une distance deux fois plus longue. iRunFar décrit l'île comme époustouflante dans ses paysages et impitoyable dans son relief. Elle ne propose aucune portion plate pour récupérer, aucune section de compromis où les jambes peuvent souffler. Elle ne pardonne pas.
Cette intransigeance est probablement ce qui attire les meilleurs. Un terrain qui sélectionne vraiment est rare. Le MIUT en fait partie.
2022 : Walmsley et Dauwalter reconfigurent l'histoire de la course
L'édition 2022 reste, à ce jour, la référence absolue du MIUT. Selon iRunFar, Jim Walmsley a franchi la ligne d'arrivée à Machico en 12:58:27, effaçant le précédent record de course établi par François D'Haene en 2017 de plus de sept minutes. Pour situer la marge : sept minutes sur un ultra de près de treize heures, c'est une rupture de rythme, pas un affinement. D'Haene n'avait rien laissé sur la table en 2017. Walmsley a changé le plafond.
Courtney Dauwalter a terminé moins de deux heures plus tard en 14:40:35, effaçant le record de Caroline Chaverot (15:00:55, 2016) par vingt minutes pleines. Deux records de course, deux Américains, un même week-end d'avril. iRunFar notait à l'époque que ce doublé rappelait leur performance conjointe à l'Ultra-Trail Cape Town en 2021. Ce n'était pas une coïncidence : les deux coureurs évoluaient alors dans un registre à part, capables de s'adapter à des formats et des terrains très différents du circuit alpin classique.
Ces deux records tiennent toujours. Sur un terrain aussi exposé, avec une météo atlantique imprévisible, les battre demandera à la fois un niveau exceptionnel et une journée parfaite.
2023 : Santelli installe le trail français sur l'Atlantique
Un an après la démonstration américaine, c'est un Français qui s'impose sur les crêtes madeiriennes. Lambert Santelli remporte le MIUT 115 km en 2023, comme l'a documenté iRunFar dans son avant-course consacré à la Transvulcania 2025. La même année, Santelli terminait quatrième à la Diagonale des Fous : deux épreuves insulaires brutales, deux terrains volcaniques, deux résultats de premier plan dans un calendrier chargé.

Ce double palmarès dessine un profil de spécialiste. Terrain exposé, altitude modérée mais dénivelé brutal, gestion de l'effort sur très longue durée : Santelli ne cherche pas la course la plus médiatisée. Il cherche la course difficile. Son titre au MIUT dit quelque chose de plus large : une génération de coureurs français capable de performer hors des sentiers alpins, sur des terrains étrangers aux codes du circuit UTMB. Ce n'est pas anodin dans un sport où la géographie des circuits structure souvent les hiérarchies.
2025 : Butaci et la montée des nations émergentes
L'édition 2025 a porté le Roumain Raul Butaci sur la troisième marche du podium. iRunFar le mentionne dans son avant-course des championnats du monde de trail long 2025 : son résultat au MIUT pesait directement dans l'évaluation de son potentiel international et contribuait à asseoir la légitimité de la Roumanie sur ces distances.
Cette mécanique révèle une fonction souvent ignorée du MIUT : la course agit comme sélectif de facto pour des fédérations qui n'ont pas accès aux grands circuits alpins ou nord-américains. Pour les nations d'Europe centrale et orientale, Madère représente un terrain de preuve accessible, internationalement visible et suffisamment exigeant pour valider un niveau d'élite. Ce n'est pas une course de compensation. C'est une course de légitimation.
Damian Hall avait compris ça tôt. iRunFar rappelle dans son portrait du coureur britannique qu'il terminait sixième au MIUT dès 2018, dans une décennie qui l'a vu représenter la Grande-Bretagne aux championnats du monde de trail. Le MIUT était déjà une référence. Il l'est davantage aujourd'hui.
L'indépendance comme modèle, la géographie comme argument
Ce qui distingue le MIUT dans le paysage actuel du trail tient d'abord à une absence : il n'appartient ni à l'UTMB World Series, ni à la Golden Trail World Series. Cette indépendance lui permet d'attirer des athlètes de premier plan sans exiger de points d'accès ni imposer de calendrier contraignant. Dans une période où les grandes séries structurent de plus en plus les saisons des élites, c'est une ressource rare.
La fenêtre d'avril est stratégiquement bien placée. Suffisamment tôt dans la saison pour que le résultat serve de test printanier décisif. Suffisamment exigeant pour qu'une performance ici reste crédible tout l'été. Le MIUT ne souffre pas de dévalorisation : personne ne vient y ménager ses forces.
Les records de 2022 sont toujours là, intacts. Walmsley à 12:58:27. Dauwalter à 14:40:35. Deux chronomètres qui posent une question sans réponse encore : qui, et quand ?
En dix-huit ans, le MIUT a évité deux pièges : la médiocrité organisationnelle et la croissance incontrôlée. 3 000 coureurs, pas 10 000. Une épreuve reine intacte depuis l'origine, un directeur de course fidèle à sa vision depuis le premier départ en 2008. Ce modèle produit quelque chose que l'argent et les partenariats ne peuvent pas fabriquer : une légitimité accumulée année après année, inscrite dans des palmarès solides et des records qui tiennent. Alors que le trail traverse une phase d'industrialisation accélérée, avec une inflation de formats, de distances et de circuits, Madère continue de faire confiance à sa géographie plutôt qu'à son marketing. C'est peut-être la définition la plus honnête d'une grande course.
Catégorie
Courses & Récits
Récits de course et comptes rendus

Canyons 100M 2026 : 161 km à Auburn, enjeux et favoris d'une Major UTMB
Le 24 avril 2026, le Canyons 100M by UTMB s'élance de China Wall pour 161 km sur les sentiers iconiques de la Sierra Nevada. Golden Ticket Western States et Major UTMB World Series : les enjeux promettent un plateau d'exception.

Madeira Island Ultra-Trail : 115 km, 7 000 m D+ et les records qui définissent une génération
Fondé en 2008 avec 141 coureurs, le MIUT est devenu l'un des grands révélateurs du trail mondial. De Walmsley à Santelli, son palmarès lit l'état de l'élite comme peu d'autres épreuves.

MIUT 2025 : Cornut-Chauvinc et Schide s'imposent sur 115 km de Madère
- 1
Grand Raid Ventoux UGP 2026 : que réserve vraiment le Géant de Provence sur 125 km et 5 700 m ?
Actualités — 5 min
- 2
Canyons 100M 2026 : 161 km à Auburn, enjeux et favoris d'une Major UTMB
Courses & Récits — 4 min
- 3
Madeira Island Ultra-Trail : 115 km, 7 000 m D+ et les records qui définissent une génération
Courses & Récits — 5 min
- 4
MIUT 2025 : Cornut-Chauvinc et Schide s'imposent sur 115 km de Madère
Courses & Récits — 5 min