Madeira Island Ultra-Trail : 115 km, 7 000 m D+ et les records qui définissent une génération

Fondé en 2008 avec 141 coureurs, le MIUT est devenu l'un des grands révélateurs du trail mondial. De Walmsley à Santelli, son palmarès lit l'état de l'élite comme peu d'autres épreuves.
Porto Moniz, côte nord-ouest de Madère, face à l'Atlantique. Au bout d'une île volcanique qui n'a rien d'un terrain de confort. Chaque printemps, le Madeira Island Ultra-Trail relie ce point à Machico, 115 kilomètres plus à l'est, au terme d'un trajet qui ne ment jamais sur l'état de forme de ceux qui s'y engagent.
Fondé en 2008 par Sidónio Freitas avec seulement 141 participants, le MIUT a grandi sans forcer sa légitimité. Selon iRunFar, l'événement réunit aujourd'hui plus de 3 000 coureurs chaque avril, sur plusieurs formats, avec le 115k comme épreuve phare. Son palmarès est un annuaire du trail mondial: François D'Haene, Caroline Chaverot, Jim Walmsley, Courtney Dauwalter. En 2022, Walmsley a bouclé le tracé en 12h58:27, nouveau record absolu, et Dauwalter en 14h40:35, effaçant elle aussi la marque précédente. Ce ne sont pas des résultats anodins. Ce sont des étalons.
Porto Moniz à Machico : 115 km sans filet ni raccourci
Le format du MIUT est simple dans son intention, implacable dans son exécution. La course traverse l'île de part en part, du nord-ouest au sud-est, sans retour possible. Selon iRunFar, les 115 kilomètres concentrent plus de 7 000 mètres de dénivelé positif sur un terrain volcanique d'une rugosité réelle. Pour situer l'effort: c'est l'équivalent de gravir l'Everest depuis le camp de base, réparti sur 2,7 marathons enchaînés.

Les crêtes centrales de Madère sont étroites, souvent humides, recouvertes par la laurisylve, cette forêt primaire subtropicale classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Le single track y est roi, les possibilités de dépassement rares. La gestion du terrain prime sur la tactique pure. Contrairement à une épreuve en boucle comme l'UTMB, il n'y a pas de point de passage revisité, pas de familiarité progressive avec le tracé. On avance, l'île absorbe les efforts, et Machico finit par apparaître.
Sidónio Freitas dirige la course depuis son premier kilomètre en 2008. iRunFar lui a consacré un long portrait documentant cette construction patiemment menée, d'un club-run confidentiel à un événement reconnu sur le circuit international.
2022, l'édition de référence : Walmsley détruit D'Haene, Dauwalter efface Chaverot
L'édition 2022 a tout réécrit d'un seul week-end. iRunFar rapporte que Jim Walmsley a franchi la ligne à Machico en 12h58:27, pulvérisant le précédent record masculin signé François D'Haene en 2017 de plus de sept minutes. Une marge significative sur une épreuve de cette nature, où chaque minute représente un équilibre énergétique maintenu des heures durant.
Courtney Dauwalter a bouclé la course en 14h40:35, effaçant le record de Caroline Chaverot qui tenait depuis 2016 à 15h00:55. Vingt minutes d'avance sur une marque vieille de six ans. Comme le souligne iRunFar, ce doublé rappelle leur performance conjointe à l'Ultra-Trail Cape Town en 2021: même association, même efficacité, même façon de rendre les références précédentes caduques en un après-midi.
Ce qui renforce la valeur de ces performances, c'est leur contexte. Le tracé du MIUT a légèrement évolué au fil des éditions, rendant les comparaisons directes délicates. Mais les lignes D'Haene-Walmsley et Chaverot-Dauwalter sont suffisamment nettes pour définir une époque. Ces deux courses ont eu l'intelligence organisationnelle d'accueillir les deux Américains exactement au bon moment de leur carrière, sans que cela soit un hasard de calendrier.

Lambert Santelli et les Français sur l'Atlantique volcanique
En 2023, Lambert Santelli a remporté le MIUT 115k. iRunFar le mentionne dans son analyse avant-course de la Transvulcania 2025, citant cette victoire comme son résultat le plus marquant, dans une saison qui incluait aussi une quatrième place à la Diagonale des Fous. Le profil est cohérent: un coureur à l'aise sur les très longues distances techniques, performant sur les terrains insulaires — un type d'environnement qui impose ses propres codes atmosphériques et topographiques.
Début 2025, Santelli s'alignait sur l'Ultra Trail Chianti 120k, mais terminait à plus de 90 minutes du vainqueur, selon iRunFar. Un résultat qui invite à la prudence sur sa forme du moment, sans rien présager de définitif. Le MIUT reste dans l'horizon des coureurs français qui visent l'élite mondiale sur les distances longues, et Santelli en est la preuve la plus récente.
Le MIUT comme baromètre de trajectoires longues
Au-delà des victoires, le MIUT joue un rôle discret mais lisible dans la construction des carrières d'élite. Raul Butaci, coureur roumain, a terminé troisième de l'édition 2025. iRunFar, dans son analyse avant les Championnats du monde de trail long 2025, cite ce résultat parmi les atouts de l'équipe nationale roumaine pour les Mondiaux. Le MIUT valide, classe, positionne sur la carte mondiale. Il produit des données que les sélectionneurs lisent.
Le cas de Damian Hall illustre le même mécanisme sur une durée plus longue. Sixième au MIUT en 2018, selon son profil publié par iRunFar, le Britannique a ensuite remporté la Spine Race 2023 et la Northern Traverse 2025, une épreuve de 300 kilomètres sur cinq jours. Le MIUT n'était pas le sommet de sa carrière. C'était l'endroit où elle prenait de l'altitude. Ces courses servent précisément à ça: se situer dans la hiérarchie mondiale à un moment précis, sans ambiguïté possible.
Ce que Madère révèle sur l'état du trail mondial
Le MIUT n'a jamais eu besoin de campagne de communication pour exister. De 141 coureurs en 2008 à plus de 3 000 aujourd'hui, la progression est organique. Ce que cette course révèle, c'est une vérité inconfortable pour le paysage médiatique francophone: les épreuves les plus révélatrices ne sont pas toujours les plus couvertes. Le MIUT reste largement sous-exposé en France par rapport à l'UTMB ou à la Diagonale des Fous, alors que son palmarès est au moins aussi indicatif de l'état d'une génération d'athlètes. Walmsley et Dauwalter en 2022 ont posé un étalon de référence. Santelli en 2023 a prouvé qu'un Français peut s'y imposer au plus haut niveau. Butaci en 2025 a confirmé que l'Europe centrale produit une relève sérieuse que l'on aurait tort d'ignorer. Madère prend ce que vous avez, et vous rend exactement ce que vous méritez.
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