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Grand Raid Ventoux UGP 2026 : que réserve vraiment le Géant de Provence sur 125 km et 5 700 m ?

Par Yann Karroum·23 avril 2026·5 min de lecture
Grand Raid Ventoux UGP 2026 : que réserve vraiment le Géant de Provence sur 125 km et 5 700 m ?

125 km et 5 700 m de dénivelé autour du Mont Ventoux : du 24 au 26 avril 2026, le Grand Raid UGP aligne les coureurs sur son plus long format depuis Malaucène, face au Géant de Provence.

Le Tour de France a rendu le Ventoux immortel. Mais une icône du souffrir volontaire ne se limite pas à ceux qui pédalent. Le Grand Raid Ventoux vient de franchir une étape décisive en rejoignant l'UTMB World Series, et la montagne calcaire du Vaucluse s'invite désormais sur la carte mondiale du trail.

Du 24 au 26 avril 2026, Malaucène accueillera le Grand Raid Ventoux sous son nouveau label UTMB World Series. L'épreuve phare, l'Ultra Géant de Provence (UGP), propose 125 km et 5 700 m de dénivelé positif depuis le pied du Géant de Provence. Organisé depuis près d'une décennie par Pieryves Coudray et Laurent Belmonte, l'événement programme quatre formats distincts. C'est bien l'UGP qui concentre les ambitions sportives : seule course de la région à proposer le format 100M, elle devient un maillon officiel du circuit mondial le plus structurant du trail.

Un monument qui attendait son ultra

Le Ventoux, c'est 1 912 mètres d'altitude, de calcaire blanc et de vent imprévisible. Pas un sommet gigantesque sur le papier, mais une silhouette reconnaissable entre toutes, un champ de pierraille lunaire qui domine la Provence comme un avertissement. Le cyclisme l'a transformé en mythe à force de souffrance et de drames. L'histoire de cette montagne est écrite à la sueur des sportifs, pas dans les brochures touristiques.

Trail runners at dawn approaching the rocky limestone scree fields near the summit of Mont Ventoux, north face, dramatic

Le trail, lui, a mis du temps à se l'approprier pleinement. C'est désormais chose faite. Selon les informations publiées par utmb.world, le parcours UGP part de Malaucène, traverse les Dentelles de Montmirail, aborde les pierriers mythiques du sommet, puis rejoint les crêtes du Saint-Amand. La face nord, moins médiatisée que le versant de Bédoin cher aux cyclistes, est plus technique, plus exposée, et en avril encore capable de surprendre sur le plan météorologique.

125 km, 5 700 m : ce que le profil favorise vraiment

Remettons les chiffres en perspective. 125 km, c'est pratiquement trois marathons enchaînés. 5 700 m de dénivelé positif, c'est l'équivalent de grimper environ 1 900 étages. Avec un ratio de 45,6 m de D+ par kilomètre, l'UGP se situe dans la catégorie des courses montageuses sans atteindre les abysses d'un Hardrock 100 (autour de 100 m/km) ni la brutalité verticale de la Diagonale des Fous. Le profil est celui d'un ultra exigeant mais régulier dans ses difficultés.

Ce type de course avantage les coureurs qui combinent endurance de base et efficacité en montée. Pas besoin d'être un acrobate sur sentier : il faut tenir sur la durée, gérer l'énergie sur une deuxième moitié qui sanctionne sévèrement les départs trop ambitieux. Le profil calcaire du Ventoux impose en outre une vigilance technique que d'autres formats 100M n'exigent pas au même degré. Les pierriers du sommet sont une section de course capable de briser un rythme bien établi si les appuis ne sont pas maîtrisés.

Comme le souligne la plateforme Finishers, l'UGP est "la seule course de la région proposant cette distance" : elle occupe une niche géographique réelle dans le maillage du trail français.

Quatre formats, une pyramide territoriale

À côté de l'UGP, le Grand Raid Ventoux propose trois autres épreuves. Selon les détails publiés par Finishers, la Grande Épopée Ventoux (GEV) couvre 87 km pour 4 200 m D+, le Mistral Marathon Trail (MMT) propose 51 km et 2 500 m D+, et le Trail des Coteaux (TDC) s'adresse aux coureurs moins expérimentés avec ses 26 km. Ce découpage couvre tous les profils, du coureur qui prépare son premier ultra à celui qui cherche une qualification.

Trail runner crossing exposed Dentelles de Montmirail rocky ridge at sunrise in Provence, sharp limestone pinnacles, gre

Ce modèle pyramidal est aujourd'hui la norme sur le circuit UTMB World Series. Il maximise l'affluence, rentabilise les infrastructures logistiques et crée un effet communauté autour d'un même territoire. Le village Ultra-Trail de Malaucène, prévu du 24 au 26 avril d'après le site officiel ventoux.utmb.world, est pensé comme l'épicentre de cette expérience collective : restauration, équipements, animations provençales. L'enjeu est sportif, mais aussi économique pour un Vaucluse qui y trouve une vitrine internationale inédite.

Que pèse désormais le Grand Raid Ventoux dans le circuit UTMB ?

L'annonce officielle publiée par utmb.world cite directement l'organisateur Pieryves Coudray : "Joining UTMB World Series was an obvious choice for us. We wanted not only to structure and grow our event but also to offer our trail-running community the opportunity to experience something unique in their region, while highlighting Mont Ventoux, an iconic territory we love so much." Dix ans après les premières éditions du Grand Raid Ventoux, ce partenariat officialise une ambition longuement mûrie.

Rejoindre le World Series, c'est accepter un cahier des charges précis (compatibilité avec l'UTMB Index, standards de sécurité et de communication) en échange d'une visibilité internationale. Pour le Grand Raid Ventoux, l'enjeu est d'attirer des coureurs qui, sans ce label, n'auraient pas traversé la Provence pour un 125 km. Sur les cinq dernières années, le World Series a multiplié ses événements membres à travers l'Europe et au-delà. Le Ventoux s'inscrit dans cette dynamique, aux côtés d'autres courses françaises et espagnoles déjà labellisées.

La question sous-jacente reste celle de l'identité. Coudray insiste sur la dimension locale et l'attachement au territoire. Mais la mécanique UTMB World Series est une machine puissante, avec ses propres codes visuels et ses partenaires globaux. Si certains événements intégrés au circuit ont préservé leur singularité, d'autres ont fini par ressembler davantage à leur label qu'à leur terroir.

Fin avril 2026 : un créneau stratégique pour les qualifications

La fenêtre de fin avril est précieuse dans le calendrier trail. Passées les premières courses printanières, les coureurs cherchent des tests sérieux avant la saison estivale. L'UGP s'inscrit naturellement dans ce créneau : format long, points UTMB Index à la clé, paysage immédiatement identifiable à l'échelle internationale. Les coureurs en quête de qualifications pour les grandes loteries du circuit, de Chamonix aux courses majeures outre-Atlantique, auront une raison concrète de faire le déplacement.

Aucun plateau n'est encore annoncé à ce stade. Mais la logique du circuit suggère que l'édition 2026 attirera une densité compétitive supérieure aux années précédentes. Le profil du Ventoux, favorable aux grimpeurs réguliers et aux spécialistes des terrains calcaires, orientera naturellement les candidatures vers des coureurs qui font de la montagne un critère de sélection de leurs courses.


Le Grand Raid Ventoux avait les atouts naturels d'un événement de référence depuis longtemps : un monument paysager immédiatement identifiable, un tracé qui change de registre, une organisation rodée par une décennie de pratique. L'intégration à l'UTMB World Series lui donne enfin la portée internationale qu'il méritait. Reste une question honnête : que deviennent les événements régionaux absorbés par une grande franchise commerciale ? Le Ventoux est un territoire avec une âme propre, garrigue, mistral, lumière vauclusienne. L'enjeu pour Coudray et Belmonte en avril 2026 sera de livrer une course à la fois compétitive sur le circuit mondial et authentiquement provençale. Les deux ne sont pas incompatibles. Mais l'équilibre se mérite.

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