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Zegama VK 2026 : Angermund et Brinkman gagnent sur parcours réduit, la question du retour reste entière

Par Marc Blanc··5 min de lecture
Zegama VK 2026 : Angermund et Brinkman gagnent sur parcours réduit, la question du retour reste entière

Le 15 mai 2026, des pluies extrêmes ont contraint les organisateurs à amputer le VK de Zegama de 24 % de dénivelé. Stian Angermund (32:47) et Nienke Brinkman (38:21) s'imposent, tous deux anciens vainqueurs du marathon, l'un à peine sorti d'une suspension de seize mois pour agent masquant.

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760 mètres de dénivelé au lieu de 1000, cinq kilomètres dans la boue basque, et un vainqueur rentrant d'une suspension de seize mois pour agent masquant. Le Vertical Kilometer de Zegama 2026, couru le 15 mai, produit des victoires sportives réglementairement valides. S'en tenir là serait insuffisant.

La pluie intense qui s'est abattue sur le Pays basque espagnol a contraint les organisateurs à remodeler profondément l'épreuve. Format adopté : 5 kilomètres pour environ 760 mètres de dénivelé positif, soit près d'un quart de vertical en moins par rapport au Kilometer Vertical canonique. Terrain décrit comme exceptionnellement boueux par iRunFar. Dans ces conditions, Stian Angermund (Norvège) a remporté l'épreuve masculine en 32:47 et Nienke Brinkman (Pays-Bas) l'épreuve féminine en 38:21. Tous deux sont d'anciens champions du marathon de Zegama. Leur légitimité sur cette montagne est réelle. Ce que révèle cette journée du 15 mai dépasse pourtant le seul tableau d'affichage.

Un format réduit qui change la mesure de la performance

Le Vertical Kilometer est une discipline précise. Son nom est un cahier des charges : 1000 mètres de dénivelé positif sur environ 5 kilomètres. Les meilleurs du circuit mondial avalent ce format en moins de 30 minutes sur les tracés les plus raides. À Zegama ce 15 mai, le format adopté était 5 km pour 760 m de D+. Soit 240 mètres de vertical en moins, ce qui modifie structurellement la physiologie de l'effort demandé.

Trail runners ascending a steep muddy mountain slope in heavy rain, Basque mountain landscape, dark storm clouds, dramat

Selon iRunFar, des précipitations extrêmes et l'état boueux du terrain ont conduit à cette modification. Personne ne peut reprocher aux organisateurs d'avoir adapté le parcours dans l'intérêt de la sécurité. Mais les chronos de cette édition ne peuvent pas être comparés à ceux des années précédentes, ni aux performances d'autres VK du circuit. Les 32:47 d'Angermund et les 38:21 de Brinkman sont des victoires liées aux conditions du jour, pas des étalons.

Ce point n'est pas une précaution sémantique accessoire. Dans l'économie des circuits de montagne, les VK servent à hiérarchiser les athlètes et à alimenter les sélections. Une édition sur format réduit produit des données moins transposables. Nommer cette limite est une honnêteté élémentaire.

Angermund, seize mois après : la victoire est valide, la question reste entière

Stian Angermund a purgé une suspension de seize mois après avoir été contrôlé positif à la chlortalidone lors de l'OCC 2023 en France. La chlortalidone est un diurétique inscrit sur la liste des agents masquants par l'Agence mondiale antidopage : son usage en compétition ne vise pas à améliorer directement la performance, mais peut servir à dissimuler la présence d'autres substances. C'est l'une des catégories d'infraction les plus sérieuses dans la taxonomie antidopage, structurellement différente d'un stimulant pris par inadvertance.

iRunFar l'a rappelé explicitement dans son récapitulatif hebdomadaire du 18 mai 2026, au moment même d'annoncer la victoire. Ce choix éditorial est le bon. Un résultat sportif et un passé disciplinaire peuvent coexister dans la même phrase, et doivent le faire.

Sur le plan réglementaire, Angermund est autorisé à courir. Sa victoire est pleinement valide. Mais la validation réglementaire n'est pas équivalente à la confiance sportive reconstruite. Le trail de montagne se réclame volontiers d'une culture de l'intégrité. Cette culture impose de nommer les deux réalités simultanément, sans condamnation définitive, et sans la neutralité qu'on accorde à un retour de blessure.

Lone trail runner on a steep muddy mountain ridge in thick Basque fog, powerful climbing stride, mud-splattered legs and

Brinkman et la boue : quand le fond fait la loi

Nienke Brinkman est co-détentrice du record du parcours du marathon de Zegama : 4:16:43, établi en 2022 selon le suivi live d'iRunFar. Sa victoire sur le VK modifié en 38:21 n'est pas une anomalie de circonstance ; elle illustre une polyvalence documentée sur cette montagne précise.

Les conditions de boue extrême redistribuent les hiérarchies du Kilometer Vertical. Les purs spécialistes de l'ascension tirent leur avantage des surfaces sèches et raides où chaque appui est fiable, où le ratio puissance-poids s'exprime pleinement. Sur terrain détrempé, la solidité musculaire et la maîtrise du terrain irrégulier prennent le dessus. Une athlète capable de courir 42 km de trail de montagne à ce niveau dispose du moteur pour absorber ce type de dégradation des conditions.

Ce n'est pas minimiser sa victoire par des circonstances atténuantes. C'est comprendre pourquoi la boue basque a favorisé son profil face à d'éventuels spécialistes du format court.

Deux anciens vainqueurs du marathon au sommet du VK : le plateau dit quelque chose

Que les deux vainqueurs du VK soient d'anciens champions du marathon de Zegama n'est pas un hasard neutre. Cela dit quelque chose du plateau présent sur l'épreuve du 15 mai.

Le preview 2026 publié par iRunFar signale que des athlètes comme Rémi Bonnet (Suisse), auteur d'un record mondial du VK en 2025 selon cette même source, étaient attendus sur le marathon du 17 mai. Des spécialistes de l'ascension pure avaient vraisemblablement choisi de préserver leurs ressources pour l'épreuve principale du week-end. Sur un VK modifié, boueux et moins sélectif verticalement, leur relative absence du haut du classement n'a rien de surprenant.

Cela ne diminue pas la performance d'Angermund et Brinkman. Cela contextualise le tableau : des spécialistes de la montagne longue distance ont dominé un format court dans des conditions qui favorisaient précisément leur profil. Le VK de Zegama, certains jours de pluie, ressemble davantage à un marathon raccourci qu'à un duel de grimpeurs purs.


Le VK de Zegama 2026 restera une édition marquée par le compromis : format réduit de 24 % en dénivelé, terrain extrême, résultats non comparables avec les éditions précédentes. Les victoires sont réelles. Le cadre est diminué. Ces deux phrases peuvent coexister.

Sur la question Angermund, le milieu du trail ne peut pas se contenter du silence commode. iRunFar a fait le choix de nommer les deux faits dans la même dépêche. C'est la norme minimale, et d'autres médias auraient intérêt à l'adopter. Retour de suspension pour agent masquant et victoire sportive ne s'annulent pas mutuellement ; ils s'énoncent ensemble, et c'est précisément cette tension que le trail de montagne doit apprendre à tenir sans esquiver.

Notre lecture : 3/5 pour la valeur comparative de ces chronos, compte tenu du format réduit. 5/5 pour l'intérêt éditorial d'une journée qui révèle comment la discipline gère, ou ne gère pas, ses zones grises.

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