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Zegama-Aizkorri 2026 : Jornet en quête d'un 12e titre, Elazzaoui veut garder sa couronne

Par Marc Blanc·15 mai 2026·5 min de lecture
Zegama-Aizkorri 2026 : Jornet en quête d'un 12e titre, Elazzaoui veut garder sa couronne

Le 17 mai 2026, la 25e édition du Zegama-Aizkorri Marathon voit le retour de Kilian Jornet, onze fois vainqueur, face à Elhousine Elazzaoui, champion sortant. Un duel de génération sur l'un des terrains les plus exigeants du calendrier mondial.

Onze victoires en vingt-quatre ans. Un record planté en 3h36 à l'édition 2022. Pourtant, Kilian Jornet revient au départ de Zegama ce 17 mai 2026 sans aucune garantie : Elhousine Elazzaoui, roi sortant, a prouvé l'an passé qu'une couronne basque pouvait se prendre.

La 25e édition du Zegama-Aizkorri Marathon réunit ce dimanche l'élite mondiale du skyrunning sur ce marathon de 2 700 mètres de dénivelé positif dans le Pays Basque espagnol. Kilian Jornet, onze fois vainqueur et détenteur du record du parcours, fait son retour après une saison 2025 dédiée aux ultra-distances, conclue par une troisième place à Western States 100. En face, le Marocain Elhousine Elazzaoui, champion sortant depuis 2025, arrive en confiance : leur dernière confrontation directe, à la Cursa Tomir en Mallorca en mars 2026, s'est soldée par un ex-aequo à 1h44:49. Selon iRunFar, qui suit l'événement en direct depuis le Pays Basque pour cet anniversaire, le plateau est d'ores et déjà qualifié de "blockbuster field".

Un quart de siècle dans les Aizkorri : la démesure d'une petite course

Zegama naît en 2002 dans un village de quelques centaines d'âmes au pied de la sierra d'Aizkorri. Vingt-cinq ans plus tard, l'atmosphère de la course rivalise avec les plus grandes compétitions sportives d'Europe, selon Canadian Running Magazine : les supporters tapissent les flancs des montées sur les deux côtés, laissant tout juste la largeur d'un coureur entre deux haies humaines. Pas de paddock VIP, pas de zone commerciale. Juste une montagne, une foule et un effort nu. C'est cette radicalité qui fait de Zegama une référence absolue du calendrier mondial de skyrunning, dans la même catégorie symbolique que Sierre-Zinal ou la Vertical Kilometer de Fully.

Elhousine Elazzaoui trail runner pushing hard on final rocky mountain climb, race bib visible, small pursuing group behi

Pour mesurer l'effort : 2 700 mètres de dénivelé positif, c'est l'équivalent de grimper la Tour Eiffel (324 mètres) plus de huit fois consécutives. Sur un format marathon, avec le chrono qui tourne.

Jornet : le poids d'un 12e titre et le doute d'une saison longue

Kilian Jornet a remporté Zegama pour la première fois en 2007, lors de la sixième édition de la course. Puis en 2008, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2016, 2019, 2022 et 2024, détaille le preview d'iRunFar. Onze titres, un record absolu, et la meilleure marque du parcours à 3h36 posée lors de l'édition 2022.

En 2025, il était absent. Focalisé sur Western States 100, il avait décroché son Golden Ticket en terminant deuxième au Chianti 120k avant de finir troisième en Californie. Une saison entièrement orientée ultra-distance : efforts prolongés, économie de course, gestion de la fatigue sur la durée. Tout l'inverse de Zegama, qui réclame une brutalité verticale et une vitesse de montée que l'ultra finit par émousser.

La Cursa Tomir de mars 2026 a levé l'essentiel du doute sur sa forme. Selon le bulletin hebdomadaire d'iRunFar du 30 mars 2026, Jornet a couru le 33 km mallorquin en 1h44:49, à égalité parfaite avec Elazzaoui et l'Américain Dakota Jones. Trois hommes, un seul chrono : difficile d'imaginer prélude plus éloquent.

Elazzaoui : un règne d'un an, une légitimité construite

Elhousine Elazzaoui n'a pas volé son titre 2025. Comme le détaille iRunFar dans son compte-rendu des résultats de l'édition précédente, le Marocain avait terminé deuxième derrière Jornet en 2024 avant de s'imposer l'année suivante en livrant une course tactiquement irréprochable : rester dans le groupe de tête, déclencher l'accélération décisive lors de la dernière grande montée, à environ 12 kilomètres de l'arrivée. Avant Zegama 2025, il avait également remporté la Chianti Half Trail, signalant une mise en forme précoce.

Ce 17 mai, il aborde la 25e édition avec un statut qu'il n'avait pas l'an dernier : celui de défenseur. Le cadre psychologique change tout. La pression d'une deuxième victoire consécutive pèse différemment de celle d'une première.

Qui attaque le premier : la donnée stratégique au cœur du duel

iRunFar a publié une analyse approfondie des stratégies gagnantes à Zegama, en croisant les données de splits sur plusieurs années d'archives. Le constat est net : la méthode la plus souvent gagnante consiste à rester dans le groupe de tête avant d'accélérer lors de la dernière grande ascension. C'est précisément ce qu'a fait Elazzaoui en 2025.

Mais la même analyse rappelle que Jornet, en 2024, avait pris la tête dès le premier point de contrôle et ne l'avait jamais lâchée. Deux philosophies opposées, deux profils distincts. Jornet impose le rythme et oblige les autres à répondre. Elazzaoui laisse la course venir avant de frapper.

La question pour ce dimanche est donc tactique autant que physique : lequel des deux aura la discipline de ne pas sortir de son registre naturel ? Jornet à 38 ans n'a plus l'avantage de l'insolence athlétique brute. Il a en revanche une lecture de ce terrain que personne d'autre sur la planète ne possède. Ce savoir-là vaut des secondes.

La 25e édition comme révélateur de transmission

Il serait réducteur de réduire ce Zegama 2026 à un face-à-face entre deux hommes. La 25e édition attire un plateau que même iRunFar qualifie d'exceptionnel, même si les détails complets du départ ne sont pas encore disponibles dans les sources consultées. Du côté des femmes, Sara Alonso, qui avait remporté l'édition 2025 selon iRunFar, sera également à suivre dans un parcours où Canadian Running Magazine rappelle que l'atmosphère unique de la course crée des conditions de compétition sans équivalent en Europe.

Ce que cette édition anniversaire met en scène, c'est une question de fond : le trail de vitesse peut-il continuer à être dominé par un seul homme pendant presque deux décennies, ou la profondeur internationale du peloton a-t-elle définitivement rattrapé le niveau Jornet ?

Point de vue éditorial : deux récits valent mieux qu'un résultat

Notre lecture est tranchée. Ce Zegama 2026 est un révélateur de trajectoires autant qu'une course. Jornet à 38 ans, revenu aux formats courts après une incursion dans l'ultra-distance, teste si son intelligence de course peut compenser l'érosion naturelle de la vitesse pure. Elazzaoui, plus jeune, plus affamé, démontre depuis deux ans qu'il a résolu l'équation tactique de Zegama avec une précision quasi scientifique. Si le Marocain gagne une deuxième fois consécutive, la question du successeur au trône basque n'est plus hypothétique. Si Jornet prend un 12e titre, la conversation change de registre : il ne s'agit plus d'un athlète qui domine, mais d'un phénomène qui dure. Ces deux récits méritent mieux qu'un simple résultat de classement. Ils disent quelque chose sur la nature même de la longévité sportive dans le trail d'élite, un sujet que le calendrier 2026 n'a pas fini de creuser.

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