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Zegama 2026 : Rémi Bonnet, la fracture, la boue et le retour qui compte vraiment

Par Marc Blanc·15 mai 2026·5 min de lecture
Zegama 2026 : Rémi Bonnet, la fracture, la boue et le retour qui compte vraiment

Champion 2018, blessé toute la première moitié de 2025, Rémi Bonnet revient à la Zegama-Aizkorri pour son 25e anniversaire, face à un plateau exceptionnel emmené par Kilian Jornet.

Huit ans. Rémi Bonnet a enchaîné huit saisons à haut niveau, deux sports de compétition, sans jamais marquer d'arrêt forcé. Il fallait que ça arrive. Ce n'est pas du pessimisme, c'est de la physiologie.

Pour le 25e anniversaire de la Zegama-Aizkorri, les organisateurs ont rappelé leurs anciens champions. Rémi Bonnet, vainqueur de l'édition 2018, fait partie de l'appel. Dans un entretien publié par iRunFar avant le départ, le Suisse revient sur une saison 2025 en deux temps : fracture de stress du tibia en début d'année, puis victoire au championnat du monde de montée et record du monde sur kilomètre vertical en seconde partie. Trois courses majeures manquées (Zegama, le Marathon du Mont Blanc, Sierre-Zinal) pour deux titres glanés. Le bilan est contrasté. Et dimanche, face à Kilian Jornet, Elhousine Elazzaoui et Manuel Merillas, Bonnet affronte un plateau qui n'a rien d'une réintégration tranquille.

La Zegama à 25 ans : un plateau qui dessine la hiérarchie mondiale

La Zegama-Aizkorri, c'est 42 kilomètres et environ 2 800 mètres de dénivelé positif dans les montagnes basques. Ni le plus long, ni le plus haut des rendez-vous trail du calendrier européen. Mais depuis vingt-cinq ans, elle impose une lecture : gagner ici, c'est gagner avec tout. Vitesse pure sur les singles rapides, technique sur les crêtes exposées, résistance dans la boue. Bonnet le formule sans détour dans son entretien avec iRunFar : "celui qui gagne Zegama est le meilleur du monde."

Trail runner in racing bib sprinting on steep muddy mountain trail through foggy Basque ridge at Zegama-Aizkorri, green

Cette 25e édition rassemble un champ de départ exceptionnel. Kilian Jornet est présent, lui dont le nom est gravé plusieurs fois au palmarès. Elhousine Elazzaoui, en progression constante sur le circuit mondial, est là aussi, avec Manuel Merillas. Bonnet reconnaît lui-même que ce plateau "le motive à essayer de suivre" ces noms. Le verbe dit quelque chose. Ce n'est pas la posture d'un homme venu gagner à tout prix. C'est celle d'un athlète qui sait exactement où il en est dans sa reconstruction, et qui l'assume.

Huit ans sans fracture : le privilège, puis son prix

"Touch wood pour huit ans sans blessure", dit Bonnet à iRunFar, avec une légèreté qui masque à peine la réalité de ce chiffre. Huit ans à enchaîner trail de haut niveau et ski-alpinisme de coupe du monde, sans interruption forcée. Presque anormal, dans ce contexte de double calendrier.

La fracture de stress du tibia, survenue en début de saison 2025, l'a contraint à manquer les courses qui "le font rêver". Une fracture de stress tibiale chez un athlète de ce profil n'est pas un accident isolé : c'est la signature physiologique d'une accumulation de charge mécanique sans récupération suffisante. Bonnet l'a dit clairement dans l'entretien publié par iRunFar : "j'ai appris à me reposer un peu plus qu'avant." Pour un coureur ayant maintenu ce rythme pendant huit ans, c'est un vrai changement de paradigme, pas une formule.

La seconde partie de 2025 a pourtant été remarquable : record du monde sur kilomètre vertical, titre de champion du monde en discipline montée. Des performances orientées vers la puissance verticale pure, qui limitent précisément les charges d'impact répétitives au sol. Un programme de retour presque trop bien calibré pour être fortuit.

Vingt courses par hiver : la double vie d'un athlète sans trêve

Le trail de haut niveau a normalisé le ski de montagne comme sport-complément hivernal. Bonnet, lui, incarne autre chose : un athlète véritablement bicéphale, qui aligne une vingtaine de courses de coupe du monde de ski-alpinisme chaque hiver. Meghan Hicks le souligne dans son entretien pour iRunFar : "vous traitez le ski-alpinisme avec le même professionnalisme que le trail."

Elite ski mountaineer ascending steep snow slope at dawn with ultralight skis and poles, dramatic alpine backdrop, blue-

Vingt compétitions par hiver. Ajouté au circuit trail estival, ce rythme ne laisse aucune fenêtre de récupération structurelle. Les bénéfices sont réels : le ski-alpinisme développe une capacité aérobie et une puissance en montée que peu de disciplines égalent. Mais la dette physiologique s'accumule, silencieusement, jusqu'à ce que le tibia envoie sa facture.

La question posée par cette trajectoire dépasse le seul cas Bonnet. Dans un sport où les athlètes cherchent des compléments hivernaux pour rester compétitifs, jusqu'où peut-on pousser la double saison sans compromettre la longévité ? Bonnet a commencé à y répondre. Selon ses propres mots dans l'entretien iRunFar, la réponse passe par "apprendre à se reposer." Simple à dire, difficile à intégrer quand la compétition est une façon d'exister.

La boue de 2018 comme référence tactique : Bonnet connaît ses conditions idéales

Les conditions annoncées pour cette édition 2026 sont typiquement basques : pluie abondante les jours précédant la course, terrain détrempé, possible neige en altitude. Bonnet, interrogé par iRunFar, ne s'en plaint pas. Il les accueille avec l'enthousiasme d'un homme qui sait que la boue travaille pour lui.

"Quand j'ai gagné en 2018, c'était exactement la même chose", rappelle-t-il dans l'entretien. Ce n'est pas de la nostalgie. C'est une analyse tactique habillée en souvenir. Un terrain détrempé nivelle les écarts de vitesse pure et majore la technique de placement de pied, l'équilibre et la lecture du parcours. Ce sont des qualités que l'expérience accumule. Bonnet, qui a couru Zegama "sous toutes ses formes", possède cet avantage cognitif qu'aucune condition physique de pointe ne peut compenser à la dernière minute.

La concurrence sera rude malgré tout. Jornet connaît ce terrain mieux que quiconque, dans la boue autant que sous le soleil. Elazzaoui a montré une progression constante sur les deux dernières saisons. Mais les courses chaotiques récompensent rarement la supériorité brute. Elles récompensent la maîtrise, la patience et la mémoire du terrain.

Ce que ce retour dit de l'état du trail d'élite

Notre lecture : le retour de Bonnet à Zegama illustre ce que le trail de haut niveau refuse encore de formuler clairement. Le modèle "athlète sans coupure", encouragé par des calendriers de plus en plus chargés et glorifié sur les réseaux sociaux, a un coût physiologique réel. Huit ans sans blessure, c'est une performance en soi. C'est aussi une forme de chance que le corps finit toujours par remettre en question.

Les performances de fin 2025 suggèrent que Bonnet n'est pas revenu diminué. Record du monde vertical, titre mondial en montée : les arguments sont solides. Pour le 25e anniversaire d'une course qui structure la hiérarchie mondiale, il n'arrive pas favori. Mais dans la boue, avec l'expérience du terrain et une saison de transition bien digérée, il est précisément le type de profil que les grandes épreuves basques ont l'habitude de récompenser. La différence avec une "belle histoire" toute faite : là, les chiffres lui donnent raison.

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