Courtney Dauwalter : comment 2 h 39 sur route l'a rendue meilleure en ultra-trail

Dixième à l'UTMB 2025, deux marathons sur route, victoire surprise en Italie. À 41 ans, Courtney Dauwalter se réinvente méthodiquement avant la Cocodona 250.
Dixième à l'UTMB 2025 après avoir régné sans partage sur les plus grandes courses du monde. Pour n'importe quelle autre athlète, cette position serait honorable. Pour Courtney Dauwalter, triple lauréate de l'épreuve et seule coureuse à avoir décroché le Triple Crown (Western States, Hardrock, UTMB) en une seule saison, c'était une fissure dans l'édifice. Ce que personne n'avait anticipé, c'est que cette fissure allait servir de fondation.
À 41 ans, Dauwalter se présente à la Cocodona 250 du 4 mai 2026 avec un profil athlétique retravaillé de fond en comble. Après une année 2025 hachée (abandon à Cocodona, victoire à la Laverado 100 km en juin, 10e place à l'UTMB), elle a enchaîné deux marathons sur route : 2 h 49 aux Twin Cities en octobre, puis 2 h 39 au California International Marathon en décembre. Retour aux sentiers en mars avec une victoire sur le Chianti Ultra-Trail 120 km, inscrite quelques jours avant le départ après l'annulation de son objectif initial, devant Rachel Entrekin et Yngvild Kaspersen. Dans un entretien long-format publié par Trail Runner Mag, elle expose une évolution qui redistribue les cartes bien au-delà de son propre palmarès.
2025 : deux ans après le Triple Crown, la narrative de l'invincibilité craquait

Pour comprendre ce que fait Dauwalter en 2026, il faut revenir sur 2025 avec honnêteté. Un abandon à Cocodona, rare dans une carrière construite sur la ténacité absolue. Une victoire à la Laverado 100 km en juin. Puis l'UTMB, où, comme le rapporte Trail Runner Mag, "les roues se sont décollées" et elle a terminé 10e, souriante mais épuisée. Deux ans après son Triple Crown de 2023, la narrative de l'invincibilité prenait l'eau.
Ce que révèle cette séquence n'est pas un déclin. C'est une limite : celle d'un modèle bâti sur l'instinct, la résistance à la douleur et la gestion des émotions, confronté à une concurrence de plus en plus structurée et physiologiquement armée. La professionnalisation du trail (haute densité glucidique, entraînement thermique, renforcement musculaire systématique) exige une réponse. Dauwalter a décidé de chercher la sienne dans un endroit inattendu.
Marathon sur route : quand la piste recalibre une championne d'ultra
Le détour par le marathon sur route représente une rupture méthodologique nette. Trail Runner Mag rapporte qu'elle a réduit drastiquement son volume, plafonnant ses sorties longues à environ 27 km contre les deux à huit heures habituelles, et multiplié les séances de fractionné plusieurs fois par semaine. Elle a regardé sa montre plus qu'elle ne l'avait jamais fait de sa vie, dit-elle dans l'entretien, et elle adorait ça. La convertie aux données, c'était elle.
Le 2 h 39 au California International Marathon, préparé à plus de 3 000 mètres d'altitude dans les montagnes du Colorado, n'est pas un temps d'élite sur route. Mais c'est un proxy : trois mois de travail en haute intensité que les 100 miles ne procurent tout simplement pas. L'impact est concret. Inscrite en dernière minute au Chianti Ultra-Trail 120 km après l'annulation sur tempête tropicale de la Tenerife Bluetrail 110K à laquelle elle était engagée, elle distance Entrekin et Kaspersen dans la dernière heure. "Normalement en ultra, je ne prendrais pas de carburant dans la dernière heure", confie-t-elle à Trail Runner Mag. "Mais là j'ai ingéré deux gels sur les dix derniers kilomètres, et j'étais vraiment contente parce que je me suis dit : 'Hé, on y arrive !'" Vitesse de pointe et nutrition active jusqu'à la ligne : deux inédits conjugués dans le même final.

Kevin Dauwalter : l'architecte invisible derrière la coureuse libre
L'image de Dauwalter qui court à l'instinct est vraie à moitié. Derrière la façade de la coureuse aux bermudas de basket, Trail Runner Mag révèle un dispositif logistique très rodé, piloté par son mari Kevin. Il gère les déplacements, les inscriptions, les tableurs de splits par section, et les plans nutritionnels élaborés à partir de la topographie du parcours et des données historiques. Sa précision est remarquable : "Post-course, on regarde et c'est comme si tu avais prédit tous ces splits", dit-elle.
Ce partage des rôles libère Courtney d'une charge mentale considérable. Kevin absorbe ce qu'elle juge "fastidieux ou écrasant" et lui permet de concentrer toute son énergie sur l'acte de courir lui-même. Ce modèle de duo n'est pas rare au sommet du sport, mais ce qui le distingue ici c'est que Kevin n'est pas un entraîneur : c'est un partenaire de vie. La distinction compte, notamment pour comprendre pourquoi Dauwalter continue de se passer d'un coach et d'un plan d'entraînement formel.
Force et nutrition : comment un abandon en 2019 a changé sa méthode
Dauwalter n'a découvert le renforcement musculaire qu'après une douleur de hanche ayant provoqué son abandon à Western States en 2019. Depuis, une routine quotidienne de 30 minutes d'activation avant chaque sortie, plus des séances régulières avec un préparateur dédié. "Je sens vraiment la différence quand je cours", confie-t-elle à Trail Runner Mag. À 41 ans, maintenir la masse musculaire fonctionnelle est un enjeu physiologique concret, surtout sur des formats qui dégradent tendons et articulations autant que les réserves glycogéniques.
Sur la nutrition, elle s'inscrit dans le mouvement haute-glucides sans en faire une obsession chiffrée. Sa règle : prendre une chose de plus que ce qu'elle pense pouvoir avaler. Pas de cible en grammes par heure, pas de comptage. Pour des courses dépassant les 24 heures, comme la Cocodona 250 (environ 400 km, soit près de dix marathons enchaînés), elle reste ouverte à tout ce qui passe : purée de pommes de terre, pizza, pancakes. La flexibilité comme principe, l'expérimentation comme méthode.
Ce que l'évolution Dauwalter révèle du trail d'aujourd'hui
Notre lecture : Courtney Dauwalter n'est pas en train de "se mettre à la page" du trail professionnel. Elle l'intègre à sa propre cadence, avec une sélectivité qui ressemble davantage à de la sagesse qu'au conservatisme. Le marathon sur route, le renforcement, la nutrition augmentée, le sauna : elle touche à tout, mais garde le cap sur ce qui l'a toujours guidée. La joie comme boussole, la curiosité comme moteur.
Ce que cet épisode révèle, c'est une chose que le trail peine à admettre : les athlètes qui durent ne sont pas ceux qui optimisent le plus, mais ceux qui savent quoi optimiser et à quel moment. À 41 ans, avec une 10e place à l'UTMB comme aiguillon et deux marathons comme recalibrage, elle a peut-être trouvé son deuxième souffle. Verdict éditorial : 5/5 sur la capacité à se réinventer, 4/5 sur la lisibilité d'un palmarès délibérément imprévisible.
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