Zegama 2026 : Elazzaoui récidive malgré Bonnet en CR pace, Alexandersson pulvérise le record féminin

Le 17 mai 2026, la 25e édition du Zegama-Aizkorri Marathon a vu Elhousine Elazzaoui conserver son titre face à un Rémi Bonnet passé en tête sur split record, tandis que Tove Alexandersson effaçait le record féminin du cours établi par Nienke Brinkman en 2022.
À 45 minutes de course, Rémi Bonnet menait de plus d'une minute. Au checkpoint de 13,5 kilomètres, il franchissait la borne 47 secondes devant le split record de Kilian Jornet établi en 2022. Elhousine Elazzaoui a quand même gagné.
La 25e édition du Zegama-Aizkorri Marathon, courue sous la pluie et la neige le 17 mai 2026 au Pays Basque espagnol, a livré deux récits simultanés. Côté hommes, Elhousine Elazzaoui (Maroc) a conservé son titre face à l'offensive explosive du Suisse Rémi Bonnet, pourtant passé en tête sur une cadence digne d'un record du cours. Dans son sillage : Kilian Jornet, Briffod, l'Italien Daniel Pattis et l'Américain Taylor Stack, cinq chasseurs en quête d'un front-runner intouchable. Côté femmes, la Suédoise Tove Alexandersson a effacé le record de Nienke Brinkman, figé à 4:16:43 depuis 2022. Selon iRunFar, présent en direct au Pays Basque pour cette édition anniversaire, le plateau a tenu toutes ses promesses.
Ce que 47 secondes d'avance sur un split record ne garantissent pas
Trente minutes après le départ, Rémi Bonnet avait déjà distancé le peloton entier. À 45 minutes, son avance dépassait la minute sur le groupe de cinq lancés à sa poursuite. Au checkpoint de 13,5 kilomètres, il claquait un passage 47 secondes inférieur au split enregistré par Kilian Jornet lors de son édition record de 2022, selon le compte rendu d'iRunFar. Bonnet avançait donc plus vite que le meilleur passage jamais réalisé à ce stade du parcours.

Cette statistique mérite qu'on s'y arrête. Bonnet, ancien vainqueur de l'épreuve selon l'entretien pré-course publié par iRunFar, ne gérait pas la course : il cherchait à la décider avant la mi-parcours. Cette tactique, à la frontière du raisonnable sur un marathon de montagne rendu glissant par les précipitations des jours précédents et la neige signalée sur les crêtes, a ses partisans. Le massif de l'Aizkorri punit les erreurs de rythme, mais il punit aussi ceux qui attendent trop. La question, au fond, était de savoir jusqu'où Bonnet pouvait tenir un tel niveau d'intensité.
Les expériences du circuit montagne international le rappellent régulièrement : exploser en tête sur terrain technique, c'est emprunter un crédit que les jambes finissent toujours par réclamer.
Elazzaoui : la double couronne au bout de la gestion
Au même checkpoint de 13,5 kilomètres, Elhousine Elazzaoui courait avec plus de deux minutes d'avance sur son propre rythme de 2025, son édition gagnante. Il progressait nettement au-delà de sa marque de référence, et pourtant il se trouvait encore dans la roue d'un Bonnet plus rapide. Le Marocain entre désormais dans un cercle restreint : celui des doubles vainqueurs d'une course qui n'a jamais connu de dominateur attitré, hormis Kilian Jornet.
Ce qu'Elazzaoui a accompli relève de la gestion tactique autant que physique. Courir au-dessus de son propre record de section tout en restant derrière un leader sur split record exige une confiance absolue dans ses ressources de seconde mi-course. Les grands duels du mountain running fonctionnent souvent ainsi : la patience devient une arme offensive à partir du moment où le terrain monte. Et à Zegama, le terrain monte toujours.

Jornet parmi les chasseurs : la légende à 11 titres dans un groupe de cinq
Le fait symbolique de cette 25e édition tient peut-être là. Kilian Jornet, 11 victoires à Zegama sur 12 participations selon les données publiées par iRunFar lors des résultats 2024, s'est retrouvé dans un groupe de chasse à plus d'une minute d'un Bonnet intouchable en première partie de course. Aux côtés de Pattis, Stack et Briffod.
Rien ne dit qu'il a terminé loin du podium. Zegama redistribue les cartes dans la montée finale, et un Jornet dans un groupe compact à 45 minutes reste un Jornet capable de frapper. Mais figurer dans cette meute est une réalité inédite pour l'homme qui avait remporté 11 de ses 12 présences dans les rues du Pays Basque. Cette configuration ne révèle pas un déclin : elle témoigne de l'émergence d'une génération qui ne vient plus à Zegama pour honorer une légende, mais pour la dépasser.
Alexandersson et la spécialisation en trail : un record qui pose une vraie question
La Suédoise Tove Alexandersson ne se définit pas comme une traileuse spécialisée. Elle a remporté des championnats du monde dans six sports différents. Son seul résultat de 2026 avant Zegama : la Grand Raid Ventoux 50k en France fin avril, gagnée avec 27 minutes d'avance. Avant cela, les Championnats du monde de trail 2025 sur courte distance : victoire avec environ 34 minutes de marge. Et une deuxième place aux Championnats du monde de course en montagne 2023 (up and down), selon le preview d'iRunFar.
Elle prenait le départ de Zegama avec l'équipement de son nouveau sponsor Salomon, pour la première fois en 2026. Selon ce même preview, le scénario d'une attaque sur le record de Brinkman (4:16:43, 2022) était envisagé si les conditions s'y prêtaient. Elles s'y sont prêtées. Le record n'existe plus. Ce que cette victoire soulève, sans le formuler : la spécialisation trail est peut-être davantage un avantage marginal qu'une condition nécessaire à la performance d'élite sur les distances de type marathon de montagne. Ce n'est pas une certitude. C'est une question que les résultats d'Alexandersson posent avec une insistance de plus en plus difficile à ignorer.
La 25e édition de Zegama a produit deux lectures antagonistes de la performance en montagne. Bonnet parie sur l'audace maximale, trace en avant sur CR pace, et perd face à un Elazzaoui qui mesure, attend, et gagne. La gestion prime, presque toujours. Mais Alexandersson contredit toute systématique : elle débarque une fois par an, sans s'astreindre à la spécialisation, et repart avec le record du cours. Notre lecture : cette 25e édition n'est pas seulement un anniversaire bien tenu. C'est le signe que le mountain running de haut niveau entre dans une phase de turbulence talentueuse, où ni la hiérarchie établie, ni les méthodes de préparation ne sont plus gravées dans le basalte basque. La prochaine décennie s'annonce franchement ouverte.
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