Zegama 2026 : Alexandersson pulvérise le record, Elazzaoui s'offre le doublé
Tove Alexandersson a fracassé le record féminin vieux de quatre ans lors d'une démonstration sans partage, tandis qu'Elhousine Elazzaoui conserve sa couronne masculine avec vingt secondes d'avance seulement : Zegama 2026 a livré deux portraits de champions aux styles radicalement opposés.
Tove Alexandersson n'est venue à Zegama qu'une seule fois. Elle a tout cassé. Pendant ce temps, Elhousine Elazzaoui confirmait ce que sa victoire 2025 laissait présager : il n'est pas un coup d'éclat, il est le patron du marathon basque.
Le 17 mai 2026, les crêtes de l'Aizkorri ont servi de décor à deux récits radicalement différents. Côté femmes, Alexandersson a signé un nouveau record du cours en brisant le 4:16:43 établi par Nienke Brinkman en 2022, avec une avance de plus de trois minutes sur le rythme record à mi-parcours, selon iRunFar. Derrière elle : Malen Osa (Espagne, 2e) et Sara Alonso (Espagne, 3e), championne sortante. Côté hommes, Elazzaoui remporte son deuxième titre consécutif par seulement 20 secondes sur Pattis, au terme d'un dernier kilomètre décisif.
Alexandersson efface un record qui résistait depuis quatre ans
Nienke Brinkman avait posé sa marque en 2022 à 4:16:43. Quatre éditions de résistance. Alexandersson l'a effacée avec une régularité presque clinique.
Selon iRunFar, la Suédoise accusait déjà 15 secondes d'avance sur le rythme record au premier grand col, à 16 kilomètres. À 23 kilomètres, à mi-parcours, son avance sur l'ancienne référence dépassait les trois minutes. Son avance en course sur ses premières poursuivantes s'établissait alors à 11 minutes. Le podium, lui, ne bougerait plus.
Ce niveau de domination n'est pas une surprise chez celle qui a remporté les Championnats du Monde de trail court en 2025 par près de 34 minutes, devant Sara Alonso. Selon l'article de présentation d'iRunFar, Alexandersson a également terminé deuxième aux Championnats du Monde de course de montagne montée-descente en 2023, et revendique des titres mondiaux dans six disciplines différentes. Zegama était sa deuxième sortie de 2026, quelques semaines après avoir remporté le Grand Raid Ventoux 50k fin avril par 27 minutes d'avance. C'était aussi sa première compétition sous les couleurs de son nouveau sponsor Salomon.
Osa monte, Alonso résiste : la vraie course derrière la Suédoise
Derrière Alexandersson, le podium s'est construit sur la durée. Malen Osa pointait au cinquième rang à 16 kilomètres. Elle a progressé tout au long du parcours, dépassant Alonso entre le 23e et le 28e kilomètre pour ne plus être rattrapée.
Sara Alonso court sa troisième Zegama-Aizkorri. Championne sortante, elle termine troisième, mais selon l'entretien publié par iRunFar après l'arrivée, elle a réalisé son meilleur temps de descente sur ce parcours, malgré la boue. Elle a couru plus vite qu'en 2025. Elle évoque aussi l'existence d'une "course dans la course" entre coureuses basques, un récit secondaire qui structure le peloton derrière la Suédoise.
Dans un entretien pré-course accordé à iRunFar, Alonso avait pourtant identifié les menaces avec lucidité : "Tove est évidemment la favorite. Mais il y a d'autres filles comme Judith Wyder ou Malen Osa. Avec Judith, on a peut-être couru dix fois ensemble, et je n'ai gagné qu'une seule fois ici à Zegama." Une lecture juste, une troisième place logique.
Elazzaoui et Pattis : vingt secondes pour un titre
Chez les hommes, pas de fugue en tête. Elazzaoui a défendu son titre 2025 au prix d'un final sous tension permanente. Dans l'entretien publié par iRunFar après sa victoire, il décrit les derniers instants avec précision : "Le dernier kilomètre, je le connais très, très bien, et j'ai poussé vers la ligne d'arrivée." L'écart à l'arrivée sur Pattis : 20 secondes.
C'est une victoire qui parle de maturité tactique plus que de supériorité physique brute. Elazzaoui a analysé son adversaire en course, identifiant des difficultés en descente, et a placé son effort décisif là où il pouvait faire la différence : sur le plat final, dans un territoire qu'il maîtrise. Gagner Zegama en 2025, puis le défendre en 2026 à 20 secondes, c'est gagner deux fois différemment.
La comparaison avec la course féminine est saisissante. Quand Alexandersson comptait 11 minutes d'avance à mi-parcours, Elazzaoui arrachait son titre à 20 secondes. Deux registres, deux portraits de champion.
Zegama, baromètre de la course de montagne mondiale
Zegama-Aizkorri n'est pas l'UTMB. Pas de 170 kilomètres ou de gestion sur deux nuits. C'est un marathon de montagne court, brutal et technique, avec un public basque omniprésent qui transforme chaque kilomètre en corridor de bruit. Sara Alonso le dit sans ambiguïté dans son entretien pré-course avec iRunFar : "Vous entendez les foules à chaque kilomètre de la course. C'est pourquoi c'est si important."
La logique est à l'opposé du Western States ou de l'Hardrock : la vitesse prime, les marges de récupération n'existent pas, et les meilleurs spécialistes de montagne courte distance se retrouvent ici comme nulle part ailleurs. Le fait qu'Alexandersson choisisse Zegama comme deuxième sortie d'une saison très sélective dit le prestige de l'épreuve.
Les records, ici, ont valeur de baromètre. Celui de Brinkman tenait depuis 2022. Sa chute en 2026 marque soit un changement de génération, soit un changement d'échelle. Le doublé d'Elazzaoui, lui, commence à ressembler à une intention déclarée.
Notre lecture : la comète et le stratège
Cette journée du 17 mai 2026 pose deux questions que la course de montagne de haut niveau va devoir porter. Alexandersson peut-elle tenir ce niveau sur une saison longue ? Sa sélectivité de calendrier, deux départs pour deux victoires majeures, est une stratégie redoutable : elle ne s'use pas, elle frappe. Notre lecture sur ce point est tranchée : 5/5 en efficacité pure, mais la vraie question sera de la voir confrontée à une adversaire en pleine forme sur une saison complète.
Du côté d'Elazzaoui, le doublé obtenu à 20 secondes révèle une intelligence de course que les chronos seuls ne capturent pas. Ce n'est pas un coureur qui écrase, c'est un coureur qui gagne. La nuance est capitale. Zegama 2026 restera comme l'édition d'une Suédoise qui a transformé un record vieux de quatre ans en décor, et d'un Marocain qui a prouvé que savoir quand accélérer vaut mieux qu'accélérer sans cesse.
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