Zegama 2026 : Alexandersson pulvérise le record de 8 minutes, Jornet 41e

Tove Alexandersson a signé un record absolu au marathon de Zegama en conditions boueuses, pendant que Kilian Jornet terminait 41e sur blessure. Un week-end révélateur des nouveaux équilibres du trail mondial.
Huit minutes. Sur un massif basque détrempé, Tove Alexandersson a effacé le record du marathon de Zegama-Aizkorri comme on corrige une erreur évidente. Pendant ce temps, onze fois vainqueur de cette même course, Kilian Jornet terminait 41e.
La 25e édition du marathon de Zegama-Aizkorri, premier acte de la Golden Trail World Series 2026, restera longtemps dans les mémoires. Tove Alexandersson (Suède) a bouclé les 42 kilomètres du massif basque en 4:08:09, battant de huit minutes le précédent record féminin de Nienke Brinkman, établi en 2022. Les conditions étaient boueuses, le terrain particulièrement technique, et son avance sur la deuxième place atteignait seize minutes. Chez les hommes, Elhousine Elazzaoui (Maroc) a conservé son titre en 3:45:07, devant l'Italien Daniel Pattis et l'Américain Taylor Stack, rare présence transatlantique sur ce podium. Le tout rapporté en détail par iRunFar dans son compte rendu hebdomadaire du 18 mai 2026.
Un record à huit minutes d'écart : Alexandersson hors référentiel
Le record de Nienke Brinkman tenait depuis 2022. Quatre éditions successives, avec des gagnantes de calibre international, n'avaient pas suffi à l'approcher. Samedi, sur terrain détrempé, Alexandersson l'a amélioré de huit minutes. Sur un marathon de montagne de 42 km avec environ 2 900 m de D+, une telle marge est hors norme.
Le chiffre d'écart sur le reste du peloton est encore plus parlant : seize minutes sur Malen Osa (Espagne, 4:23:56), qui a pourtant signé le troisième meilleur temps féminin de l'histoire de la course. La deuxième n'a pas fait une mauvaise performance. Elle n'était simplement pas dans la même compétition.
Alexandersson est une athlète multidisciplinaire, compétitrice en ski-alpinisme et en orienteering à très haut niveau. Ces deux disciplines entraînent la lecture de terrain sous fatigue, compétence décisive lorsque la technique compte autant que la puissance aérobie. Le massif d'Aizkorri, avec ses chemins volcaniques glissants, est exactement ce type de terrain. La boue ne l'a pas freinée. Elle l'a peut-être favorisée.
Elazzaoui répète, Stack surprend, Jornet s'efface
Rémi Bonnet (Suisse) a ouvert les hostilités avec un départ canon et une belle avance dans le premier tiers de course, selon iRunFar. Il a terminé sixième. C'est le schéma classique sur les formats montagne : attaquer Zegama trop tôt, c'est hypothéquer la deuxième moitié.
Elazzaoui et Pattis ont pris la tête ensemble autour de la mi-course. Le Marocain a conclu en 3:45:07, vingt secondes devant l'Italien (3:45:27). Cette conclusion serrée, après avoir dicté la course ensemble, révèle un niveau de contrôle tactique rare. Elazzaoui possède désormais deux titres consécutifs à Zegama. Ce n'est pas une coïncidence.
Taylor Stack (États-Unis) complétait le podium en 3:52:17. iRunFar souligne que les Américains au sommet de Zegama constituent une rareté historique. Le trail américain, orienté vers la culture ultra et les 100 miles en forêt, produit peu de profils compétitifs sur les formats courts et montagneux du Golden Trail. Stack a progressé position par position tout au long de la course et arraché la troisième place sur la descente finale. Un profil à surveiller pour la suite de la série.
Kilian Jornet, onze fois vainqueur à Zegama, a terminé 41e avec un problème à la jambe signalé sur la deuxième partie de course, selon iRunFar. À 38 ans, chaque contre-performance de Jornet soulève une question légitime : incident passager ou signal plus structurel ? La question mérite d'être posée, sans catastrophisme, mais sans être esquivée non plus.
L'Ultra-Trail Australia révèle ce que le trail international préfère ignorer
L'Ultra-Trail Australia (18e édition) est la Major UTMB World Series pour la région Océanie. Le 100 miles traverse les Blue Mountains avec environ 7 300 mètres de D+, selon iRunFar. Pour situer : l'UTMB propose 10 000 m de D+ sur 170 km. Sur 160 km, les Blue Mountains offrent donc un rapport dénivelé/distance très soutenu.
Aleksei Tolstenko et Aleksei Beresnev, deux athlètes sous bannière neutre (Russes et Biélorusses participant hors drapeau national depuis les sanctions sportives internationales), ont pris les deux premières places en 17:38 et 17:44. Antonina Iushina, également neutre, a remporté le titre féminin en 19:51. Ces athlètes accumulent des points UTMB World Series, participent à des Majors, gagnent des courses de référence. Le cadre réglementaire qui les y autorise mérite un débat que le circuit n'a pas encore vraiment ouvert.
Sur le registre du dopage, iRunFar cite deux cas dans les résultats du week-end. Beth McKenzie (États-Unis), deuxième du 100k UTA en 10:55, a purgé une suspension de deux ans entre 2016 et 2018 pour ostarine, un modulateur sélectif des récepteurs aux androgènes interdit. À Zegama, le vainqueur du Kilomètre Vertical Stian Angermund (Norvège) avait purgé seize mois après un contrôle positif au chlortalidone lors de l'OCC 2023. Deux cas distincts, deux formats différents. Le même angle mort d'un sport qui n'a pas décidé comment traiter publiquement ces antécédents dans ses palmarès.
De Snowdonia à la Géorgie : la profondeur d'un calendrier mondial
À l'Ultra-Trail Snowdonia (pays de Galles), le 101 miles a vu le Français Beñat Marmissolle s'imposer en 21:59, selon iRunFar. Sur le 50k, Jonathan Albon (Royaume-Uni), l'un des coureurs de montagne les plus complets du circuit, a gagné en 5:34. En deuxième position féminine : Beth Pascall, victorieuse du Western States 2021, en 7:34. Deux noms de premier plan sur un format intermédiaire, signe d'un calendrier où les choix de pic de forme sont devenus une discipline tactique à part entière.
Dans la forêt nationale de Chattahoochee (Géorgie, États-Unis), le Cruel Jewel affichait 104 miles et environ 10 060 mètres de D+, soit légèrement plus que la Diagonale des Fous sur une distance comparable, toujours selon iRunFar. Brian Kallhof a gagné en 25:04, Rachel Doxey en 27:45. Cette course passe inaperçue en Europe, sans diffusion en direct internationale, sans présence dans le UTMB World Series. Les exigences physiques et le niveau des engagés la placent pourtant dans la même catégorie que les épreuves les plus reconnues. Le trail américain profond reste un continent que le circuit mondial n'a pas intégré.
Ce que le week-end du 17 mai révèle : les équilibres du trail en train de se redessiner
Notre lecture : Alexandersson impose un nouveau plancher de performance que ses concurrentes devront désormais cibler. Elazzaoui confirme que le sommet du mountain running appartient aussi à l'Afrique du Nord. Stack signale que les frontières géographiques du circuit montagne bougent. Ce sont trois données sportives positives, et cohérentes entre elles.
Mais le tableau révèle aussi des zones de tension. Les athlètes neutres dans les Majors UTMB, les dossiers de dopage cités en note de résultats, l'absence de cadre public pour traiter ces situations : le trail international grandit vite, mais sa gouvernance avance moins vite que ses chronos. Et Jornet en 41e place reste peut-être le signal le plus discret du week-end, et le plus structurant : une génération de référence s'efface progressivement, et le vide qu'elle laissera n'est pas encore comblé.
Score éditorial du week-end : 5/5 sur la densité et la qualité sportives, 2/5 sur la clarté réglementaire du circuit international.
Lire aussi
Catégorie
Actualités
Les dernières nouvelles du monde du trail running

Courses trail 'indie' aux États-Unis : la fracture qui se creuse face aux grands circuits
Trail Runner Mag vient de nommer et célébrer 13 courses 'indy' américaines. Ce qualificatif révèle un clivage profond dans le trail mondial : entre circuits institutionnels en expansion et culture grassroots qui refuse de disparaître.

DoppiaW Ultra 2026 : 1 100 coureurs, sold-out total et +40 % de croissance, ce que ça révèle
En huit ans, la DoppiaW Ultra est passée d'une seule distance à quatre formats sold-out. Avec 1 100 partants et une progression de 40 % en un an, la course italo-suisse documente un modèle rare dans le trail européen.

Trail indépendant aux États-Unis : 13 courses qui défient les grands circuits
- 1
Courses trail 'indie' aux États-Unis : la fracture qui se creuse face aux grands circuits
Actualités — 5 min
- 2
DoppiaW Ultra 2026 : 1 100 coureurs, sold-out total et +40 % de croissance, ce que ça révèle
Actualités — 5 min
- 3
Ces relais de prière indigènes qui ont inventé l'ultra-endurance bien avant Born to Run
Courses & Récits — 5 min
- 4
MaXi-Race Annecy 2026 : Seth Ruhling et Julia Rezzi s'imposent sur le 100 km alpin
Courses & Récits — 4 min


