Ryan Sandes, 402 km de boue pour retrouver le feu sacré du trail

Dans un Arizona sous déluge, Ryan Sandes court 402 km en effort continu pour la première fois de sa carrière. Le film Salomon TV signé Wandering Fever est une fenêtre rare sur la fragilité d'un champion.
Un palmarès qui couvre vingt ans de trail mondial, trois podiums au Western States 100, une victoire à Leadville, des records de vitesse sur l'Himalaya et le Drakensberg. Ryan Sandes avait tout accompli — ou presque. Il lui manquait 250 miles d'Arizona.
Le documentaire "Cocodona 250: Ryan Sandes Runs 250 Miles to Rediscover His Love for Running" suit l'ultra-traileur sud-africain lors de l'édition 2025 du Cocodona 250 Mile, soit 402 kilomètres reliant Black Canyon City à Flagstaff. Une édition sous une pluie quasi permanente, la plus humide de l'histoire de la course selon iRunFar. Produit par Wandering Fever pour Salomon TV et disponible gratuitement sur YouTube, le film dévoile un champion au bord du doute, qui termine deuxième derrière Dan Greene, lequel pulvérise le record du parcours. Ni récit triomphal ni hagiographie : une radiographie des limites mentales d'un athlète qui avait besoin, pour une fois, de ne plus savoir ce qu'il était capable de faire.
Un champion à la recherche de ce qu'il ne connaît pas
Sandes n'arrive pas au Cocodona 2025 avec la victoire comme unique boussole. Son curriculum tient de l'encyclopédie du trail mondial : victoire à la Gobi March 2008 (250 kilomètres en six étapes dans le désert de Gobi), Leadville 100 Miles en 2011, Western States 100 en 2017 avec deux autres podiums sur ce même parcours, et des records de vitesse avec Ryno Griesel sur le Great Himalaya Trail et la Drakensberg Grand Traverse, comme le rappelle iRunFar. Le Cocodona 2025 est sa première tentative sur 250 miles en effort continu, sans étapes ni coupure structurée. Une différence de nature avec la Gobi March : dans une course à étapes, le coureur bénéficie de vraies nuits de repos entre chaque section. Le Cocodona, lui, ne s'arrête pas.

C'est précisément cet inconnu qui l'attire. "Les inconnues m'intriguent vraiment, pour être honnête", confie-t-il dans le film. 402 kilomètres, c'est l'équivalent de 9,5 marathons enchaînés sans jamais s'arrêter. C'est un registre différent du 100 miles, distance que Sandes connaît pourtant dans ses moindres recoins.
Sa voix tremble quand il avoue, dans un entretien filmé rapporté par iRunFar : "250 miles vous dépouille." Ce n'est pas de la modestie calculée. C'est la reconnaissance honnête que certaines distances font ce que les autres ne font pas : elles retirent la certitude d'arriver.
402 km de boue : quand les conditions redéfinissent l'enjeu
L'édition 2025 n'a pas fait de cadeau. iRunFar la qualifie explicitement de plus pluvieuse de l'histoire du Cocodona. Dans l'Arizona, qui joue habituellement la carte de la sécheresse, des jours de pluie ininterrompue et de boue ont redéfini le niveau d'exigence. Sur le visage de Sandes, la progression de la fatigue se lit comme un compteur kilométrique : plan après plan, le film documente l'usure.
Ce que le documentaire capte avec précision, c'est la mécanique du doute à ces distances. Sandes n'est jamais entré "en mode course" durant l'épreuve, selon ses propres mots rapportés par iRunFar : il cherchait juste à "avancer aussi vite que possible". Nuance capitale. À 250 miles, la gestion de l'ego devient aussi déterminante que la gestion de l'énergie.
Cela ne l'a pas empêché de terminer deuxième. Dan Greene, vainqueur de cette édition, a pulvérisé le record du parcours. Une performance éclatante dans des conditions dantesques, qui prouve que l'ultra-distance longue n'est pas uniquement un terrain de rédemption pour les champions en quête de renouveau : c'est un vrai champ de performance sportive, avec ses propres records à chasser.

Wandering Fever de retour : le trail retrouve ses narrateurs
La signature du film est celle de Wandering Fever, le collectif qui avait construit l'esthétique de Salomon TV il y a une dizaine d'années. iRunFar souligne que ces cinéastes ont contribué à "inspirer toute une génération de coureurs de trail". Difficile à contester quand on se souvient de ce que leurs productions ont représenté pour la diffusion de la discipline auprès d'un public non initié. Leur retour marque quelque chose.
Dans un paysage saturé de contenus auto-produits et de plans GoPro mal éclairés, voir des professionnels de la narration visuelle s'emparer du Cocodona change l'expérience spectateur. La pluie, qui aurait pu rester un simple obstacle logistique, devient ici un personnage à part entière. Les plans sous ciel chargé, les reflets sur les pistes inondées : Wandering Fever transforme la météo en langage cinématographique.
La bande-son mérite aussi d'être mentionnée. Selon la critique de Maggie Guterl publiée sur iRunFar, elle "ajoute une couche d'émotion et de beauté, élevant le film au rang de quelque chose qu'on veut revoir". Rare pour un contenu de marque.
L'absurdité du Cocodona, revendiquée comme philosophie
Lucy Bartholomew, coureuse d'élite Salomon et accompagnatrice de course de Sandes lors de cette édition, apporte la légèreté nécessaire dans un film qui pourrait s'enliser dans la contemplation de la souffrance. Sa présence, entre éclats de rire et soutien logistique, équilibre le récit. Sa citation, reproduite par iRunFar, résume le format 250 miles mieux que n'importe quelle fiche technique : "On dit qu'en 100 miles on vit une vie en un jour. En 250 miles, on meurt et on renaît plusieurs fois."
Jeff Browning, autre figure du film, formule la raison d'être de cette pratique à sa manière : "La recette du cool, c'est de se retrouver dans des villes de montagne et de courir des courses." Il poursuit, toujours selon iRunFar : "On continue de repousser les limites du sport, et c'est une belle époque pour en faire partie." Ce n'est pas de la rhétorique de marque. C'est une description assez juste de ce que ces événements produisent sur ceux qui y participent, sous n'importe quelle forme.
Bartholomew conclut en riant : "L'ultra-trail réunit une communauté où plus c'est plus." Absurde et assumé. C'est exactement pour ça que ça fonctionne.
La montée en puissance des formats 250 miles et plus n'est pas un accident. Western States, Hardrock, UTMB : les listes d'attente se comptent en années, les podiums se cristallisent autour d'une poignée de noms, et les coureurs d'élite cherchent ce que le 100 miles ne peut plus leur offrir. L'incertitude radicale. Le territoire non cartographié. Sandes au Cocodona, c'est ce récit.
Ce film de Wandering Fever arrive à point parce qu'il répond honnêtement à une vraie question : qu'est-ce qui reste quand on a tout gagné ? La réponse de Sandes est simple et un peu vertigineuse. Il reste l'envie de ne pas savoir. L'inconfort. Les 402 kilomètres.
Ce que ce documentaire réussit là où la plupart des contenus de marque échouent : montrer la faillibilité d'un champion sans en faire une faiblesse. Sandes souffre, doute, termine deuxième. Cette honnêteté-là est plus précieuse pour le trail qu'un autre film de victoire sous confettis. Et si l'édition 2026 approche déjà, comme le note iRunFar, ce film fera son office de meilleur des appels aux inscriptions.
Catégorie
Courses & Récits
Récits de course et comptes rendus

Après 11 titres de Jornet, Zegama 2026 relance la course au circuit Skyrunner mondial
Elhousine Elazzaoui a rompu le règne de Kilian Jornet à Zegama en 2025. À quelques semaines de l'édition 2026, Tove Alexandersson et Rémi Bonnet figurent sur la liste de départ : le Skyrunner World Series entre dans un cycle nouveau.

Courtney Dauwalter : 3 victoires UTMB, zéro Strava et l'entraînement le moins attendu du trail
Trois titres à l'UTMB, un triple historique en 2023 et aucune donnée publique sur son entraînement. À 40 ans, Courtney Dauwalter incarne une philosophie qui dérange les certitudes du trail moderne.

Kilian Jornet : 21h36 à Hardrock, Western States 2025 et FKTs alpins – la méthode qui fabrique les records
- 1
Après 11 titres de Jornet, Zegama 2026 relance la course au circuit Skyrunner mondial
Courses & Récits — 5 min
- 2
Courtney Dauwalter : 3 victoires UTMB, zéro Strava et l'entraînement le moins attendu du trail
Courses & Récits — 5 min
- 3
Western States 100 : Jim Walmsley annonce son retour sur 161 km de Sierra Nevada
Actualités — 4 min
- 4
Mal des montagnes : pourquoi les coureurs d'endurance sont plus à risque à 3450 m
Entraînement — 5 min