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Trail running : 50 % des coureurs blessés par an, la tendinopathie en tête des diagnostics

Par Thomas Rouvier·12 mai 2026·5 min de lecture
Trail running : 50 % des coureurs blessés par an, la tendinopathie en tête des diagnostics

La recherche épidémiologique sur les blessures en trail accumule enfin des données précises : 14,3 traumatismes pour 1 000 heures, une tendinopathie sur quatre blessures recensées, et un facteur biomécanique qui augmente le risque de 80 % par degré d'affaissement pelvien. Les angles morts restent vastes.

Un coureur sur deux sera blessé cette année. Pas à cause d'une sortie irresponsable, ni d'un équipement inadapté : simplement parce que les contraintes répétées du trail dépassent parfois les capacités d'adaptation de l'organisme. La science commence à mesurer précisément ce problème. Les résultats ne laissent plus de place au déni.

Plusieurs études récentes indexées sur PubMed construisent un portrait épidémiologique du trail running enfin chiffré. Chez les coureuses, une étude rétrospective mesure une incidence de 14,3 blessures pour 1 000 heures de pratique, avec la tendinopathie comme diagnostic dominant à 25,2 % des cas. Une revue systématique publiée par BMJ en 2022 recense 17 facteurs de risque identifiés : huit intrinsèques, neuf extrinsèques. Selon Trail Runner Mag, une étude biomécanique révèle que chaque degré supplémentaire de chute pelvienne augmente le risque de blessure de 80 %. Derrière ces chiffres, un angle mort persistant : la quasi-totalité de la littérature disponible porte sur la compétition, pas sur l'entraînement quotidien qui représente l'essentiel du temps passé sur les sentiers.

14,3 blessures pour 1 000 heures : le trail ne mérite plus sa réputation de sport doux

Le football masculin professionnel affiche des taux d'incidence en match de 8 à 10 blessures pour 1 000 heures. Le trail running amateur, selon une étude rétrospective publiée sur PubMed (2024) portant exclusivement sur des coureuses, atteint 14,3 blessures pour 1 000 heures. Un chiffre brut qui remet en question l'idée encore répandue dans les clubs que courir hors-route serait intrinsèquement plus protecteur pour les articulations que le bitume.

Sports physiologist in white coat analyzing hip drop biomechanical gait visualization on a large monitor, female trail r

Le score de sévérité moyen enregistré par cette étude (OSTRC-H) s'établit à 80,95 sur 100. Ce score mesure l'impact fonctionnel des blessures : une valeur aussi élevée signifie que les traumatismes altèrent concrètement la capacité à s'entraîner et à participer aux compétitions. Le membre inférieur concentre 63,4 % des cas. La cheville (13,9 %), le genou (13,0 %) et la jambe inférieure (12,2 %) forment le trio anatomique le plus exposé, une cartographie cohérente avec les spécificités du terrain : dénivelés cumulés, instabilité des appuis, chocs répétés en descente.

La tendinopathie domine les diagnostics, et ce n'est pas un hasard

25,2 % des blessures diagnostiquées dans l'étude PubMed 2024 : la tendinopathie est la pathologie la plus fréquente du trail, devant les entorses et les fractures de stress. Une prépondérance que les cliniciens connaissent, mais que les coureurs continuent de sous-estimer, traitant souvent les premières douleurs tendineuses comme un simple signal de fatigue passagère.

La tendinopathie s'installe insidieusement. Elle n'envoie pas de signal d'alarme clair avant d'être sérieusement constituée. En trail, les tendons d'Achille, rotulien et péroniers absorbent des forces variables selon les surfaces et les pentes. La descente génère des contraintes excentriques importantes sur ces structures. C'est là que le trail se distingue fondamentalement de la route : la monotonie du bitume permet une adaptation progressive aux charges ; le terrain naturel l'empêche.

Une revue systématique publiée sur PubMed en 2021 pointe un problème structurel : les données sur les tendinopathies d'entraînement restent fragmentaires, car la majorité des études ciblent les événements de course d'une seule journée. Ces pathologies se développent pourtant dans les cycles d'accumulation de charge hebdomadaire, un territoire quasi inexploré dans la littérature scientifique.

Un degré de chute pelvienne augmente le risque de blessure de 80 % : le bassin, angle mort de la prévention

C'est probablement la donnée biomécanique la plus percutante publiée ces dernières années sur la prévention. Trail Runner Mag cite une étude parue en 2018 dans l'American Journal of Sports Medicine, qui a comparé 72 coureurs blessés à 36 coureurs sains. Les chercheurs cherchaient un dénominateur commun aux quatre pathologies les plus courantes : syndrome fémoro-patellaire, syndrome de la bandelette ilio-tibiale, périostite tibiale, tendinopathie achilléenne.

Ils ont trouvé la chute pelvienne controlatérale. Le mécanisme est précis : lors de l'appui, la hanche du membre en suspension descend sous le niveau de la hanche portante. Pour chaque degré supplémentaire de cet affaissement, le risque de blessure augmente de 80 %. La même étude identifie l'inclinaison du tronc vers l'avant depuis le buste, et non depuis la cheville, comme facteur aggravant associé.

En trail, où les montées raides et les descentes techniques perturbent en permanence la posture, ces déséquilibres pelviaux se manifestent plus souvent et plus intensément qu'en course sur route. L'implication pratique est directe : renforcer les abducteurs de hanche et les stabilisateurs latéraux du bassin n'est pas un exercice accessoire. C'est la première ligne de défense contre les quatre pathologies les plus fréquentes du sport.

Dix-sept facteurs de risque identifiés, mais une science qui manque encore de profondeur prospective

En 2022, une revue systématique évolutive publiée par BMJ (référencée sur PubMed) a passé au crible l'ensemble des études disponibles sur les facteurs de risque en trail running. Sur 19 études éligibles, les auteurs ont identifié 17 facteurs : huit intrinsèques (antécédents de blessures, volume d'entraînement, morphologie) et neuf extrinsèques (type de terrain, charge cumulée, équipement). Un inventaire utile, mais les auteurs reconnaissent eux-mêmes le manque criant d'études prospectives capables d'établir des liens de causalité solides.

L'étude TRAILS (Runners and Injury Longitudinal Study, publiée sur PubMed en 2018), cohorte prospective sur deux ans portant sur des coureurs toutes disciplines, constitue une référence méthodologique que la recherche spécifique au trail n'a pas encore reproduite. Elle intègre dès la ligne de base des données biomécaniques, psychosociales et des historiques de blessures, permettant un suivi causal inédit.

La population féminine souffre d'un déficit de représentation particulier. L'étude PubMed 2024 sur les coureuses de trail le formule sans ambiguïté : des données prospectives et longitudinales spécifiques aux femmes restent nécessaires pour concevoir des stratégies de prévention vraiment adaptées. Le trail féminin de compétition a explosé depuis dix ans. La recherche sur leurs blessures, elle, part presque de zéro.

La science rattrape son retard, mais trop lentement au regard de l'explosion de la pratique

Notre lecture : la recherche sur les blessures en trail running progresse, mais avec un décalage structurel préoccupant. Pendant que le nombre de finisseurs à l'UTMB a plus que doublé en une décennie et que de nouveaux formats prolifèrent sur tous les continents, la base de données sur les traumatismes d'entraînement reste mince. Deux priorités s'imposent : des études prospectives longitudinales sur les cycles d'entraînement réels, et une représentation féminine sérieuse dans les cohortes. Sur la biomécanique posturale, les données existent depuis 2018 : 80 % de risque supplémentaire par degré de chute pelvienne. Que les entraîneurs, les préparateurs physiques et les coureurs eux-mêmes aient vraiment intégré ce chiffre dans leur pratique quotidienne est une autre question. Notre verdict : pas encore assez, et c'est un retard qui coûte des saisons entières à des milliers de coureurs chaque année.

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