Tor des Géants 2025 : Richard Victor pulvérise 330 km en 66h08 et change l'échelle

En septembre 2025, le Français Richard Victor a explosé le record du Tor des Géants avec 66h08 sur 330 km et 24 000 m D+ dans le Val d'Aoste. Une performance qui redistribue les repères de l'ultra extrême européen et définit un nouveau plancher pour les prétendants à venir.
Soixante-six heures. Huit minutes. Moins de trois jours pour enchaîner l'équivalent de presque huit marathons dans les Alpes valdôtaines, en avalant 24 000 mètres de dénivelé positif. En septembre 2025, Richard Victor n'a pas seulement gagné le Tor des Géants : il a déplacé le plafond de ce que la course autorisait.
Selon iRunFar, le Français a bouclé les 330 kilomètres du Val d'Aoste en 66h08, effaçant le record de Franco Collé (Italie) établi en 2023 avec 36 minutes d'avance nette. Martin Perrier (France) et Simone Corsini (Italie) ont terminé ex-aequo au deuxième rang en 71:48. Côté féminin, la Néerlandaise Noor van der Veen s'est imposée en 79:34, devenant seulement la deuxième femme dans toute l'histoire de la course à passer sous la barre des 80 heures. Le record de Katharina Hartmuth (79:10, 2024) tient de justesse. Lisa Borzani (Italie), double vainqueure de l'épreuve, termine deuxième en 83:26, Natalie Taylor (Royaume-Uni) complète le podium en 84:11.
Le record de Collé résistait depuis 2023 : 36 minutes d'écart, un signal fort
Franco Collé est l'un des visages historiques du Tor. Le Valdôtain avait dominé plusieurs éditions et, comme le rappelle iRunFar, il avait déjà couru 66:43 lors de l'édition 2021 avant de repousser lui-même cette marque en 2023. Un record récent, porté par son auteur, pas une relique de la décennie précédente.

Victor a répondu avec 36 minutes d'économie sur 66 heures, soit un écart de 0,9 %. Ce chiffre mérite d'être lu pour ce qu'il dit vraiment : sur un format d'ultra extrême, un tel gain ne résulte pas d'une forme exceptionnelle du jour. Il se construit sur des mois de préparation spécifique. La victoire de Victor ressemble à une planification parfaitement exécutée.
Le message envoyé aux autres prétendants est net. Collé était, depuis des années, le plafond de verre de la course. Ce plafond a été brisé par quelqu'un qui ne lui a laissé aucune porte de sortie.
Deux femmes sous 80 heures dans toute l'histoire : Van der Veen entre dans le club
Noor van der Veen rejoint un club très restreint. Avant elle, selon iRunFar, seule Katharina Hartmuth avait couru les 330 km sous 80 heures, en 79:10 lors de l'édition 2024. Van der Veen s'en approche à 24 minutes, avec 79:34. La marque d'Hartmuth tient, mais la dynamique est claire.
Pour donner une échelle à ces 80 heures : 330 km représentent 7,8 marathons consécutifs. 24 000 mètres de dénivelé positif, c'est trois fois l'Everest depuis son camp de base. Rester en mouvement efficace pendant 79 heures sur ce terrain, en gérant l'alimentation, le froid nocturne, la fatigue musculaire cumulative et la privation de sommeil, reste l'un des défis physiologiques les plus exigeants du trail mondial. Borzani (83:26) et Taylor (84:11) complètent un podium féminin de très haut niveau.
La nuit sans fond : quand le sommeil devient une décision tactique

Ce qui distingue le Tor des Géants de la quasi-totalité des grands ultras planétaires, c'est l'absence de tout repos réglementé. Aucune fenêtre de sommeil obligatoire, aucun arrêt imposé par le règlement. Chaque heure passée allongée est une heure perdue au classement. La gestion du sommeil n'est pas une contrainte subie : c'est une variable tactique à part entière.
Dans un récit publié par iRunFar sur l'édition 2014, Meghan Hicks décrivait avec une lucidité cinglante l'état de délabrement cognitif qui guette passé les 200 premiers kilomètres, après plusieurs nuits sans vrai repos. Deux mois de préparation, trois jours d'effort, et encore 130 km à parcourir. C'est dans cette zone de déliquescence que les podiums se jouent réellement, pas sur les sections techniques. Les champions du Tor maîtrisent mieux que quiconque l'art d'optimiser leur temps de repos au strict minimum sans faire s'effondrer leur allure de croisière.
Le Tor des Glaciers : quand 330 km devient le format "court"
La course principale est longue, mais elle n'est pas l'horizon absolu du Tor. Le Canadian Running Magazine a couvert l'édition 2021 du Tor des Glaciers, version étendue à 450 kilomètres et 32 000 mètres de dénivelé positif sur une semaine entière. La Canadienne Stephanie Case avait alors terminé première féminine en 155:05, soit six jours et onze heures de déplacement quasi continu en haute montagne. L'Italien Luca Papi s'était imposé chez les hommes en 138:18.
Ces chiffres remettent à leur place les 66h08 de Victor : représentatifs d'un niveau d'excellence sur le format 330, ils correspondent à moins de la moitié du temps nécessaire pour boucler la version longue. Deux courses dans la même vallée, deux rapports au temps, deux sports différents. Le Tor des Glaciers ne se court pas. Il s'habite.
Ce que l'édition 2025 dit de l'ultra extrême européen
La performance de Victor n'est pas un épiphénomène. Elle s'inscrit dans une tendance lourde : les ultras extrêmes européens entrent dans une phase d'optimisation rationnelle, celle où les records tombent non par hasard, mais par méthode. Préparation spécifique, gestion de l'effort sur la durée, stratégie de sommeil construite en amont. Les vainqueurs du Tor 2025 n'ont rien laissé au hasard.
Ce qui frappe autant que le chrono, c'est la profondeur des podiums. Deux Français aux deux premières places masculines. Une Néerlandaise qui frôle un record allemand. L'ultra continental se diversifie géographiquement et le niveau global s'élève. Le Tor des Géants reste une anomalie dans le paysage mondial, une course qu'aucune organisation ne copie vraiment : trop longue, trop exigeante, trop particulière pour entrer dans un modèle standard. C'est précisément cette singularité qui rend les performances qui s'y accomplissent si difficiles à comparer avec le reste. Quiconque voudra battre 66:08 en 2026 sait désormais à quelle altitude il devra opérer.
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