Western States 2025 : 18,8 kcal/min, la science repousse les limites de l'ultra

Des profils d'élite aux limites énergétiques documentées au Western States 2025, la recherche en ultra-endurance dessine une cartographie physiologique inédite — et révèle ce qu'elle ne peut toujours pas expliquer.
Un athlète de classe mondiale au Western States 2025, 100 miles dans les jambes, dépense 18,8 kilocalories par minute pendant toute la course. Ce chiffre, jamais documenté dans une épreuve d'ultra réelle, ne dit pas seulement quelque chose sur un individu hors norme, il redéfinit ce que la physiologie peut mesurer, et révèle ce qu'elle peine encore à expliquer.
La recherche en ultra-endurance s'est longtemps heurtée au même obstacle : des courses impossibles à reproduire en laboratoire, trop longues pour un suivi serré, trop variables pour des protocoles rigoureux. Plusieurs études récentes publiées sur PubMed et analysées par Trail Runner Magazine indiquent que ce verrou commence à céder. Le profil physiologique des élites face aux non-élites sur 50 miles, les déterminants de performance de 50K à 160K, les nouvelles limites énergétiques mesurées en race-day, les différences hommes-femmes post-course, autant de briques qui s'assemblent. Mises côte à côte, elles forcent à reconsidérer ce qu'on pensait savoir sur l'ultra.
Le volume d'entraînement, marqueur brut mais insuffisant
Une étude publiée sur PubMed (référence 29278194) a comparé 17 ultramarathoniens expérimentés sur 50 miles, divisés en deux groupes : élites finissant sous 6 heures, non-élites au-delà. L'écart de volume hebdomadaire est saisissant, 96 miles par semaine pour les premiers contre 60 pour les seconds, avec des sorties longues de 35 miles contre 27 miles avant une course. Mais c'est là que s'arrête la logique de volume brut.

Ce qui différencie réellement les deux groupes, c'est l'intensité relative maintenue pendant la course : 84% du VO2max pour les élites, contre 72% pour les non-élites, sur les mêmes 80 kilomètres. Maintenir 14 points de VO2max supplémentaires pendant l'intégralité d'un 50 miles, c'est une exigence cardiovasculaire et musculaire d'une autre catégorie que le simple différentiel de kilométrage hebdomadaire. Ce que l'étude met en évidence est structurant : le volume construit la tolérance à l'effort prolongé ; l'intensité relative, elle, mesure la qualité de la machine aérobie. Pour les deux groupes, la dépense totale sur la course avoisine 6 000 kcal, la machine énergétique ne discrimine pas entre élites et non-élites. Ce qu'on fait avec cette énergie, si.
À chaque distance ses déterminants, et parfois aucun
C'est l'une des découvertes les plus dérangeantes des dernières années. Une étude parue en 2021 dans l'International Journal of Sports Physiology and Performance, rapportée par Trail Runner Magazine, a corrélé des mesures physiologiques réalisées le jour de course avec la performance finale sur trois distances : 50K, 80K et 160K. Ce que les chercheurs ont trouvé, et ce qu'ils n'ont pas trouvé, change la perspective.
Sur 80 kilomètres, c'est la vitesse de pointe au test VO2max qui prédit le mieux le classement. Passé 160 kilomètres, aucun déterminant physiologique direct ne se dégage. Trail Runner Magazine formule la question sans détour : dans les ultras les plus longs, la force mentale finit-elle par éclipser la capacité physique ? Une étude distincte publiée sur PubMed (référence 33691287), qui a examiné l'économie de course, les altérations d'hématocrite, la perte de masse corporelle et la santé cardiovasculaire sur des courses de trail, confirme que les contributions de chaque marqueur physiologique se transforment profondément à mesure que la distance augmente. La méthodologie est rigoureuse : la performance y est définie comme l'écart en pourcentage par rapport au temps du vainqueur, une façon de comparer des courses aux profils et aux conditions très différents. L'ultra de 100 miles résiste, pour l'instant, à toute modélisation.

Western States 2025 : le plafond énergétique enfin documenté
L'étude la plus fraîche de ce panorama est aussi la plus ambitieuse sur le plan technique. Publiée sur PubMed (référence 41334713), elle constitue la première évaluation complète menée en cours de course, et non en laboratoire, des réponses physiologiques, nutritionnelles et thermorégulatrices d'un athlète de classe mondiale lors du Western States Endurance Run 2025. Les outils déployés sont ceux d'une recherche de pointe : eau doublement marquée pour quantifier la dépense calorique réelle, télémétrie ingérable pour le suivi thermique interne, biomarqueurs rénaux en temps réel.
L'athlète a couru à 84,8% de sa vitesse critique prédite, accusant un déclin de 15% sur l'ensemble des 100 miles, une résistance à la fatigue que les auteurs décrivent comme définissant le haut de la fourchette documentée en ultra-endurance compétitive. La dépense énergétique mesurée, 18,8 kcal/min, établit une borne supérieure inédite. L'ingestion de glucides, à 86 g/h, frôle le maximum oxydable reconnu par la recherche en nutrition sportive. Ces chiffres ne constituent pas une norme pour les coureurs d'ultra, ils délimitent le possible biologique dans des conditions de compétition maximales sur 100 miles. Pour les chercheurs, c'est une donnée fondamentale pour calibrer les futures recommandations nutritionnelles et les modèles de prédiction de la performance.
La récupération post-ultra : les femmes ne sont pas des hommes en plus léger
Une étude publiée le 7 juin 2022 et analysée par Trail Runner Magazine s'est penchée sur les réponses physiologiques post-ultra comparées entre hommes et femmes. Les perturbations biologiques post-course partagent des points communs entre les deux sexes, mais les trajectoires de récupération divergent de façon marquée, ouvrant, souligne Trail Runner Magazine, des pistes nouvelles pour la théorie de l'entraînement et des protocoles de récupération différenciés.
La recherche en ultra a longtemps produit des données quasi exclusivement masculines. Ce biais de cohorte n'est pas neutre : il a informé des décennies de recommandations de charge, de nutrition et de récupération appliquées sans distinction de genre. Le fait que des études comparées commencent à émerger marque un changement de paradigme réel. Pour les entraîneurs, la conséquence est directe : les semaines de récupération post-compétition ne peuvent pas être calquées sur les mêmes paramètres pour tous les athlètes.
Ce que l'ensemble de ces travaux révèle, c'est que la science de l'ultra-endurance traverse une phase charnière : elle sait désormais mesurer les extrêmes, commence à différencier les populations, mais reste muette sur ce qui se joue réellement au-delà de 160 kilomètres, là où aucun marqueur physiologique ne prédit plus rien. Ce silence n'est pas un aveu d'impuissance, c'est le signal d'une complexité que les outils actuels ne suffisent pas encore à démêler.
Les instruments existent pourtant, télémétrie embarquée, eau doublement marquée, suivi en race-day. Ce qui manque encore, c'est la masse critique de données collectées sur des cohortes larges, mixtes, et dans des conditions de course réelles plutôt que des environnements contrôlés. Tant que la recherche reste cantonnée à des études de 17 sujets ou à des cas uniques aussi rigoureux soient-ils, l'ultra-endurance restera un territoire partiellement cartographié. Et les entraîneurs qui s'appuient sur ces données pour construire des plans de préparation feraient bien de garder ce caveat en tête.
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