Mort de John Cappis, le pionnier qui a façonné Hardrock 100 et Western States

Il était l'un des 14 coureurs du premier Western States 100 en 1977 et l'un des architectes du Hardrock 100. John Cappis est mort le 30 avril 2026, laissant un héritage que le trail mesure encore mal.
Quatorze coureurs au départ. À peine deux ravitaillements, l'eau bue directement aux torrents de montagne. C'était le premier Western States 100 officiellement organisé, en 1977. John Cappis était là. Il est mort le 30 avril 2026, et avec lui disparaît l'un des rares hommes à avoir eu la main sur la création des deux plus grandes courses de 100 miles des États-Unis.
La nouvelle de sa disparition a traversé la communauté ultra-américaine comme un choc sourd, selon iRunFar. Cappis n'était pas le coureur le plus titré de l'histoire. Il n'a jamais gagné Western States, qu'il a bouclé en 19:49 en 1978 après un abandon l'année précédente à Michigan Bluff, passée la moitié du parcours. Mais il était présent à la genèse des deux épreuves qui ont structuré le trail américain moderne : le Western States 100, dont il fut l'un des 14 pionniers de la première édition en 1977, et le Hardrock 100, dont il contribua à dessiner le parcours lors de sa création en 1992. Deux courses. Un seul homme dans les coulisses de chacune.
1977 : quatorze coureurs et une question sans réponse
Peut-on courir 100 miles à pied, en pleine montagne, de nuit ? En 1977, personne ne savait vraiment. Quatorze coureurs se présentent au départ du premier Western States 100 dans la Sierra Nevada californienne, aux côtés des chevaux et cavaliers du Tevis Cup. Cappis en fait partie. Il abandonne cette première année à Michigan Bluff. Il revient en 1978 et franchit la ligne en 19:49.

Avec ces autres pionniers, il apporte la preuve par les faits : 100 miles en plein arrière-pays sauvage californien, c'est difficile mais faisable. Shannon Weil, l'une des fondatrices du Western States 100 et autrice de Buckle Fever: Origins of the Western States Endurance Run, confie à iRunFar : "Depuis ce jour de 1977, où ces 14 coureurs se sont élancés aux côtés des chevaux du Tevis Cup, il a vécu dans ma mémoire comme quelque chose de plus grand que nature."
Pour saisir la transformation accomplie depuis, un seul chiffre suffit. Western States reçoit aujourd'hui des dizaines de milliers de candidatures pour quelques centaines de places. En 1977, 14 personnes se sont simplement présentées.
Hardrock 1992 : tracer un parcours là où rien n'existait
Quinze ans après Western States, Cappis se retrouve à l'autre bout de l'équation. Non plus coureur au départ d'une course qui cherchait sa forme, mais concepteur d'une course qui n'existait pas encore. Le Hardrock 100 naît en 1992, dans les San Juan Mountains du Colorado, un territoire qu'il connaissait sur le bout des doigts, selon iRunFar. Cent miles dans un massif parmi les plus sauvages et les plus isolés des États-Unis.
James Varner, directeur des courses Rainshadow Running et ancien directeur de parcours du Hardrock 100, livre à iRunFar ce résumé sans détour : "John Cappis aimait les montagnes, et il a partagé cet amour avec des milliers de personnes qui ont couru dans des épreuves qu'il a aidé à créer. En tant que l'un des fondateurs du Hardrock 100, il a contribué à bâtir une course que beaucoup pensaient alors impossible à terminer — 100 miles à travers les rugueux et isolés San Juan Mountains du sud-ouest du Colorado."
Ce qui rend le personnage encore plus singulier : Cappis n'avait pas chaussé ses premières chaussures de course avant la trentaine. Son premier entraînement sérieux remonte au début des années 1970. Quatre ans plus tard, il courait le Marathon de Boston en 2:36, en 1975. Il a terminé 4e de la première édition du Hardrock 100. La trajectoire dit quelque chose sur l'homme : pas de prédestination, juste une capacité à imaginer ce qui n'existe pas encore.

Ni vainqueur ni effacé : l'architecte discret
Cappis ne figure pas dans les palmarès que les coureurs récitent. Mais sa présence court comme un fil rouge dans les premières années d'un sport qui cherchait encore sa forme. Il était là lors des courses rim-to-rim-to-rim dans le Grand Canyon au début des années 1980, selon iRunFar. Il participait au Leadville 100 lors de sa 5e édition, en 1987. Il courait encore l'Imogene Pass Run (27 kilomètres en haute altitude entre les villes minières de Telluride et Ouray) en 2003, à 61 ans.
Il est resté membre du conseil d'administration du Hardrock 100 jusqu'en 2008. Il a reçu le Mother Lode Award de l'événement en 1996, récompense reconnaissant ses contributions significatives à la communauté Hardrock. Il a été intronisé au Hardrock Hall of Fame en 2025, un an seulement avant sa mort. Le timing a quelque chose de brutal.
Ce que les courses lui doivent, en trois voix
Dale Garland, directeur du Hardrock 100, est précis dans les mots que lui prête iRunFar : "Quand Hardrock n'était qu'une idée, la connaissance des San Juans de John, de leurs sentiers et de leurs défis, était l'une des clés pour faire du Hardrock ce qu'il est aujourd'hui. Son enthousiasme, son engagement, sa sagesse pour transformer des idées en réalité ont posé les fondations de notre événement. Hardrock, l'organisation, et Hardrock la communauté ne seraient pas ce qu'ils sont sans la passion qu'il nous a partagée."
John Trent, journaliste, vétéran de l'ultra et membre de longue date du conseil d'administration du Western States 100, formule ce qu'iRunFar reprend en quelques phrases denses : "Ce qui était unique chez John, c'est comment il a enjambé à la fois la création et le succès des deux 100 miles les plus importantes des États-Unis. Il était un contributeur clé pour chacune d'elles à leurs débuts, et il est difficile d'imaginer l'une ou l'autre telle qu'elle est aujourd'hui sans l'empreinte indélébile de soin, de réflexion et de vision qu'il a su apporter."
Trent conclut, toujours cité par iRunFar : "Peu de gens peuvent dire qu'ils étaient présents au tout début de l'histoire. Et encore moins peuvent dire qu'ils ont contribué à façonner cette histoire naissante. John a fait les deux."
La génération des fondateurs s'efface : une dette que le trail mesure mal
Le trail vit aujourd'hui dans une ère de professionnalisation accélérée. Contrats de sponsoring, diffusions en direct, données physiologiques en temps réel. La mécanique est huilée et les podiums sont médiatisés à l'extrême. Ce qu'on perd de vue, parfois, c'est que ce sport est né de rien, porté par des hommes qui ont tracé des courses dans des massifs où personne n'avait pensé à mettre un dossard.
Cappis était l'un de ces hommes. Sa génération ne sera bientôt plus là pour rappeler que Western States et Hardrock n'ont pas toujours existé. Qu'en 1977, 14 inconnus ont choisi de courir 100 miles parce que personne ne savait si c'était possible. Que le tracé du Hardrock a été imaginé par quelqu'un qui n'avait pas couru avant 30 ans. Le trail doit quelque chose de fondamental à ces bâtisseurs. Pas de la nostalgie : de la conscience. La différence entre un sport qui sait d'où il vient et une industrie qui se regarde courir.
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