MIUT 2026 : 115 km sur l'île volcanique qui fait trembler l'élite mondiale

Le 25 avril 2026, Porto Moniz s'embrase à minuit pour la traversée intégrale de Madère. À l'approche d'une édition très attendue, retour sur ce qui fait du MIUT un ultra à part entière.
Minuit, Porto Moniz. Des centaines de frontales trouent l'obscurité atlantique. Pas d'élan, pas de fioriture : la montée commence dès le premier mètre, vers une île qui n'a jamais appris à s'excuser.
Le 25 avril 2026, le Madeira Island Ultra-Trail repart pour une nouvelle traversée de l'île volcanique portugaise. Cent quinze kilomètres, quelque 7 200 m de dénivelé positif, une forêt subtropicale dense et des crêtes balayées par les vents atlantiques : le MIUT n'est pas construit pour les performances faciles. Paul Cornut-Chauvinc (12 h 54 min 52 s) et Katie Schide (14 h 20 min 56 s) ont remporté l'édition 2025, selon iRunFar. Les records absolus de l'épreuve appartiennent à Jim Walmsley et Courtney Dauwalter depuis 2022. Camille Bruyas, elle, a publiquement exprimé l'envie de s'aligner cette année. L'édition 2026 s'annonce ouverte.
La géographie comme premier adversaire
Madère est une anomalie géologique au milieu de l'Atlantique : volcanique, escarpée, couverte d'une forêt subtropicale que le temps a rendue presque impénétrable. Le parcours du MIUT relie Porto Moniz, au nord-ouest, à Machico, au sud-est, traversant des réserves naturelles, des crêtes exposées et des plateaux d'altitude. Selon iRunFar, qui décrivait l'épreuve dans son aperçu de l'édition 2021, l'île est isolée à presque 700 miles du continent portugais et à 400 miles des côtes marocaines. Ce double éloignement façonne la météo, la logistique et l'ambiance singulière de la course.

Les 7 200 m de D+ sur 115 km correspondent à environ 2 400 étages, ou à l'équivalent d'enchaîner presque trois marathons avec un dénivelé moyen de 63 m positif par kilomètre. Tim Tollefson, interviewé par iRunFar après sa participation en 2019, décrivait la traversée nocturne comme un voyage sensoriel à part entière : "Running across the island in the jungle kind of felt like Fern Gully in areas where it's just so green and lush." La forêt, adversaire silencieux autant que décor.
2025 : deux courses qui ne se ressemblent pas
L'édition 2025 a livré deux récits radicalement différents. Selon iRunFar, Katie Schide a pris la tête féminine dès les premiers kilomètres et n'a jamais été rejointe, franchissant la ligne en 14 h 20 min 56 s avec une maîtrise tactique rare sur ce type de parcours. Côté masculin, les cinq premiers ne se sont pas quittés jusqu'aux derniers kilomètres, sur un tracé légèrement reconfiguré par rapport aux éditions précédentes : Paul Cornut-Chauvinc s'est finalement imposé en 12 h 54 min 52 s.
Les conditions météorologiques ont pesé sur les chronos. iRunFar évoque une nuit de départ sous des conditions très sévères, qui ont progressivement cédé la place à une belle journée de printemps. Cette instabilité est structurelle sur l'île : les microclimats créés par le relief volcanique génèrent des situations que la préparation ne peut jamais totalement anticiper. Les deux victoires de 2025 constituent désormais la référence immédiate pour 2026, même si elles n'ont pas été construites dans des conditions optimales.
Les records de Walmsley et Dauwalter, fantômes de chaque édition
Pour mesurer les limites actuelles de l'épreuve, il faut revenir à 2022. iRunFar titrait sur des "records de l'épreuve" établis par Jim Walmsley et Courtney Dauwalter lors de la 13e édition, dans des conditions météorologiques décrites comme favorables. Ces performances restent l'étalon absolu du MIUT, la borne haute à partir de laquelle chaque édition se situe implicitement.

La comparaison avec d'autres références de l'ultra mondial est instructive. Là où le Western States 100 ou le Hardrock 100 permettent des comparaisons relativement stables d'une année sur l'autre, le MIUT présente une variabilité plus forte liée à la météo insulaire et aux ajustements ponctuels du tracé. Battre les records de 2022 ne se fera pas au premier coup de chance : cela exige l'alignement d'un athlète au sommet de sa forme et d'une île en paix avec ses coureurs. C'est cette rareté qui les ancre si profondément dans la mémoire collective de l'épreuve.
Bruyas en embuscade, Schide en tenante du titre
L'anticipation autour de 2026 doit beaucoup à quelques phrases échangées quelques mois plus tôt. Interrogée par iRunFar après l'UTMB 2025, Camille Bruyas a explicitement cité le MIUT parmi les courses qu'elle n'a jamais disputées et qu'elle souhaiterait courir. "I love Madeira, the MIUT, so I hope I will be there next year", déclarait-elle, avec le Mont-Blanc 90k comme second objectif manquant à sa liste.
Une déclaration post-course n'est pas une confirmation d'inscription. Mais Bruyas compte parmi les profils féminins les plus compétitifs du circuit trail mondial. Sa présence potentielle redistribuerait les cartes côté féminin, face à une Schide qui arrive en tenante du titre et qui a prouvé en 2025 qu'elle savait exactement comment gérer les pièges de cette île.
Freitas : l'art d'organiser sur un territoire impossible
Derrière la course, il y a Sidónio Freitas. Dans un portrait publié par iRunFar, le directeur du MIUT articule sa philosophie autour de trois axes : organisation rigoureuse, sécurité, durabilité. "For me, above all else, directing MIUT requires a high level of organization, planning, and attention to detail", explique-t-il. Ce qui retient l'attention, c'est moins le discours rodé sur l'excellence que la lucidité sur les contraintes propres à l'insularité.
Organiser un ultra de cette envergure sur une île de l'Atlantique impose des délais logistiques et des marges de sécurité qu'une course continentale n'a pas à gérer. Freitas décrit l'ambition d'offrir une expérience qui dépasse la seule compétition, orientée vers la communauté et l'échange interculturel. C'est cette philosophie qui explique pourquoi le MIUT continue d'attirer des athlètes de premier plan sans disposer des dotations des épreuves les plus pourvues du circuit.
Le MIUT 2026 arrive dans un paysage trail saturé de nouveaux formats, de courses spectacle et de circuits fermés. Madère résiste à cette logique, non par conservatisme, mais par impossibilité géographique : l'île ne peut pas être simplifiée, le relief ne peut pas être aplani, la météo atlantique ne négocie avec personne. C'est un ultra qui exige une vraie préparation et une vraie humilité, et l'intégrité que Freitas revendique pour son événement en est le miroir direct. Dans un circuit qui court parfois après la visibilité plutôt qu'après l'exigence, choisir le MIUT reste presque un acte de résistance. Le 25 avril, minuit, Porto Moniz.
Catégorie
Courses & Récits
Récits de course et comptes rendus

Canyons 100M 2026 : 161 km à Auburn, enjeux et favoris d'une Major UTMB
Le 24 avril 2026, le Canyons 100M by UTMB s'élance de China Wall pour 161 km sur les sentiers iconiques de la Sierra Nevada. Golden Ticket Western States et Major UTMB World Series : les enjeux promettent un plateau d'exception.

Madeira Island Ultra-Trail : 115 km, 7 000 m D+ et les records qui définissent une génération
Fondé en 2008 avec 141 coureurs, le MIUT est devenu l'un des grands révélateurs du trail mondial. De Walmsley à Santelli, son palmarès lit l'état de l'élite comme peu d'autres épreuves.

Madeira Island Ultra-Trail : 18 ans sur une île qui ne pardonne rien
- 1
Grand Raid Ventoux UGP 2026 : que réserve vraiment le Géant de Provence sur 125 km et 5 700 m ?
Actualités — 5 min
- 2
BioLite Range 500 : 74 grammes et 8 minutes de charge pour les nuits de trail
Actualités — 5 min
- 3
Canyons 100M 2026 : 161 km à Auburn, enjeux et favoris d'une Major UTMB
Courses & Récits — 4 min
- 4
Kilian Jornet, NNormal et l'UTMB : quand l'écologie devient un argument commercial
Actualités — 5 min