Emelie Forsberg à Transvulcania : 11 ans d'absence, 4 semaines d'entraînement, un rêve intact
La championne suédoise revient sur l'île volcanique des Canaries avec seulement quatre semaines d'entraînement dans les jambes, et un plan sur trois ans pour se redéfinir.
Onze ans de silence sur La Palma. Des ligaments de cheville entièrement déchirés plusieurs mois avant la course. Et quatre semaines d'entraînement structuré pour préparer un ultra de plus de 70 kilomètres. Emelie Forsberg revient à Transvulcania avec ce bilan, sans fard, et annonce que ce n'est que le début.
Dans un entretien accordé à Meghan Hicks et publié par iRunFar quelques jours avant la Transvulcania Ultramarathon 2026, la Suédoise dresse un tableau honnête de sa situation. Vainqueure de l'épreuve en 2015, absente depuis 2016, mère de trois filles dont la dernière, Lou, est âgée d'environ un an, Forsberg sort d'une blessure grave qui l'a clouée plusieurs mois. Elle pose son objectif sans ambiguïté : franchir la ligne d'arrivée, et si possible en moins de neuf heures. Derrière cette course, un plan sur trois ans construit avec son sponsor et Kilian Jornet, et un rêve bien délimité : l'Hardrock 100 dans le Colorado.
L'île qu'on ne retrouve jamais pareille
Forsberg découvre La Palma en 2013. C'est Anna Frost, confie-t-elle à iRunFar, qui lui avait parlé de l'île et de la course "avec tellement de chaleur". Cette première édition lui laisse le souvenir d'un duel serré avec Núria Picas. En 2014, une chute la force à l'abandon : coupure profonde à la main, le muscle qui sort de la plaie, des points de suture d'urgence. Elle revient en 2015 et gagne. En 2016, une autre bonne course. Puis plus rien jusqu'en 2026.

Dix ans d'absence, c'est une génération dans le trail de haut niveau. Transvulcania a évolué pendant ce temps. Après avoir été intégrée à des séries internationales, elle s'est recentrée sur elle-même. Forsberg le relève dans l'entretien iRunFar : voir la course fonctionner en indépendante, "c'est vraiment cool". Pas de circuit, pas de points de classement, pas d'enjeu de qualification. Juste une épreuve sur une île volcanique avec son propre ADN, ses coulées de lave noire et ses forêts de laurisylve. Et un terrain partiellement transformé depuis l'éruption du Tajogaite en 2021, qui a redessiné certaines sections que Forsberg avait en mémoire. Elle en découvrira une partie le jour de la course.
Quatre semaines pour préparer onze ans d'absence
La préparation de Forsberg est le vrai sujet de cet entretien. Elle l'énonce sans détour dans les propos recueillis par iRunFar : "J'avais quatre semaines de bonne course. Avant ça, c'était 10 kilomètres, 20 kilomètres, et puis la douleur revenait."
La cause : une rupture complète des ligaments de la cheville survenue pendant l'hiver, après une grossesse qui avait pourtant bien tenu sa base physique. Forsberg le reconnaît elle-même dans l'entretien iRunFar : "Mon niveau le plus bas est encore relativement élevé." Des années de trail, de ski de randonnée et de vie en altitude ne s'effacent pas d'un hiver sans entraînement. Mais quatre semaines de volume cohérent pour un ultra de cette envergure, c'est opérer sans filet.
Son objectif déclaré : moins de neuf heures, "j'espère". Pas de prédiction sur le classement, pas de communication savamment calibrée. Juste une borne temporelle posée à voix haute, avec une franchise qui tranche avec les déclarations d'avant-course habituellement conçues pour ne rien révéler.
Ce que les enfants changent à la méthode d'entraînement
"Je trouve que c'est aussi quelque chose de nouveau pour moi d'être un peu plus structurée." Cette phrase rapportée par iRunFar pourrait sembler anodine. Elle révèle un changement de fond dans le rapport de Forsberg à l'entraînement. Avant les enfants, de longues journées en montagne structuraient le volume presque naturellement. Désormais, le temps disponible est contraint et chaque séance doit être délibérée.

Forsberg et Jornet fonctionnent sur ce mode plus méthodique depuis la naissance de leur troisième fille. La Suédoise y trouve, selon ses mots transmis par iRunFar, une source de progression inattendue : "Je me sens encore en train d'évoluer beaucoup en tant qu'athlète." Ce n'est pas du discours promotionnel. Elle décrit concrètement comment la contrainte temporelle l'a forcée à identifier ce qui produit vraiment des gains.
Son sponsor a validé un plan sur trois ans. Elle le formule comme quelque chose qu'elle ne prend pas pour acquis : pouvoir demander du temps et recevoir un soutien enthousiaste, dans un milieu où les maternités répétées fragilisent souvent les positions commerciales, ce n'est pas banal. Jornet, de son côté, "est super excité" de la voir revenir en compétition, précise-t-elle dans l'entretien iRunFar.
Hardrock 100 : le rêve qui donne une colonne vertébrale à trois ans de course
Forsberg liste ses ambitions avec précision dans l'entretien iRunFar : des courses de 70 à 80 kilomètres, des marathons, et peut-être "un autre 100 milles". Le nom qui revient, ancré : Hardrock 100. Environ 160 kilomètres dans les San Juan Mountains du Colorado, plus de 10 000 mètres de dénivelé positif, l'un des ultras les plus exigeants de la planète. "C'est clairement un rêve", dit-elle. Elle s'est déjà inscrite à une course qualificative pour la loterie d'entrée, par anticipation, pour se donner les meilleures chances d'accès dans les prochaines années.
Ce qui frappe, c'est la méthode derrière le rêve. Pas un vœu pieux : elle organise sa qualification en amont, elle construit sur trois ans, elle parle de progression mesurable. Et cette observation qu'elle glisse dans l'entretien iRunFar dit le reste : elle regarde des femmes "plus âgées" qui "font super bien" dans les ultras. Ce n'est pas de la nostalgie. C'est une permission qu'elle se donne à haute voix.
Ce retour dit quelque chose sur l'état du trail féminin d'élite
Ce qui se joue avec Forsberg à La Palma en 2026 dépasse un simple retour de championne. C'est le test d'un modèle : une athlète de haut niveau traverse plusieurs grossesses, une blessure grave et des années de compétition réduite, puis revient avec un projet structuré sur plusieurs années. Ce n'est plus un épilogue romantique. C'est une réouverture.
Le trail féminin d'élite réécrit ses règles de longévité. Les exemples se multiplient d'athlètes qui maintiennent leur niveau passé 40 ans ou retrouvent leur meilleur après avoir été mères. Forsberg est l'une des plus lisibles, précisément parce qu'elle parle clairement.
L'honnêteté de sa déclaration d'avant-course devrait embarrasser bien des communications stratégiques du circuit : quatre semaines dans les jambes, une cheville qui tient, un objectif posé sans fioritures. Si elle passe sous les neuf heures à Transvulcania dans ces conditions, les trois ans qui suivent méritent une attention sérieuse. Et si l'Hardrock est au bout, ce sera l'une des histoires les plus importantes du trail de la décennie.
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