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Ben Dhiman à Transvulcania : deuxième à l'UTMB, père de jumeaux, et un hiver à 24 h/semaine

Par Yann Karroum·6 mai 2026·5 min de lecture
Ben Dhiman à Transvulcania : deuxième à l'UTMB, père de jumeaux, et un hiver à 24 h/semaine

L'Américain Ben Dhiman dévoile à iRunFar sa préparation pour la Transvulcania Ultramarathon 2026 : plus de 24 heures d'entraînement par semaine, cinq semaines de spécifique, et un premier test de saison après la naissance de ses jumeaux.

Deuxième à l'UTMB en septembre 2025. Père de jumeaux quelques semaines plus tard. Et pour ouvrir la saison 2026, une première visite à La Palma et à la Transvulcania, classique volcanique des Canaries. Ben Dhiman ne vient pas découvrir l'île. Il vient savoir s'il est meilleur que l'année passée.

Dans un entretien publié par iRunFar à la veille du départ, l'Américain dévoile un hiver construit autour de plus de 24 heures d'entraînement hebdomadaire : ski de randonnée, piste, tapis roulant et trail multi-terrain, suivi de cinq semaines de préparation spécifique au profil de La Palma. Dhiman raconte aussi la descente émotionnelle qui suit une deuxième place à l'UTMB, la vie brusquement transformée par l'arrivée de deux nouveau-nés, et la façon dont ce creux forcé l'a paradoxalement remis à plat pour mieux repartir. C'est sa première visite sur l'île. Il arrive avec trois courses au programme pour 2026 et la conviction que ses jambes valent mieux que ses résultats antérieurs.

Quand le podium de l'UTMB n'est pas une fin en soi

Pour comprendre ce que vient faire Ben Dhiman à Transvulcania, il faut remonter à l'automne 2025. Sa deuxième place à l'UTMB, que l'intervieweuse d'iRunFar Eszter Horanyi qualifie de victoire à « probablement la plus grande course de trail au monde », ressemblait de l'extérieur à une performance de haut vol. De l'intérieur, c'était plus compliqué.

Trail runner ascending narrow volcanic ridge trail on La Palma Canary Islands, dramatic black lava rock formations, Atla

« J'ai mis cette course sur un piédestal sans le réaliser », confie Dhiman à iRunFar. « Il y a beaucoup d'effets en cascade après un grand résultat. » L'euphorie attendue n'est pas venue. À sa place : une descente émotionnelle, qui a coïncidé avec la naissance des jumeaux. Deux nouveau-nés à la maison, un corps à récupérer, une fin de saison à laisser derrière soi. Dhiman a annulé ses projets de compétition de fin 2025 et laissé le printemps prendre le relais.

Ce qu'il retient de cet épisode, c'est le carburant pour la suite. « Je n'ai pas gagné l'UTMB. J'ai senti que j'avais floppé en fin de course. Ça me donne encore plus de raisons d'aller chercher mieux l'année suivante. » La frustration comme moteur, pas comme boulet. La deuxième place à l'UTMB n'est pas un aboutissement pour Dhiman : c'est une dette.

Un hiver bâti sur le volume, pas sur l'intensité

Ce que Dhiman décrit à iRunFar ressemble moins à un plan d'entraînement trail classique qu'à une accumulation nordique. Plus de 24 heures hebdomadaires d'effort aérobie, réparties entre ski de randonnée selon les conditions de neige, courses sur piste, tapis roulant et trail multi-terrain. Sans spécificité revendiquée : « En hiver, je jette la spécificité par-dessus bord. On construit une grande plateforme aérobie. La spécificité vient ensuite, en entonnoir vers la course. »

À titre de repère, un triathlète longue distance de niveau professionnel tourne autour de 25 à 30 heures hebdomadaires en pic de volume. Dhiman s'en approche. C'est une charge que peu de coureurs de trail, même parmi les meilleurs, atteignent sans se blesser ou sans disposer d'une infrastructure professionnelle solide.

Ce qui change par rapport aux hivers précédents : l'intensité a été légèrement réduite au profit du volume. « Parfois j'étais lessivé », reconnaît-il à iRunFar. « Mais ça a construit des jambes solides. » La préparation spécifique à Transvulcania n'a duré que cinq semaines. Il documente régulièrement ce processus sur son Substack, selon iRunFar.

Trail runner in orange vest descending steep rocky volcanic terrain on La Palma island Spain, Caldera de Taburiente crat

Transvulcania comme épreuve vérité, pas comme répétition générale

La question logique : Transvulcania est-il une étape vers l'UTMB 2026 ? Dhiman répond clairement à iRunFar : non. « C'est un effort très différent. Pour moi, c'est un test de forme et une façon de vérifier : est-ce que je progresse vraiment ou est-ce que je ne fais que le dire ? »

Le choix de la course est stratégiquement lisible. Transvulcania figure parmi les classiques européennes du trail, avec un palmarès solide et une réputation technique bien établie. Le parcours grimpe franchement pendant environ deux heures avant de devenir plus vallonné, selon la description de Dhiman à iRunFar. Puis vient le Pico de la Nieve, « à environ une heure du point culminant », avec des montées et descentes courtes et techniques où, dit-il, « ceux qui ont forcé commencent à souffrir ». Et enfin, une descente finale qu'il qualifie lui-même de « notorieusement douloureuse ».

Pour préparer ce profil spécifique, Dhiman a travaillé séparément les montées et les descentes, en cherchant à choquer suffisamment ses jambes pour les rendre résistantes à l'impact rocheux. « Les descentes sur terrain rocheux, vous ne trouvez pas forcément ça dans votre préparation habituelle », précise-t-il à iRunFar. Si ça tourne mal cette semaine, il ira, selon ses propres mots, « retourner au tableau blanc ». Il assume l'incertitude. C'est aussi une forme d'exigence.

IA, splits Albon et lecture de course : l'athlète version 2026

Un détail de l'entretien iRunFar mérite qu'on s'y attarde. Pour construire sa stratégie de course, Dhiman a extrait les données de passage de Jon Albon, vainqueur de référence sur Transvulcania, et les a injectées dans des outils d'intelligence artificielle. « J'ai tout mis dans les moteurs d'IA disponibles pour maximiser mes chances », dit-il à iRunFar.

Ce geste, discret dans la forme, révèle un changement de culture dans le trail de haut niveau. L'analyse de données GPS, la comparaison de splits par segment et l'utilisation d'outils prédictifs ne sont plus réservées au cyclisme ou au triathlon. Les ultra-traileurs les plus avancés les intègrent dans leur préparation. Et ils commencent à le dire publiquement.

Sur le terrain, la tactique reste humaine dans son exécution : laisser partir les coureurs capables de « brûler plus vite » en début d'épreuve, puis attaquer autour du Pico de la Nieve quand les jambes commencent à accuser le coup. « Chaque édition est un peu différente, alors il faut jouer le jeu tel qu'il se présente », dit-il à iRunFar. L'IA prépare les hypothèses. L'athlète décide.


Ce que la trajectoire de Ben Dhiman révèle dépasse largement son propre cas. Le trail de compétition se professionnalise sans se centraliser : pas besoin d'un staff de dix personnes pour accumuler 24 heures par semaine, analyser les splits d'un vainqueur avec une IA, puis en rendre compte sur Substack. L'autonomie devient la norme pour une génération d'athlètes qui ont grandi avec les données et la transparence.

Que Dhiman valide ou non sa forme à La Palma change peu à cette réalité. Il a une deuxième place à l'UTMB dans les jambes et la conviction que son plafond n'est pas encore atteint. C'est ce type de profil qui tire le niveau général vers le haut, course après course, hiver après hiver. La Transvulcania 2026 sera un premier verdict. Pas le dernier.

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