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Après une année de doutes, Courtney Dauwalter à 41 ans prouve qu'elle est indétrônable

Par Marc Blanc··5 min de lecture
Après une année de doutes, Courtney Dauwalter à 41 ans prouve qu'elle est indétrônable

Dixième à l'UTMB 2025, abandon au Cocodona : les narratives de déclin s'écrivaient vite. Courtney Dauwalter a répondu par un détour par le marathon et une mue tactique qui la rend peut-être plus redoutable à 41 ans qu'elle ne l'a jamais été.

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En 2025, le trail lui a offert deux coups durs d'affilée : un abandon au Cocodona, une 10e place à l'UTMB. Les narratives de déclin s'écrivaient vite. Courtney Dauwalter avait d'autres projets.

À 41 ans, l'Américaine ressort de cette période en ayant signé un 2h39 au California International Marathon (décembre 2025) et une victoire au Chianti Ultra-Trail 120K (mars 2026), où elle a éliminé Rachel Entrekin et Yngvild Kaspersen sur la dernière heure de course. Le Cocodona 250 arrive le 4 mai 2026. Trail Runner Mag lui consacre un portrait fouillé qui révèle non pas une athlète en survie, mais une coureuse en pleine restructuration : plus curieuse, plus complète, et peut-être plus difficile à battre que lors de son Triple Crown historique.

Le détour marathon comme outil, pas comme parenthèse

En octobre 2025, Courtney Dauwalter s'aligne au Twin Cities Marathon. Elle boucle en 2h49. En décembre, au California International Marathon, elle repousse ce temps à 2h39. Des chronos solides, mais distants des meilleures spécialistes mondiales de la discipline. Ce n'était pas le but.

Selon Trail Runner Mag, elle a suivi trois mois d'entraînement marathon complets, avec des sorties longues plafonnées à environ 27 kilomètres et plusieurs séances de fractionné par semaine. Elle s'est entraînée à plus de 3 000 mètres d'altitude dans le Colorado. "Je voulais être comme une éponge", confie-t-elle au magazine américain. "Quels sont les entraînements que les gens font ? Comment je trouve cette vitesse dans mes jambes ?" Pour une coureuse construite sur l'intuition et l'absence de plan structuré depuis ses débuts en 2016, c'est un retournement notable.

Le retour sur investissement est arrivé en mars 2026 au Chianti Ultra-Trail 120K. La course avait une origine imprévisible : le Tenerife Bluetrail 110K, destination initiale de Dauwalter, avait été annulé à cause d'une tempête tropicale. Elle s'est inscrite au Chianti quelques jours avant le départ. Résultat : une victoire en éliminant Rachel Entrekin, championne en titre du Cocodona, et Yngvild Kaspersen sur la dernière heure. "Je n'ai jamais autant regardé ma montre de ma vie, et j'adorais ça", dit-elle à Trail Runner Mag en évoquant sa période marathon. Cette donnée acquise sur la route s'est traduite en capacité à accélérer au moment où les autres calent.

La joie comme méthode opérationnelle, pas comme slogan de communication

La joie est l'un des mots les plus galvaudés du trail professionnel. Chez Dauwalter, c'est une grille de décision. "Joy is sitting in the driver's seat. Joy is driving the car. Joy is in charge, fully", répète-t-elle à Trail Runner Mag. Mais le portrait révèle que cette philosophie n'est pas un refus de la rigueur : c'est un filtre de sélection des outils.

Elle fait du vélo de montagne avec son mari Kevin sur une boucle d'environ 11 kilomètres. Il va plus vite. Elle s'en fiche. Elle ne dit jamais "entraînement" pour qualifier ces sorties, mais "ajouter de la joie". Ce cadrage lui permet d'intégrer du travail aérobie complémentaire sans créer de résistance psychologique. Sur ce point précis, elle est plus sophistiquée que beaucoup d'athlètes professionnels qui théorisent leur rapport à la charge mentale.

Ancienne professeure de sciences au collège, Dauwalter aborde chaque nouveauté avec la posture d'un protocole expérimental. "Tout ça, c'est juste une expérience amusante sur moi-même", dit-elle. Cette posture l'a conduite, après son abandon à Western States 2019 (douleur à la hanche), à intégrer la musculation dans son quotidien : une routine d'activation de 30 minutes avant chaque sortie, plus des séances de renforcement régulières. "C'est tout un monde. Je sens vraiment la différence quand je cours", raconte-t-elle au magazine américain.

Kevin Dauwalter : l'architecte invisible d'un règne présenté comme solitaire

On analyse Courtney Dauwalter. On devrait analyser le binôme. Trail Runner Mag note que, quand elle parle de sa course, le pronom glisse naturellement au pluriel. Kevin, son mari, est bien plus qu'un accompagnant de course.

Avant chaque épreuve, il projette les splits de Courtney par section, construit un plan nutritionnel basé sur le profil du parcours, l'heure de la journée et les performances historiques. Il prend en charge les voyages, la logistique, les tableurs de course. "Nos cerveaux sont très, très différents, donc ce que je trouve fastidieux ou écrasant, il le prend en main de façon très professionnelle", dit-elle à Trail Runner Mag. "Post-course, on regarde et il avait prédit pratiquement tous les splits."

Sur un Cocodona 250, soit environ 400 kilomètres à enchaîner (l'équivalent de neuf marathons et demi), la fiabilité de cette planification représente un avantage compétitif tangible. Le modèle Dauwalter, souvent décrit comme une aventure libre et intuitive, repose sur une infrastructure professionnelle solide. Ce n'est pas une contradiction : c'est une répartition des rôles.

L'optimisation filtrée : carbs, chaleur, renforcement musculaire

Le trail de haut niveau vit depuis plusieurs saisons sous le signe de l'optimisation. Apports glucidiques massifs (de 80 à 120 grammes par heure pour les meilleurs), entraînement thermique, lactate, périodisation structurée : les outils se multiplient à l'élite. Dauwalter n'est pas insensible à ce courant. Elle le filtre.

Sur les glucides, elle refuse le chiffre comme fixation. Pas question de viser "80 grammes par heure" comme repère obsessionnel. Sa méthode, telle qu'elle la décrit à Trail Runner Mag : "J'essaie juste de prendre une chose de plus que ce que je pense pouvoir prendre." Preuve par l'acte au Chianti Ultra-Trail 120K : lors des 10 derniers kilomètres, elle a avalé deux gels, un geste inhabituellement précis pour elle à ce stade de course. "J'étais vraiment contente parce que je me disais : 'Attendez, on y arrive !'"

Elle a inauguré un sauna chez elle et commence à explorer l'entraînement à la chaleur. Ce qui distingue son rapport à l'optimisation, c'est le séquençage : elle n'adopte pas tout d'un coup, elle n'applique pas de protocole clé en main. Elle intègre un outil quand la curiosité y trouve son compte, et l'intègre vraiment, jusqu'à en mesurer les effets sur ses performances. C'est de l'optimisation, mais choisie.

Notre lecture : une restructuration, pas un déclin

Ce portrait de Trail Runner Mag dit quelque chose de précis sur l'état du trail féminin de haut niveau : l'hyperoptimisation n'est pas la seule trajectoire vers la longévité. Dauwalter a 41 ans, une année 2025 abîmée, un modèle construit sur l'intuition. Elle n'a pas renié ce modèle. Elle l'a enrichi, sélectivement.

Notre verdict est tranché : le détour par le marathon n'était pas une parenthèse. C'était une opération ciblée sur un point faible identifié. La vitesse de jambes. Le rendement s'est vérifié dès mars 2026 au Chianti. Sa capacité à évoluer sans se trahir est probablement le trait le plus sous-estimé de son palmarès. Courtney Dauwalter n'est pas en déclin. Elle est en restructuration. Ce n'est pas la même chose, et la différence va se voir au Cocodona 250.

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