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Tyler Andrews, 9h55 sur l'Everest : la génération FKT à l'assaut des 8000 m

Par Marc Blanc··5 min de lecture
Tyler Andrews, 9h55 sur l'Everest : la génération FKT à l'assaut des 8000 m

L'Américain Tyler Andrews vient d'effacer un record vieux de 23 ans sur l'Everest avec oxygène supplémentaire, en 9h55. Une performance qui révèle comment la culture FKT issue du trail redessine l'himalayisme de vitesse.

Soixante et une minutes. C'est l'écart entre Tyler Andrews et Lakpa Gelu Sherpa, dont le record dormait depuis 2003. Une marque vieille de vingt-trois ans, sur la montagne la plus médiatisée au monde, et personne ne l'avait attaquée avec cette rigueur méthodologique.

Dans la nuit du 27 au 28 mai 2026, l'Américain Tyler Andrews a établi un nouveau record de vitesse en ascension sur l'Everest avec oxygène supplémentaire en 9 heures et 55 minutes, selon iRunFar. Il efface l'ancienne marque de Lakpa Gelu Sherpa, fixée à 10 heures et 56 minutes en 2003, avec 61 minutes d'avance. L'itinéraire du camp de base (5 364 m) au sommet (8 848 m) couvre environ 13,5 kilomètres pour 3 500 mètres de dénivelé positif. C'était la cinquième tentative d'Andrews, après trois échecs au printemps 2025 et un abandon quelques jours avant cette réussite. Le temps reste à confirmer officiellement, son équipe ayant annoncé vouloir valider les données une fois Andrews redescendu de la montagne.

Un record de 23 ans : pourquoi personne ne l'avait attaqué sérieusement

La longévité du record de Lakpa Gelu Sherpa n'est pas anecdotique. L'Everest impose des barrières sans équivalent dans le monde du trail : permis d'ascension dont le tarif se chiffre en plusieurs milliers d'euros, fenêtre météo limitée à quelques semaines par an, logistique d'oxygène et d'équipement pouvant défaillir à n'importe quel palier. La tentative répétée sur ce terrain est un luxe que peu d'athlètes peuvent s'offrir.

American trail runner in orange jacket ascending steep snowy fixed rope section on Mount Everest south face at night, we

Ce qui change avec Andrews, c'est précisément la méthodologie. Selon iRunFar, il s'entraîne et s'acclimate sur l'Everest et ses environs depuis plusieurs années. Ses trois tentatives avortées du printemps 2025 n'ont pas été des échecs bruts : météo défavorable, oxygène en bouteille sous-dimensionné, problème d'équipement. Chaque raison d'arrêt a nourri la tentative suivante. C'est la logique FKT appliquée à 8 000 mètres, et elle a fonctionné à la cinquième itération.

Départ nocturne, splits réguliers : une ascension construite palier par palier

Le départ à 19h11 heure locale le 27 mai n'est pas un choix improvisé. Une montée nocturne limite les risques de détérioration météorologique en altitude, stabilise les températures sur les sections techniques et positionne les segments critiques dans les heures les plus favorables. Andrews atteint le sommet à 5h06 le 28 mai, après une nuit entière en progression.

Les temps intermédiaires publiés par son équipe, rapportés par iRunFar, dessinent une allure cohérente. Camp 1, à la sortie du Khumbu Icefall, en 2h08. Camp 2 (6 750 m) à 3h16 écoulés. Camp 3 (7 300 m) à 4h47. Camp 4 (7 920 m) à 6h46. Le dernier repère, le sommet sud inférieur, est atteint à 9h25. Il restait alors 30 minutes pour les derniers mètres verticaux, là où la pression atmosphérique ne représente plus qu'un tiers de celle du niveau de la mer.

Pour situer l'effort : 3 500 mètres de D+ sur 13,5 kilomètres représentent un gradient moyen de 260 mètres par kilomètre. Certains trails alpins proposent ponctuellement cette pente sur quelques centaines de mètres. Ici, elle dure près de dix heures, depuis une altitude déjà supérieure au sommet du Mont Blanc.

Trail runner in lightweight gear doing acclimatization run on exposed rocky ridge in Himalayas Nepal, early morning warm

Du Javelina 100k à l'Everest : une progression construite sommet par sommet

Andrews n'est pas un alpiniste qui court. C'est un coureur de trail de niveau international qui a migré progressivement vers les grandes altitudes. Selon iRunFar, son palmarès comprend la victoire au Javelina 100k en 2021, une 15e place au Leadville 100 Mile la même année, la 2e place aux Championnats du monde IAU de 50 km en 2016, et le titre de champion national USATF du 50 miles en 2019. Pas un touche-à-tout des cimes : un athlète de référence sur les formats ultra.

La bascule himalayenne s'est construite par étapes. En 2023, il signe des FKTs sur le Kilimandjaro (5 895 m, Tanzanie) et l'Aconcagua (6 961 m, Argentine). Il détient ensuite les records aller-retour du Manaslu (8 163 m) et de l'Ama Dablam (6 812 m) au Népal. L'Everest constituait l'échelon terminal d'une progression géographique et altitudinale rigoureusement pensée.

Ce profil, coureur de trail de haut niveau reconverti en spécialiste de vitesse en haute montagne, représente une catégorie émergente. Le précédent le plus cité reste Kilian Jornet, mais ses records himalayens concernent la face nord, sans oxygène, depuis un camp avancé à environ 6 400 mètres. Une comparaison directe serait trompeuse tant les conditions diffèrent.

Oxygène, aller simple, catégories ouvertes : un champ de records encore vierge

Toute performance sur l'Everest se lit dans son cadre de catégorisation. L'ascension avec oxygène supplémentaire ne se compare pas à l'ascension sans oxygène. Selon iRunFar, Andrews aurait prévu de commencer à utiliser l'oxygène dès le camp 2 (6 750 m), selon les informations relayées par ExplorersWeb, site partenaire de iRunFar qui suit la saison himalayenne en détail.

iRunFar signale également qu'aucun record aller-retour avec oxygène n'existe à ce jour sur l'Everest. Cette absence est révélatrice. La culture FKT distingue systématiquement les modalités : assisté ou non-assisté, aller simple ou aller-retour, voie normale ou variante. Elle n'a pas encore colonisé l'Everest dans toutes ses déclinaisons. Andrews vient d'en cartographier une première ligne.

La speedification de l'Everest n'est pas une dérive : c'est une méthode

Vingt-trois ans d'immobilité sur un record, puis 61 minutes reprises en une nuit. Cette ellipse ne s'explique pas uniquement par le talent d'Andrews. Elle s'explique par l'arrivée d'une culture de la performance différente : documentation GPS, catégorisation rigoureuse, tentatives successives, valorisation de l'itération. Là où l'alpinisme traditionnel traite un sommet comme un événement singulier, le coureur issu de la culture FKT revient, analyse, ajuste.

Notre lecture : cette convergence est positive pour la discipline, à condition que les catégories restent claires et honnêtes. Un record avec oxygène n'est pas un record sans oxygène, et un aller simple n'est pas un aller-retour. Si l'himalayisme de vitesse veut emprunter la rigueur documentaire du trail running, il doit en adopter aussi la précision taxonomique. Andrews y contribue par sa méthode autant que par son chronomètre. La question qui demeure ouverte : cette approche va-t-elle attirer d'autres athlètes issus du trail vers les 8 000 mètres, ou le profil Andrews restera-t-il aussi rare que les conditions qui permettent de l'exprimer ?

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