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Njeru, triple championne du monde, joue les titres italiens de Mountain Classic à Revello

Par Marc Blanc·30 avril 2026·5 min de lecture
Njeru, triple championne du monde, joue les titres italiens de Mountain Classic à Revello

Le 10 mai à Revello, l'Atl. Saluzzo organise le Championnat d'Italie de Mountain Classic avec en vedette Joyce Mutoni Njeru, victorieuse de la Coupe du monde 2021, 2022 et 2023.

Trois Coupes du monde consécutives. Un championnat national à portée de main. Joyce Mutoni Njeru ne se déplace pas à Revello pour faire de la figuration. Le 10 mai, la course en montagne italienne se joue avec les meilleures cartes du monde.

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Dimanche 10 mai, la commune de Revello, province de Cuneo en Piémont, accueille le Championnat d'Italie de Mountain Classic, format montée-descente. L'Atl. Saluzzo, club organisateur et hôte, peut compter sur deux atouts de niveau mondial : la Kényane Joyce Mutoni Njeru, victorieuse de la Coupe du monde en 2021, 2022 et 2023, et le Kényan Paul Machoka. Titres nationaux individuels et première manche du Championnat d'Italie de sociétés sont au programme. Selon corsainmontagna.it, qui a couvert la conférence de presse du 29 avril, les épreuves junior démarrent à 9h00, les épreuves senior et U23 à 10h30 pour les hommes, 10h45 pour les femmes.

La Mountain Classic : ni trail, ni Kilomètre Vertical, une troisième voie

La discipline que la Fédération italienne d'athlétisme nomme Mountain Classic n'a rien à voir avec l'ascension pure d'un Kilomètre Vertical. Le principe est simple et brutal : on monte, on redescend. Les jambes absorbent deux fois les chocs, la technique de descente devient un facteur déterminant, et la stratégie de course se complique d'autant. À ce titre, la Mountain Classic se distingue clairement du trail au sens moderne du terme : pas de balisage sur des centaines de kilomètres, pas de sac obligatoire avec matériel de sécurité, mais une intensité proche de la haute performance athlétique sur un profil nettement plus court.

Elite female mountain runner racing uphill on steep rocky trail in Piedmont Alps near Revello Italy, early morning golde

Ce format s'inscrit dans la tradition alpine des courses de montagne d'Europe centrale. Sierre-Zinal en Valais, pourtant classée "long mountain run" par World Athletics, partage cette culture d'une course qui confronte l'athlète à la montagne sans détour. La Mountain Classic va plus loin dans la concision : elle revendique l'efficacité brute de la montée et de la descente. Deux forces contraires, une seule course, une seule paire de jambes.

La spécialité est reconnue par World Athletics dans son circuit international de course en montagne. Le Championnat d'Italie de Revello, organisé par l'Atl. Saluzzo comme le rapporte corsainmontagna.it, en est une expression nationale officielle, avec titres en jeu pour les catégories junior, U23 et senior.

Revello et le Mombracco : la montagne de Léonard comme terrain de compétition

Revello n'est pas une bourgade choisie au hasard. Perchée aux pieds du Mombracco en Piémont, elle est associée au souvenir de Léonard de Vinci, qui aurait fait référence à cette montagne dans ses écrits. D'où le nom de la manifestation dans laquelle s'insère le championnat : "Sui Sentieri di Leonardo", Sur les Sentiers de Léonard.

La conférence de presse du 29 avril s'est tenue dans la Cappella Marchionale, chapelle gothique tardive du XVe siècle, en présence du maire Paolo Motta et de l'assesseur aux sports Gianni Moino, selon corsainmontagna.it. Le président de l'Atl. Saluzzo, Gianni Bonardo, a représenté la présidente de la FIDAL Piémont Clelia Zola. Des élus piémontais ont adressé des messages vidéo : Paolo Bongioanni, assesseur régional aux sports, et Marco Gallo, assesseur à la montagne.

Two elite mountain runners on technical rocky alpine descent, Italian Piedmont Alps, close competitive racing, dust risi

Ce soin protocolaire n'est pas superficiel. En Italie, la course en montagne est ancrée dans l'identité territoriale. Les collectivités piémontaises soutiennent l'événement parce qu'elles y reconnaissent leurs propres paysages. Un championnat national en Piémont, c'est aussi une affirmation d'appartenance culturelle autant que sportive.

Njeru, Machoka et l'ambivalence du modèle Saluzzo

Joyce Mutoni Njeru est la figure centrale de cette édition. Trois victoires consécutives à la Coupe du monde de course en montagne : 2021, 2022, 2023. Ces chiffres, rapportés par corsainmontagna.it, disent l'étendue de sa domination sur la discipline. Elle court sous les couleurs de l'Atl. Saluzzo, club piémontais qui a intégré des athlètes kényans de haut niveau dans son effectif, à l'image également de Paul Machoka.

Ce modèle mérite une lecture attentive. Dans le cyclisme ou l'athlétisme sur piste, l'intégration de coureurs étrangers dans des clubs nationaux est courante et légale. La course en montagne n'y échappe pas. Un club alpin qui aligne une triple championne mondiale kényane pour concourir aux titres nationaux italiens, c'est une réalité sportive parfaitement ordinaire. Mais elle pose une vraie question : que représente réellement un "champion national" ? L'athlète, le club, ou le territoire ?

Ce n'est pas une question rhétorique à sens unique. C'est la tension interne d'un sport qui s'internationalise tout en restant profondément ancré dans des identités régionales fortes. Saluzzo, Cuneo, le Piémont : les noms ont résonance. Njeru et Machoka aussi.

Programme, double enjeu et ambition populaire

Le dispositif de l'Atl. Saluzzo dépasse le simple alignement de dossards pour une journée de compétition. Samedi, la remise des dossards aux meilleurs coureurs, hommes et femmes, en fin d'après-midi sera précédée d'un Kids Sport Camp : des enfants de 5 à 10 ans découvrent l'athlétisme de façon ludique. La volonté de faire du week-end un événement accessible, pas seulement élitiste, est explicite.

Dimanche, le programme est serré. Les juniors hommes partent à 9h00, les juniors femmes à 9h15. Les épreuves senior et U23 commencent à 10h30 pour les hommes, 10h45 pour les femmes. Fabio Griglio, directeur de parcours, a présenté les aspects techniques lors de la conférence de presse, selon corsainmontagna.it.

La course servira aussi de première manche au Championnat d'Italie de sociétés en catégorie absolue. Ce double enjeu individuel-collectif est structurant : les clubs qui déplacent des délégations importantes jouent sur les deux tableaux simultanément. L'Atl. Saluzzo, hôte et favori, part avec l'avantage du terrain, de la connaissance du parcours et d'un effectif de rang mondial.

Ce que révèle Revello, c'est une discipline qui cherche sa place hors de ses bastions. La Mountain Classic n'a pas la surface médiatique du trail ultra-endurance, pas l'audience qu'un UTMB capte en diffusion mondiale. Et pourtant, elle propose quelque chose de plus pur : une montagne, deux versants, un effort total. Le fait qu'un club piémontais recrute au Kenya pour défendre ses couleurs dans des championnats nationaux dit beaucoup sur la mondialisation discrète de ce sport. C'est à la fois sa richesse et sa tension interne. Revello ne résoudra pas cette équation le 10 mai. Mais avec Njeru au départ, le Mombracco pourrait bien offrir à la course en montagne italienne son image la plus forte de la saison. Une image qui mérite d'exister au-delà des seuls initiés.

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