Gazzaniga joue gros : 9 km et 1000 m D+ pour décrocher la maglia azzurra à Kamnik

À Gazzaniga, le 25 avril, les pentes du Monte Poieto désigneront les représentants italiens aux Championnats d'Europe de mountain running 2026. Une sélection nationale jouée sur un seul tracé, sans filet.
Neuf kilomètres. Mille mètres de dénivelé positif. Une seule direction : vers le haut. Le 4e Memorial Pietro Lanfranchi "Pekèt", prévu ce samedi 25 avril à Gazzaniga, n'est pas une course régionale de plus sur le calendrier transalpin. C'est un tribunal. Les meilleurs spécialistes italiens de mountain running s'y présentent avec une obsession unique : décrocher leur ticket pour les Championnats d'Europe 2026 à Kamnik, en Slovénie.
Organisé par La Recastello dans la province de Bergame, l'épreuve sert de sélection officielle pour la Fédération italienne d'athlétisme en vue des Championnats d'Europe de mountain running à Kamnik. Le parcours sénior, dessiné par Luciano Merla et validé par le sélectionneur national Paolo Germanetto, monte de la Piazza S. Ippolito (388 m) jusqu'au sommet du Monte Poieto (1335 m) en 9 km et +1000 m D+. Parmi les favoris masculins signalés par corsainmontagna.it : Cesare Maestri, Alberto Vender et Andrea Rostan. Du côté féminin : Vivien Bonzi, Beatrice Bianchi et Corinna Ghirardi. Un plateau à la hauteur de l'enjeu.
Quand une sélection nationale transforme chaque seconde
Le statut de trial officiel change radicalement la nature d'une épreuve. On ne court plus pour un titre régional ou le prestige d'un mémorial : on court pour un dossard national. Chaque seconde perdue sur le Monte Poieto peut signifier l'absence à Kamnik en 2026. Cette pression-là appartient à une autre catégorie.

L'Italie occupe depuis des décennies une place de premier plan en mountain running européen. La tradition des corsa in montagna dans les Alpes lombardes et trentines n'est pas une anecdote folklorique. Les clubs comme La Recastello ont forgé des générations de coureurs dans ces formats exigeants : départ groupé, montée pure, classement individuel, sélection fédérale. Du sport dans sa forme la plus épurée.
Que la FIDAL délègue à une épreuve de ce niveau la responsabilité de la sélection européenne témoigne d'une confiance méritée envers l'organisation. Comme le précise corsainmontagna.it, le sélectionneur Paolo Germanetto a lui-même supervisé la conception du tracé. L'implication nationale ne s'arrête pas aux dossards.
Anatomie d'un tracé qui ne négocie pas
9 km pour +1000 m D+ : la moyenne s'établit à 111 m de dénivelé par kilomètre. C'est une pente soutenue dès le départ, mais ce chiffre brut ne dit pas tout. Selon corsainmontagna.it, les deux premiers tiers du parcours sont qualifiés de "très courables", là où les jambes tournent vite et où l'économie de course fait la différence. Ce sont les kilomètres qui filtrent les coureurs de fond capables de maintenir un rythme élevé malgré la montée.
Puis vient le dernier tiers. Une "direttissima", selon la description de corsainmontagna.it : une ligne droite vers le sommet, avec des pentes qui dépassent les 20 %. À 20 % de gradient, la mécanique du corps change fondamentalement. La foulée se resserre, les bras travaillent, les quadriceps entrent en guerre ouverte contre la gravité. Ce n'est plus de la course en montagne : c'est de l'escalade à pied, et la technique y est aussi décisive que la puissance brute.
Pour mesurer l'effort global : 1000 m de dénivelé positif, c'est l'équivalent de gravir plus de 330 étages. En moins d'une heure pour les meilleurs. Sur terrain naturel, sans replat pour souffler.

Un plateau qui ressemble à une finale internationale
Corsainmontagna.it liste une quinzaine de prétendants masculins sérieux : Cesare Maestri, Alberto Vender, Andrea Rostan, Andrea Elia, Lorenzo Cagnati, Luca Magri, Luciano Rota, mais aussi Elia Balestra, Italo Cassol, Michael Galassi, Roberto Giacomotti, Tiziano Moia, Enrico Rota Martir, Fabio Ruga, Manuel Togni et Marco Zanga. Noms connus des circuits alpins, habitués des sélections et des podiums fédéraux. Une liste qui ferait réfléchir plus d'un organisateur de course internationale.
Du côté féminin, le niveau est comparable. Vivien Bonzi, Beatrice Bianchi, Corinna Ghirardi, Anna Hofer, Axel Vicari, Benedetta Broggi, Emily Collinge, Arianna Dentis, Martina Falchetti et Claudia Previtali se disputent des places qui se comptent sur les doigts d'une main. L'équipe nationale est étroite, la concurrence est large.
Sur un format de pure montée, chaque choix tactique pèse. Aucune descente technique ne viendra rebattre les cartes, aucun replat ne redistribuera les positions. Qui monte le mieux gagne. C'est aussi simple et aussi impitoyable que ça.
Kamnik 2026 : l'Europe du mountain running regarde
Les Championnats d'Europe de mountain running à Kamnik constituent un rendez-vous structurant pour la discipline à l'échelle continentale. World Athletics encadre le mountain running comme une spécialité à part entière, avec ses propres formats, ses règles de tracé, son classement individuel et par équipes. Kamnik, ville alpine slovène nichée au pied des Alpes juliennes, se prête précisément à ce type d'épreuve.
Pour l'Italie, qualifier une équipe dans les meilleures conditions signifie arriver à Kamnik avec une sélection bâtie sur le mérite. Le fait que le Memorial Lanfranchi serve de trial plutôt qu'une commission de sélection opaque est, en soi, une bonne pratique. Les coureurs savent exactement où ils en sont et ce qu'ils ont à faire. La transparence du processus fait partie du respect dû aux athlètes.
Luciano Merla, président de La Recastello, le formulait ainsi dans les colonnes de corsainmontagna.it : "Gazzaniga est prête et nous, en tant que club, avons soigné chaque détail. Le niveau des inscrits garantit un spectacle extraordinaire." Derrière la formule d'usage, un fait concret : une organisation régionale qui assume une responsabilité nationale.
Ce que Gazzaniga dit de l'état du mountain running
Le trail running fait les couvertures, les ultramarathons font les podcasts. Mais le mountain running pur, format sola salita, 9 km et 1000 m D+, reste le laboratoire où se teste la véritable qualité athlétique en montagne. Pas de sacs relais déposés en chemin, pas de pacers, pas de 100 miles romanesques : des jambes, une pente et un chronomètre.
Ce que Gazzaniga révèle ce samedi va au-delà du classement. C'est un système de sélection qui fonctionne, une tradition alpine qui tient bon face à la massification du trail, des athlètes qui choisissent l'exigence nue d'un format court et brutal plutôt que l'épopée longue des ultra. La course en montagne pure souffre d'un déficit de visibilité médiatique chronique, surtout en dehors de l'espace alpin et transalpin. Pourtant, peu de formats concentrent autant d'intensité sur aussi peu de kilomètres. Dans un sport qui cherche constamment à s'étendre et à se diversifier, cette montée de neuf kilomètres rappelle utilement ce que "courir en montagne" signifie au fond.
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