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MIUT 2026 : Esmiol et Hartmuth maîtres du 110k volcanique de Madère

Par Marc Blanc·26 avril 2026·4 min de lecture
MIUT 2026 : Esmiol et Hartmuth maîtres du 110k volcanique de Madère

Le 25 avril 2026, Vincent Esmiol et Katharina Hartmuth remportent le Madeira Island Ultra-Trail 110k dans une démonstration tactique de bout en bout sur les pentes de Pico Ruivo.

Vincent Esmiol avait huit minutes d'avance au dernier ravitaillement. Katharina Hartmuth n'a laissé aucune fenêtre à ses concurrentes. Le 25 avril 2026, Madère a rendu un verdict net, sur une île qui ne ment pas.

Le Madeira Island Ultra-Trail a livré son édition 2026 dans un format remanié : 110 kilomètres, contre 115k lors de l'édition précédente remportée par Paul Cornut-Chauvinc en 12:54:52 et Katie Schide en 14:20:56, selon iRunFar. Le Français Vincent Esmiol et l'Allemande Katharina Hartmuth ont signé une double victoire sans ambiguïté, sur un parcours qui commence dans la nuit de la laurissilva et culmine à Pico Ruivo (1 862 mètres), point le plus haut de l'île. Côté hommes, quatre prétendants se tenaient en treize minutes à 79 kilomètres avant qu'Esmiol creuse l'écart de façon décisive. Côté femmes, Hartmuth a mené d'un bout à l'autre.

La laurissilva filtre d'abord, la roche de Pico Ruivo juge ensuite

Le MIUT possède une identité construite sur deux matières distinctes : la forêt et le basalte. Les coureurs s'enfoncent dans la laurissilva en pleine nuit, une forêt laurifère classée au patrimoine mondial de l'UNESCO dont les branches tordues coiffent des sentiers techniques et humides. La montée vers Pico Ruivo suit, avec un contrôle posé à 69 kilomètres selon iRunFar. Les leaders y parviennent alors que la lumière du matin est déjà bien installée, ce qui signifie une nuit entière de course avant d'atteindre le toit de l'île. Suit le célèbre passage d'escaliers qui marque l'entrée dans la deuxième moitié de course, là où les décisions se prennent vraiment.

trail runners with headlamps moving single file through ancient dense laurissilva laurel forest at night on Madeira isla

La réduction de cinq kilomètres par rapport au format 2025 mérite d'être posée. L'an dernier, iRunFar signalait un parcours rerouté en raison de conditions météo initialement désastreuses, avant que le temps se lève pour offrir une belle journée de course. En 2026, aucune perturbation comparable ne ressort des sources disponibles. La distance de 110k semble désormais être le format officiel assumé par l'organisation, et non plus une adaptation de circonstance.

Esmiol construit contrôle après contrôle, les autres suivent jusqu'à Larano

La course masculine 2026 a suivi la logique classique de l'ultra de montagne : compression d'abord, explosion ensuite. À Chão da Lagoa, contrôle à 79 kilomètres, quatre hommes se tenaient en moins de treize minutes selon iRunFar : Esmiol toujours en tête, Airiau en deuxième position, Dunand-Pallaz troisième, Green quatrième. Une situation où tout restait théoriquement jouable.

Au contrôle de Larano, à 96 kilomètres, la course était pliée côté victoire. Esmiol disposait de huit minutes d'avance sur ses poursuivants les plus proches. Airiau était deuxième, Green troisième, dans un écart de moins de trois minutes entre eux deux. Dans les kilomètres précédant ce dernier pointage, Green avait rattrapé et dépassé Dunand-Pallaz, et chassait désormais Airiau pour la deuxième place. Sur les quatorze derniers kilomètres jusqu'à l'arrivée, le suspense ne portait plus que sur une place de podium.

trail runner reaching the rocky volcanic summit of Pico Ruivo at 1862 meters at dawn, Atlantic ocean visible far below t

Ce type de victoire par accumulation progressive rappelle les grandes gestions d'un Hardrock ou d'un UTMB : ne pas flamber dans les montées techniques, absorber les descentes sans dépenser d'énergie inutile, et laisser l'écart s'installer là où les adversaires tentent de revenir. Esmiol a appliqué cette grille avec méthode.

Hartmuth : une domination confirmée, un scénario encore parcellaire

Les informations disponibles sur la course féminine restent limitées dans les sources accessibles. Ce que iRunFar confirme sans ambiguïté : Katharina Hartmuth a remporté le MIUT 110k 2026. Le podium féminin complet et les écarts entre concurrentes n'ont pas été renseignés dans les extraits disponibles au moment de la rédaction. L'omission vaut mieux que l'invention.

Ce qu'on sait de la dynamique féminine sur cette course : en 2025, Katie Schide avait imposé son rythme dès le départ et n'avait jamais regardé derrière elle, selon iRunFar. Hartmuth semble avoir imposé une autorité similaire en 2026. Une même constante se dessine : Madère récompense les coureuses qui définissent la course à leur propre rythme plutôt que celles qui réagissent.

Un même week-end, trois continents : Madère tient son rang hors réseau UTMB

Le 25 avril 2026 était une journée de trail planétaire particulièrement chargée. En parallèle du MIUT, les Canyons by UTMB 100k livraient leurs résultats en Californie, Adam Peterman et Riley Brady s'imposant selon iRunFar. Le Chianti Ultra Trail by UTMB 120k voyait triompher Courtney Dauwalter et Thomas Cardin ce même week-end. Des Golden Tickets pour Western States distribuaient sur le continent américain pendant que Madère vivait sa propre course, sans la moindre qualification en jeu.

Le MIUT ne fait pas partie du circuit UTMB. Pas de points, pas de Golden Ticket, pas de label "by UTMB". C'est une course insulaire qui vit selon ses propres règles, sur un terrain que le climat atlantique rend imprévisible d'une édition à l'autre. Cette indépendance préserve une identité géographique rare, au prix d'une visibilité plus confidentielle dans un écosystème où le label UTMB attire désormais les caméras et les dotations.


Ce week-end de fin avril 2026 rappelle quelque chose que le trail de compétition tend à oublier : les meilleures courses ne cherchent pas nécessairement l'audience la plus large. Madère reste Madère. Les laurissilvas ne s'imitent pas, Pico Ruivo ne s'aplatit pas, et les escaliers de basalte entre 69k et 96k filtrent mieux que n'importe quel règlement de qualification. Esmiol et Hartmuth ont su lire ce terrain. C'est peut-être la définition la plus honnête d'une victoire sur cette île : non pas courir plus vite que les autres, mais dépenser moins que nécessaire là où le cours exige le plus.

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