56h09 au Cocodona 250 Miles : Entrekin pulvérise le record absolu et l'emporte au scratch

Rachel Entrekin remporte le Cocodona 250 pour la troisième fois de suite en 56:09:48, première femme à s'imposer au scratch en cinq ans. Kilian Korth établit un nouveau record masculin malgré la douleur.
56 heures, 9 minutes et 48 secondes. Rachel Entrekin a traversé 407 kilomètres de désert et de montagne arizoniens plus vite que n'importe quel homme ou femme avant elle. Elle repart de Flagstaff avec un record absolu, un troisième titre consécutif et un statut qu'aucune femme n'avait obtenu depuis la création de l'épreuve : vainqueure au scratch du Cocodona 250 Miles.
Le 4 mai 2026, près de 400 coureurs s'élançaient à 5 heures du matin de Black Canyon City pour rejoindre Flagstaff à pied. 407 kilomètres, 11 887 mètres de D+, 10 363 mètres de D-, une barrière horaire de 125 heures. Le parcours traverse le désert des Saguaros, les rochers rouges de Sedona et les pentes de Mingus Mountain avant l'ascension finale du mont Elden. Selon iRunFar, Entrekin a effacé le précédent record absolu de Dan Green de plus de deux heures. Kilian Korth, tenant de la triple couronne des 200 Miles 2025, a signé le deuxième meilleur temps de l'histoire en 57:28:36, nouveau record masculin. Courtney Dauwalter, abandonnée l'an dernier au 174e kilomètre, a terminé deuxième chez les femmes en 61:58:35. L'édition reste assombrie par le décès d'un coureur lors d'une urgence médicale survenue sur le parcours.
À Crown King au 60e kilomètre, la course était déjà pliée

Entrekin est arrivée sur cette ligne de départ avec un dossier à nuancer. Moins de deux mois plus tôt, elle avait terminé troisième à la Chianti Ultra Trail 120k, battue par Dauwalter notamment. Ce résultat avait-il semé le doute ? Le déroulement de la course répond clairement.
Dès Crown King, au kilomètre 60 environ (mile 37), elle comptait déjà 22 minutes d'avance sur l'ensemble du champ féminin, rapporte iRunFar. À Whiskey Row, à Prescott (mile 76, environ 122 km), elle menait le classement général avec 22 minutes d'avance sur Kilian Korth, leader chez les hommes. Sur Mingus Mountain, à 2 438 mètres d'altitude au 172e kilomètre, son avance dépassait 90 minutes. À Munds Park (mile 194, environ 312 km), elle avait plus de cinq heures sur Jackson et plus d'une heure sur Korth. Elle a finalement passé le mont Elden, point culminant à 2 743 mètres, avant de descendre sur Flagstaff sous un soleil de troisième jour.
Son chrono de 56:09:48 représente 7,2 km/h de moyenne sur près de dix marathons enchaînés. Battre le record absolu de plus de deux heures sur un format de cette durée est un écart sans équivalent récent dans l'ultra-distance longue, comme le relève iRunFar.
Dauwalter, Jackson, Eckert : l'adversité qui donne la mesure du record
Ce qui rend cette domination encore plus significative, c'est l'identité des rivales. Courtney Dauwalter revenait après son abandon forcé l'an dernier. Heather Jackson, ancienne triathlète professionnelle, effectuait ses débuts sur les formats 200+ miles avec déjà à son actif une victoire au Javelina 100 Miles 2023 et un top 10 au Western States 100 2024. Megan Eckert est l'actuelle détentrice du record du monde féminin sur 6 jours. Le plateau était, comme l'a formulé iRunFar, parmi les plus relevés de l'histoire de l'épreuve.
La navigation a pesé. Selon iRunFar, Jackson a ajouté environ 1,6 kilomètre après un mauvais embranchement vers Prescott, et Dauwalter s'est retrouvée hors-parcours pendant une cinquantaine de minutes. Ces incidents n'effacent pas l'écart avec Entrekin, mais rappellent qu'une course de 407 kilomètres se joue aussi sur la lecture du terrain et la gestion de l'attention au fil des heures.

La fin de course a redistribué le podium. Jackson, deuxième sur la majorité du parcours, s'est effondrée dans les 50 derniers kilomètres. Dauwalter et Eckert l'ont dépassée l'une après l'autre. Classement final : Dauwalter deuxième en 61:58:35 (sous l'ancien record féminin d'Entrekin), Eckert troisième en 63:09:07, Jackson quatrième en 69:36:34, Lindsey Dwyer cinquième en 72:48:49.
Korth : 57 heures sous douleur musculaire, une victoire sans confort
Sans Dan Green, tenant du titre dont la victoire 2025 avait constitué le tremplin de sa carrière selon iRunFar, le champ masculin était ouvert. Kilian Korth s'est imposé en 57:28:36, nouveau record masculin. Mais il l'a fait en bataillant contre une douleur musculaire intense pendant la quasi-totalité de la seconde moitié de la course, toujours selon iRunFar. Il ne s'est jamais arrêté.
À Crown King, il courait neuf minutes derrière le surprenant Kevin Taddonio, qui abandonnera à Fain Ranch (~153 km). À Whiskey Row, lui et Joe McConaughy n'étaient séparés que de trois minutes. C'est après Mingus Mountain que l'écart s'est creusé : deux heures d'avance à la descente vers Jerome (mile 125, ~201 km), un avantage qu'il n'a plus jamais rendu. Pour situer Korth dans le paysage : en 2025, il est le seul coureur à avoir remporté la triple couronne des 200 Miles en une saison, le Bigfoot 200, le Tahoe 200 et le Moab 240, selon iRunFar. La Cocodona s'inscrit dans une cohérence de palmarès.
Poskin, Fox : ce que douze mois font à un coureur sur 400 kilomètres
Deux performances méritent une lecture à part. Cody Poskin a terminé deuxième en 58:13:44, sous le précédent record masculin et presque 13 heures plus rapide que l'an dernier sur le même parcours. La progression est exceptionnelle même en tenant compte des quelques kilomètres de différence entre les deux éditions. Entre Fort Tuthill et Walnut Canyon, il a comblé deux heures d'écart sur Korth en seize miles, avant que ce dernier ne tienne bon. DJ Fox a terminé troisième en 59:29:03, soit dix heures de mieux que son chrono 2025. McConaughy, vainqueur 2022, a pris la quatrième place en 61:35:21. Le Suédois Jakob Åberg a complété le top 5 en 62:11:56.
Ce que Flagstaff valide sur l'ultra-distance féminine
Le Cocodona 250 n'a pas la charge historique du Western States ni la notoriété mondiale de l'UTMB. En cinq éditions, il produit pourtant quelque chose de rare : une femme qui bat les hommes au scratch, non par forfait, mais en dominant 407 kilomètres face à un champ masculin qui signe deux chronomètres sous le record.
Ce n'est pas un accident. Sur les formats de plusieurs jours, la gestion des ressources, la résistance à la privation de sommeil et le contrôle de l'intensité à l'heure 40 ou 50 pèsent différemment qu'un 100 miles. Entrekin le démontre pour la troisième fois de suite, avec chaque fois un écart plus marqué.
La vraie question posée par cette course : combien de temps le reste du circuit mettra-t-il à traiter l'ultra-distance féminine sur les formats longs comme ce qu'elle est déjà, le niveau de référence absolue de la discipline ?
Catégorie
Courses & Récits
Récits de course et comptes rendus

Beñat Marmissolle sur l'UTMB 2026 : le retour d'un champion qui a tout traversé
Après une hospitalisation psychiatrique de 12 jours révélée publiquement et plusieurs années de galères physiques, Beñat Marmissolle a annoncé sa présence sur l'UTMB 2026. Un retour qui dépasse largement le cadre sportif.

Tor des Géants : 330 km et 24 000 m de D+ pour le plus grand ultra des Alpes
330 kilomètres, 24 000 mètres de dénivelé positif, plusieurs nuits sans repos imposé : le Tor des Géants est dans une catégorie à part dans l'ultra-trail mondial. Analyse d'une course qui redéfinit les frontières de l'endurance.

FKT 2024-2025 : Tara Dower efface les hommes, Jurek chute — une discipline en mutation
- 1
Beñat Marmissolle sur l'UTMB 2026 : le retour d'un champion qui a tout traversé
Courses & Récits — 5 min
- 2
Tor des Géants : 330 km et 24 000 m de D+ pour le plus grand ultra des Alpes
Courses & Récits — 5 min
- 3
Ultra-endurance et science : ce que 4 études récentes révèlent de notre physiologie
Entraînement — 5 min
- 4
UTMB World Series 2026 : FloSports et Tencent intègrent le réseau de diffusion
Marques & industrie — 2 min