Le media trail de référence

À 71 ans, Michel Poletti traverse la France à pied entre ses courses UTMB

Par Rédaction Altitude·22 avril 2026·5 min de lecture
À 71 ans, Michel Poletti traverse la France à pied entre ses courses UTMB

Le cofondateur de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc relie à pied plusieurs étapes du circuit UTMB World Series à travers la France. Un projet que u-Trail compare à un Ultra Trail de Compostelle — et qui dit quelque chose d'essentiel sur ce que le trail a perdu en grandissant.

À 71 ans, Michel Poletti marche. Pas en guise de récupération — en guise de projet. Le cofondateur de l'UTMB traverse la France à pied, reliant les courses d'un circuit mondial qu'il a lui-même contribué à bâtir. Il y a dans ce geste une tension fertile entre l'homme et la machine qu'il a créée.

Selon u-Trail, Michel Poletti s'est lancé dans une traversée d'une grande partie de la France à pied, en reliant plusieurs courses du circuit UTMB World Series. Le média décrit l'entreprise comme "simple dans son principe et ambitieuse dans son exécution". Le cofondateur de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc, 71 ans, s'offre ce que ses propres compétitions n'ont jamais vraiment permis — le temps long, le chemin pour lui-même, la marche sans chrono. U-Trail n'hésite pas à évoquer l'image d'un "Ultra Trail de Compostelle". L'analogie dit quelque chose de profond sur ce que Poletti cherche, et peut-être aussi sur ce que le trail a perdu en grandissant.

L'homme qui a construit l'accélération choisit la lenteur

Michel Poletti n'est pas un coureur ordinaire qui entame une reconversion sportive paisible. Il est, avec Catherine Poletti, l'un des architectes de ce qui est devenu la référence planétaire du trail running de montagne. L'UTMB, lancé en 2003 autour du massif du Mont-Blanc, c'est 171 kilomètres, 10 000 mètres de dénivelé positif — l'équivalent de grimper la Tour Eiffel plus de 25 fois consécutivement — et une notoriété mondiale qui a transformé Chamonix en capitale mondiale du trail chaque fin août.

Elderly male hiker with gray hair walking alone on a winding narrow trail in the French Alps, late afternoon golden ligh

Ce contexte donne au projet décrit par u-Trail une résonance particulière. Pendant que l'UTMB World Series déploie ses étapes sur tous les continents, que les athlètes élites sautent de qualification en qualification comme dans un circuit de tennis mondial, le cofondateur choisit de relier ces mêmes épreuves à pied, sur le territoire français, à son propre rythme. Il ne vole pas jusqu'aux courses. Il marche jusqu'à elles.

C'est une posture qui tranche avec l'énergie centrifuge de la marque. La machine UTMB tourne vers l'extérieur, vers la croissance, vers l'internationalisation. Poletti, lui, recentre. Il revient à l'essentiel du geste — mettre un pied devant l'autre, jusqu'au prochain départ.

Compostelle comme métaphore, pas comme raccourci

Quand u-Trail compare le projet à un "Ultra Trail de Compostelle", la référence n'est pas un cliché facile. Le Camino de Santiago n'est pas une randonnée sportive : c'est un chemin de transformation dont la valeur tient à la durée, à la répétition des journées, à l'absence totale de classement. Quelque 800 kilomètres depuis le Puy-en-Velay, des milliers de marcheurs qui n'ont rien à prouver sinon d'arriver.

Appliquer cette grille à un parcours qui relie des courses UTMB introduit une tension féconde. Les épreuves du circuit sont, par définition, compétitives, chronométrées, qualificatives. Elles produisent des classements, des running stones, des dossards pour Chamonix. Mais le chemin qui les relie — celui que Poletti est en train d'inventer — échappe à toute logique de performance. Il n'existe pas de catégorie d'âge pour "traverser la France à 71 ans entre des courses de trail".

C'est peut-être là le geste le plus radical que pouvait faire le fondateur : réintroduire la marche et le temps long dans un univers qu'il a lui-même contribué à rendre intense, qualificatif et mondialisé.

Le circuit vu de l'intérieur : une géographie que les avions effacent

Pour mesurer l'échelle de ce que Poletti traverse, il faut comprendre ce qu'est devenu l'UTMB World Series. Intégrée dans l'écosystème d'Ironman puis d'AEG — l'un des plus grands groupes de divertissement sportif au monde — la marque regroupe aujourd'hui plusieurs dizaines d'événements partenaires sur l'ensemble du globe. En France, les courses affiliées couvrent des territoires très différents, des Alpes aux Pyrénées en passant par les massifs du centre.

Ultramarathon mass start at night in a French mountain village, hundreds of runners with glowing headlamps forming a riv

Relier plusieurs de ces étapes à pied, c'est traverser une carte qui n'est pas neutre. Chaque course représente une communauté locale, des bénévoles, une vallée, une culture de montagne spécifique. En marchant entre ces étapes, Poletti restitue la distance physique réelle que les billets d'avion effacent. Les athlètes du circuit sautent d'un départ à l'autre en quelques heures de vol. Lui reconstitue, kilomètre après kilomètre, la géographie de ce qu'il a construit.

Le contraste est saisissant et volontairement assumé. L'UTMB World Series fonctionne comme un réseau aérien mondial — on optimise, on accumule, on classe. Poletti, lui, marche le long de ce réseau.

Une tendance de fond : le trail qui revient à la marche

Ce projet ne surgit pas du vide. Dans une discipline qui s'est construite sur l'exploit — les performances de Kilian Jornet en haute montagne, les FKT sur l'Appalachian Trail aux États-Unis, les records sur des courses comme Hardrock 100 ou Western States — une tendance inverse émerge depuis quelques années. Celle des traversées lentes, des projets itinérants sans chrono, des aventures où l'arrivée compte plus que le temps de passage.

Des événements comme la Tor des Géants en Italie — 330 kilomètres dans le Val d'Aoste, avec un temps limite de 150 heures — ou les formats de rando-course qui prolifèrent dans les clubs français témoignent d'un désir croissant de sortir de la logique de la performance pure. La marche revient comme posture revendiquée, presque politique, dans un monde du trail de plus en plus dominé par les montres GPS et les running stones.

À 71 ans, Poletti s'inscrit dans ce mouvement. Qu'il le théorise ou non, son projet relie les deux versants du trail : celui qu'il a industrialisé, et celui qui lui a probablement tout appris au départ.

Marcher dans sa propre construction

Il y a une dimension personnelle évidente dans ce projet, même si u-Trail ne la développe pas explicitement dans l'extrait disponible. Bâtir une institution mondiale prend des décennies. La regarder fonctionner de l'intérieur, à pleine vitesse, ne permet pas toujours d'en voir les vrais contours.

Marcher entre ses propres courses, c'est peut-être la seule façon de comprendre la géographie de ce qu'on a créé — pas depuis un bureau de direction ou les coulisses d'un village-course, mais depuis le chemin lui-même, avec les pieds dans la terre.


Ce que le projet de Michel Poletti révèle, c'est d'abord une question que l'UTMB n'a plus vraiment le temps de se poser : qu'est-ce que le trail running en dehors du chrono, du dossard et du classement ? La marque a réussi à faire de cette discipline un sport global, structuré, spectaculaire. C'est un succès immense, et il faut lui rendre cette justice. Mais ce faisant, elle a parfois éloigné le trail de ce qui l'avait rendu désirable — la liberté du chemin, la lenteur assumée, le rapport nu à la distance.

Qu'un de ses fondateurs revienne à la marche, à 71 ans, en traversant la France entre ses propres courses, est le meilleur plaidoyer possible pour ce que le trail devrait aussi continuer d'être : un prétexte à mettre un pied devant l'autre, sans autre ambition que d'arriver quelque part.

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