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UTMB 2026 : avec Jornet, Evans et Dhiman, est-ce le plateau le plus fort de l'histoire ?

Par Marc Blanc·24 avril 2026·5 min de lecture
UTMB 2026 : avec Jornet, Evans et Dhiman, est-ce le plateau le plus fort de l'histoire ?

Jornet revient après trois éditions manquées, Evans défend sa couronne, Walmsley rechasse un deuxième titre et Dhiman pointe en probable : le plateau masculin de l'UTMB 2026 n'a peut-être jamais réuni autant de prétendants légitimes sur 170 km.

Trois hommes qui ont soit gagné, soit co-détenu le record de victoires sur la course. Un quatrième nom encore au conditionnel qui concentre autant d'attention que n'importe quel favori confirmé. Et une génération française aussi dense qu'elle ne l'a jamais été sur cette ligne de départ. L'édition 2026 de l'UTMB Mont-Blanc ne ressemble à aucune autre.

Le vendredi 28 août 2026, Chamonix accueille un plateau masculin que ses propres précédents peinent à égaler. L'Équipe a listé les noms attendus sur la ligne : Kilian Jornet, Jim Walmsley, Tom Evans, Mathieu Blanchard, Baptiste Chassagne, Théo Detienne, Vincent Bouillard, Caleb Olson, et, en pointillés, Ben Dhiman. Sur les 170 km et plus de 10 000 m de dénivelé positif que documente Canadian Running Magazine (soit environ quatre marathons enchaînés, avec l'équivalent d'une trentaine de fois la hauteur de la tour Eiffel à gravir), cette édition réunit au moins trois coureurs ayant détenu ou co-détenu le record de victoires sur l'épreuve. La course sera retransmise en direct sur la chaîne L'Équipe et sur la plateforme vidéo du site, précise le même média. C'est une configuration que la course n'avait pas connue dans sa récente histoire professionnelle.

Jornet de retour : le co-recordman absent depuis trois éditions rebat toutes les cartes

Nighttime start of UTMB ultra trail race at Chamonix town center, elite runners at the front of a massive crowd with hea

L'Équipe parle de "retour surprise." Le mot est mesuré. Kilian Jornet, que le même média qualifie de "co-recordman de victoires" sur la course, était absent lors des trois éditions précédentes. Trois ans dans le calendrier d'une course où deux champions différents se sont succédé, où les logiques de course ont évolué, où le niveau a progressé de façon mesurable : c'est un cycle complet.

Son retour ne modifie pas simplement la hiérarchie des favoris. Il change la nature même de la compétition. Canadian Running Magazine rappelait en 2023 que le plateau de la 20e édition était déjà présenté comme "le plus compétitif de l'histoire de la course." Trois ans plus tard, la barre semble avoir encore monté. Jornet aborde Chamonix sans la pression d'une série à défendre, mais avec l'autorité de tout ce qui précède. C'est un profil d'adversaire d'une catégorie à part, capable d'agir sur la psychologie de ses concurrents avant même le coup de pistolet.

Ben Dhiman en probable : pourquoi ce conditionnel concentre autant de regard

Dans l'énumération de L'Équipe, une nuance apparaît : "sans doute Ben Dhiman." Ce conditionnel, dans un champ par ailleurs très solidifié, dit beaucoup. Une participation non encore officialisée au moment de la publication, dans un plateau de cette densité, c'est précisément ce qui attire les spéculations sur un nom plutôt que sur les autres.

Son inclusion potentielle s'inscrit dans une dynamique que Runner's World avait bien documentée dans son guide de l'épreuve : la course avait longtemps résisté aux coureurs nord-américains sur l'épreuve principale du Mont-Blanc. La revue britannique soulignait qu'aucun Américain n'avait remporté la course avant que Walmsley ne brise ce plafond. Dhiman représente la vague qui suit : formée sur le circuit UTMB World Series, rodée aux exigences techniques des courses alpines, capable d'arriver à Chamonix non plus en apprentissage mais avec un plan de course construit sur plusieurs saisons.

Elite trail runner alone on a high exposed alpine ridge with Mont Blanc glaciers visible in background, golden late afte

Evans défend, Walmsley rechasse : deux lectures opposées de la même course

Tom Evans est le tenant du titre. Le Dauphiné Libéré lui avait consacré un portrait complet après son sacre 2025, dont le titre lui seul disait déjà beaucoup : "Capitaine dans l'armée, son avenir parié dans un pub." Un parcours peu ordinaire pour un champion de 170 km, qui doit aujourd'hui défendre face à un champ qui s'est encore épaissi, avec notamment le retour du coureur qui a marqué la course comme aucun autre.

Jim Walmsley incarne la dynamique symétrique. Le Dauphiné Libéré rappelle qu'il avait accumulé quatre participations sans podium avant de s'imposer en 2023 : l'UTMB lui avait résisté, il avait fini par comprendre la course et la briser. Un deuxième titre lui permettrait de passer dans un registre plus rare encore, celui des coureurs qui font de Chamonix non pas un exploit ponctuel, mais une compétence installée dans la durée. Retrouver Walmsley dans cette catégorie, avec Jornet, serait un signal fort pour l'ensemble de la discipline.

La densité française : une génération tricolore compétitive au niveau mondial, pas seulement local

Chassagne, Detienne, Bouillard, Blanchard : L'Équipe recense quatre représentants francophones parmi les neuf noms cités. Ce n'est pas un effet de proximité géographique, la course part de Chamonix mais les dossards d'élite ne se distribuent pas à la frontière. C'est un signal sur l'état de la performance tricolore en trail : cette génération pèse au niveau mondial, sur les courses qui comptent.

Baptiste Chassagne, en particulier, a accumulé les références sur les épreuves de haute montagne. Quand il figure dans une liste de favoris aux côtés de Jornet et Walmsley, ce n'est pas de la figuration. C'est une candidature réelle. Et Caleb Olson complète, côté américain, un contingent nord-américain qui, avec Walmsley et l'éventuel Dhiman, pourrait aligner jusqu'à trois représentants dans le groupe de tête. Le trail des États-Unis ne débarque plus à Chamonix en découverte.


Ce plateau 2026 dit quelque chose de précis sur l'état du trail mondial : la discipline est désormais aussi structurée dans ses élites, aussi prévisible dans ses noms dominants, que les grandes épreuves du cyclisme ou de l'athlétisme sur route. Les mêmes coureurs se retrouvent d'une course à l'autre, d'une saison à l'autre. C'est la preuve que le niveau ne cesse de progresser. C'est aussi le signe d'une aristocratie qui se consolide autour d'un cercle restreint. L'UTMB a longtemps revendiqué d'être la course de tout le monde. Le 28 août à Chamonix, elle sera d'abord celle de neuf hommes dont les noms étaient connus six mois à l'avance. La vraie inconnue reste Ben Dhiman : pas à cause du conditionnel, mais parce que dans un champ aussi calibré, c'est presque toujours le coureur le moins attendu qui finit par tout renverser.

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