Sortie de rehab à 23 ans, Lizzy Jones a fait du 100 miles son art de vivre

Muraliste, BASE jumpeuse et ultratraileuse sans coach ni plan structuré, Lizzy Jones incarne une vision du trail que la culture ultra commence à peine à documenter. iRunFar lui consacre un portrait révélateur.
Son premier événement de course n'était pas un 10 km ou un semi-marathon d'initiation. C'était un 100 miles. Et elle venait de sortir de rehab.
Lizzy Jones a 23 ans quand elle croise l'ultratrail, poussée par son partenaire Zach Johnson, alors en préparation pour le Burning River 100 Mile. Zéro passé de coureuse, zéro progression par étapes. Son baptême du feu : le Scout Mountain 100 Mile 2022, bouclé fraîchement sevrée du tabac et sortie d'une cure de désintoxication. Aujourd'hui muraliste reconnue à Moab, Utah, BASE jumpeuse, organisatrice du Moab Run Club et étudiante en philosophie et religion, elle enchaîne les 100 miles sans coach ni plan d'entraînement, avec un seul repère : le plaisir. Son dernier chrono sur la distance, 16 h 29 au Jackpot 100 Mile, est un record personnel. C'est iRunFar qui lui consacre un portrait approfondi, signé Hannah Green, publié sur irunfar.com.
Un baptême à 160 km : quand l'entrée dans l'ultra brûle toutes les étapes
La plupart des coureurs qui basculent vers les longues distances procèdent par paliers. Un marathon d'abord, peut-être un 50 km, puis un 80 km, avant d'envisager les 160 kilomètres. C'est la progression tacite du milieu. Lizzy Jones n'en suit aucune.

Selon iRunFar, elle n'avait "jamais été coureuse" avant de rencontrer Zach Johnson. Elle lui annonce vouloir essayer. Il la convainc de viser directement le 100 miles. Le Scout Mountain 100 Mile 2022 devient son premier événement de course, et elle est "accrochée" dès la première tentative, selon ses propres mots rapportés par le média américain.
L'anecdote dit quelque chose de précis sur la nature de l'attrait exercé par l'ultra : ce n'est pas la performance qui accroche en premier, c'est la promesse d'un dépassement d'une autre nature. Jones est alors fraîchement sortie d'une cure de désintoxication, nouvellement sevrée du tabac. La course devient, comme elle le confie à iRunFar, "quelque chose sur quoi se concentrer", un levier pour "rester sobre et sans cigarettes". L'ultra comme ancrage. Pas comme projet athlétique.
Ouray 100 contre Jackpot 100 : la leçon du dénivelé
En 2024, Jones prend le départ de l'Ouray 100 Mile, dans le Colorado. La course affiche 48 000 pieds de dénivelé positif, soit environ 14 600 mètres. Pour situer l'ampleur : l'UTMB, référence mondiale du trail de montagne, cumule environ 10 000 mètres de D+. L'Ouray en accumule 46 % de plus, sur une distance comparable. Ce n'est pas une course de trail, c'est une accumulation d'ascensions alpines répétées en boucle, heure après heure.
À l'arrivée, elle se fait une promesse, qu'elle relate à iRunFar : se "récompenser" d'une course plus plate, plus rapide. Elle s'inscrit au Jackpot 100 Mile le lendemain même. Résultat : 16 h 29, record personnel sur la distance, soit environ 9 minutes 55 secondes par kilomètre de moyenne soutenu sur 160 km, de nuit comme de jour. Elle envisage désormais le Javelina 100 Mile pour la suite.
Ce grand écart entre les deux courses illustre une réalité mal connue hors des États-Unis. Le format "100 miles" américain n'est pas un standard unifié. C'est un spectre : d'un côté des épreuves verticales où la moyenne horaire se rapproche de celle d'une randonnée alpine engagée, de l'autre des formats quasi-plats où le chrono redevient un indicateur lisible. Deux disciplines sous la même étiquette. Pour un coureur français habitué aux références de l'UTMB ou de la Diagonale des Fous, comprendre ce spectre est essentiel pour saisir pourquoi les temps sur 100 miles ne se comparent pas d'une course à l'autre.
Sans coach, sans plan : l'amateurisme comme prise de position assumée
Ce qui distingue Lizzy Jones dans la culture ultra, ce n'est pas uniquement son parcours personnel. C'est sa méthode, ou plutôt son refus affiché de toute méthode. Elle le dit clairement à iRunFar : "Je n'ai jamais utilisé un coach ni un plan d'entraînement structuré. Je suis assez fantaisiste et spontanée dans mes entraînements. J'essaie toujours de m'amuser."

Ce rapport à la pratique tranche avec la logique de productivité qui colonise le trail. Plans périodisés, analyse de VMA, charges hebdomadaires mesurées, applications de suivi physiologique : tout cela s'est banalisé, y compris chez des coureurs qui ne visent pas le podium. Jones refuse l'ensemble de cet arsenal, et boucle quand même des Ouray 100 et des Jackpot 100 sous 17 heures.
Le parallèle avec sa pratique artistique est direct, et elle le revendique. "Ma personnalité d'artiste est évidente dans la façon dont je m'entraîne", dit-elle à iRunFar. Sa formation en philosophie et en religion nourrit les deux pratiques : ses longues sorties solitaires dans le désert sont l'espace où elle "considère sa spiritualité et ses philosophies", et son art cherche, selon ses propres mots au média américain, à "capturer visuellement la nature interconnectée de l'univers". Depuis le collège, elle travaille à l'acrylique, son "amour monogame". Pas d'exploration tous azimuts, mais une maîtrise progressive d'un seul médium, du petit format à la grande fresque. Sa dernière installation : les murs de la Moab Free Health Clinic.
Moab, nexus : entre grès rouge, BASE jump et culture du trail
Lizzy Jones n'a pas choisi Moab pour ses sentiers. Elle y arrive pour le BASE jump. La ville de l'Utah est, selon ses propres mots rapportés par iRunFar, "la mecque américaine du BASE". Les tours de grès y sont accessibles légalement depuis les abords immédiats de la ville. Cette liberté géographique rare est ce qui l'y attire initialement.
L'ultratrail prend ensuite le relais. Les montagnes La Sal, à vingt minutes de chez elle, offrent un terrain de montagne praticable toute l'année. Et une communauté locale s'est construite, dont Jones est devenue un rouage central : elle organise le Moab Run Club et anime des sorties trail le samedi matin. C'est elle qui crée les visuels de la Moab 240 Mile et du Moab Trail Running Film Festival. Son tableau mis en jeu par tirage au sort lors du festival a été remporté par Eszter Horanyi, rédactrice en chef d'iRunFar, comme le rapporte le média américain.
Moab n'est pas une ville de trail par accident. Des événements, des artistes, des athlètes et des organisateurs de communauté y coexistent depuis une décennie. Lizzy Jones fait le lien entre toutes ces couches : la trace visible sur les murs, la présence qui mobilise la communauté chaque samedi matin, et le visage humain derrière les affiches des courses.
Ce que Lizzy Jones révèle de l'ultra qu'on évite de dire
Notre lecture : le portrait publié par iRunFar est précieux précisément parce qu'il documente un profil que la presse spécialisée effleure trop rarement. Lizzy Jones n'est pas une élite au sens chronométrique. Elle n'apporte aucune innovation d'entraînement. Mais elle dit quelque chose de juste sur ce que peut être l'ultra quand on arrête de l'aligner sur des métriques de performance.
Le trail a longtemps produit un imaginaire d'aventuriers disciplinés et optimisés. Il construit aujourd'hui quelque chose de plus composite : une pratique comme outil de reconstruction personnelle, comme langage visuel, comme liant communautaire. Jones n'est pas une exception exotique dans la culture ultra américaine. Elle en est un symptôme sain : celui d'un sport qui s'élargit enfin bien au-delà de ses propres clichés fondateurs.
Sur l'innovation sportive : 2/5. Sur la puissance symbolique du récit : 5/5. Le trail a besoin des deux.
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