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Lizzy Jones : l'artiste qui court 100 miles et peint les murs de Moab

Par Marc Blanc·12 mai 2026·5 min de lecture
Lizzy Jones : l'artiste qui court 100 miles et peint les murs de Moab

Muraliste, ultra-traileuse et BASE jumpeuse : le portrait de Lizzy Jones, publié par iRunFar, révèle bien plus qu'un profil atypique. C'est un document sur ce que l'ultra-endurance peut produire comme trajectoire de vie.

Le trail running adore ses profils atypiques, mais les range vite dans la case "inspiration humaine". Le portrait de Lizzy Jones, publié par iRunFar, mérite mieux que ça. C'est un document sur ce que la pratique ultra peut produire comme trajectoire de vie, quand elle s'articule à un lieu précis, à un art et à une reconstruction personnelle.

Artiste muraliste, ultra-traileuse, BASE jumpeuse et étudiante en religion et philosophie, Lizzy Jones vit et court à Moab, Utah. Dans un portrait signé Hannah Green et publié par iRunFar, elle retrace une entrée dans l'ultra-trail aussi abrupte qu'improbable : premier 100 miles (160 km) en 2022, au Scout Mountain, alors qu'elle sortait tout juste de réhabilitation. Depuis, elle a avalé l'Ouray 100 Mile et ses 48 000 pieds de dénivelé positif (environ 14 630 mètres), décroché un record personnel à 16 h 29 au Jackpot 100 Mile, et imposé sa signature visuelle à deux rendez-vous majeurs du trail américain : le Moab 240 Mile et le Moab Trail Running Film Festival.

Moab, laboratoire vivant du trail comme mode de vie

Moab n'est pas qu'un décor de western. Selon iRunFar, Lizzy Jones y a déménagé initialement pour le BASE jump : la région y est présentée comme la mecque américaine de la discipline, avec des sauts légaux praticables quotidiennement depuis sa porte. Le trail a suivi. Les montagnes de La Sal, à vingt minutes en voiture, offrent un terrain d'entraînement exceptionnel toute l'année.

Female muralist painting large vibrant desert landscape mural on exterior brick wall of a free health clinic in Moab Uta

Ce n'est pas un hasard si c'est là qu'elle organise le Moab Run Club, animant des sorties communautaires chaque samedi matin. Ni si ses fresques y trouvent leur meilleur ancrage : la plus récente, une grande scène de désert vivante et colorée, couvre les murs de la Moab Free Health Clinic.

Moab fabrique des pratiquants qui vivent leur sport dans chaque dimension de leur quotidien. Jones en est l'exemple le plus articulé.

De la réhabilitation aux 100 miles : une trajectoire que le trail devrait raconter plus

Dans l'article d'iRunFar, un fait ressort sans être surexploité : quand Lizzy Jones commence à courir, à 23 ans, elle sort de réhabilitation. Elle vient d'arrêter la cigarette. Elle est fraîchement sobre. C'est alors que son compagnon Zach Johnson, en préparation pour le Burning River 100 Mile, lui suggère de tenter directement la distance reine.

Sa première course ultra est le Scout Mountain 100 Mile, en 2022. Pas un 50 km d'initiation. Directement les 100 miles.

Elle le dit sans détour à iRunFar : la course lui a fourni un axe, un ancrage pour rester sobre et décrocher définitivement du tabac. Le trail comme boussole, pas comme hobby de week-end. Cette dimension thérapeutique de l'ultra-endurance est documentée, mais reste peu mise en avant par la presse spécialisée francophone. Jones y met un visage concret.

48 000 pieds à l'Ouray, 16 h 29 au plat : deux façons d'apprendre à se connaître

L'Ouray 100 Mile est une machine à souffrance verticale. Selon iRunFar, la course accumule 48 000 pieds de dénivelé positif, soit environ 14 630 mètres. Pour situer l'échelle : l'UTMB tourne autour de 10 000 mètres de D+, déjà considéré comme un défi extrême. L'Ouray représente près d'une fois et demie l'UTMB en dénivelé, sur un format comparable en distance. Ce n'est pas une course, c'est une ascension quasi perpétuelle.

À l'arrivée de l'Ouray, Jones s'est fait une promesse : une course plate. Le lendemain, elle s'inscrivait au Jackpot 100 Mile. Résultat : 16 heures et 29 minutes, son meilleur temps personnel sur la distance.

Lone female trail runner ascending narrow red rock single track in Moab Utah desert canyons, La Sal Mountains snow-cappe

L'alternance entre les extrêmes de dénivelé et les formats roulants est une stratégie connue des athlètes américains d'ultra-endurance. Ce que le cas Jones illustre, c'est sa forme personnelle : forger l'endurance musculaire dans le relief violent du Colorado, puis la convertir en régularité de rythme sur terrain plat. Elle vise désormais le Javelina 100 Mile, boucle arizonienne au profil bien plus accessible. La progression par le contraste.

Récompenses artistiques et fresques : l'art entre dans l'économie de l'expérience ultra

Ce que fait Lizzy Jones pour les courses n'est pas anecdotique. Selon iRunFar, elle a conçu les impressions et peintures remises aux finishers du Moab 240 Mile, et créera celles du Moab Running Up for Air. Au Moab Trail Running Film Festival, une toile mise aux enchères a été remportée par Eszter Horanyi, rédactrice en cheffe d'iRunFar.

C'est une tendance de fond dans l'ultra-trail américain : les organisateurs cherchent à distinguer leur récompense finisher. La médaille produite en série ne suffit plus. On veut quelque chose de singulier, ancré dans la culture locale, qui transmette autre chose qu'un temps officiel.

Pour une artiste dont la pratique tourne autour de la spiritualité et de "la nature interconnectée de l'univers" (ses termes, rapportés par iRunFar), l'ultra-trail est un terrain naturel. Ces courses parlent toutes de transformation, d'épreuve, de paysage. C'est exactement ce qu'elle peint.

Aucun plan, aucun coach : l'intuition comme méthode de performance assumée

Lizzy Jones ne suit aucun plan d'entraînement structuré. Pas de coach, pas de programme hebdomadaire. Elle le revendique dans l'entretien publié par iRunFar : sa personnalité d'artiste transparaît dans son rapport à la préparation, spontané et guidé avant tout par la joie, pas par la contrainte.

Dans une époque où chaque sortie se note dans des applications et où les zones de fréquence cardiaque régissent les volumes, ce positionnement tranche. Et ses résultats (16 h 29 sur 100 miles, soit l'équivalent de presque quatre marathons enchaînés) invitent à ne pas le balayer d'un revers de main.

Attention sur la généralisation, cependant. Ce n'est pas une démonstration que l'absence de structure est une méthode universelle. C'est la démonstration qu'elle fonctionne pour des athlètes dont la motivation est profondément intrinsèque. Pour Jones, la joie est la priorité absolue. Sur 160 km, c'est un carburant dont la durée n'est pas négligeable.

Ce que ce portrait dit du trail que la presse francophone hésite encore à nommer

Notre lecture est tranchée. Le portrait de Lizzy Jones, tel que iRunFar l'a documenté, pointe vers un angle que le trail français ose encore peu assumer franchement : l'ultra-endurance comme espace de reconstruction pour des profils en rupture, pas seulement comme défi pour des amateurs audacieux.

Ce n'est pas du romantisme sportif. C'est une observation appuyée sur une trajectoire réelle, nommée, chiffrée. Et la double casquette de Jones (athlète et artiste au service des courses) dessine quelque chose sur ce que sera le trail dans dix ans. Les organisateurs qui intègrent l'art à l'expérience de leurs événements, des œuvres remises aux finishers aux fresques urbaines, construisent une communauté plutôt qu'un simple calendrier de résultats. C'est un modèle qui mérite d'être observé de près, y compris par les courses françaises.

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