Kamnik 2026 : 36 Italiens aux Européens off-road, entre domination classique et pari trail

L'Italie officialise 36 sélectionnés pour les Championnats d'Europe off-road à Kamnik (5-7 juin). Un collectif solide en montagne classique, une vraie question sur le trail.
Trente-six athlètes, dix titres individuels, trois disciplines qui ne fonctionnent pas selon les mêmes lois physiques. Quand l'Italie publie sa sélection pour Kamnik, elle ne joue pas la prudence.
Du 5 au 7 juin 2026, la ville slovène de Kamnik, dans les Alpes de la Kamnik-Savinja, accueille les Championnats d'Europe off-road, rassemblement continental de la course en montagne et du trail. Selon corsainmontagna.it, la Fédération italienne d'athlétisme a officialisé 36 sélectionnés, parité parfaite entre hommes et femmes, pour les épreuves de montagne classique (montée-descente), vertical uphill (montée seule) et trail, déclinées aux niveaux senior et U20. Vingt titres sont en jeu: dix individuels, dix par équipes. La sélection repose sur un noyau dur d'expérience, Cesare Maestri en tête avec un titre de champion d'Europe déjà inscrit à son palmarès, les champions nationaux en titre Isacco Costa (montagne classique) et Andrea Elia (vertical uphill), et la médaillée mondiale de trail Fabiola Conti, bronze l'an passé. En arrière-plan: l'incertitude sur le retour de Francesca Ghelfi, dont la remise en forme après blessure n'est pas encore confirmée selon corsainmontagna.it.
Trente-six athlètes, mais trois clubs qui structurent toute la délégation
La Recastello, club bergamasque basé à Vertova, aligne cinq athlètes seniors à elle seule: Isacco Costa et Lorenzo Beltrami côté hommes, Vivien Bonzi, Benedetta Broggi et Martina Falchetti côté femmes. Sport Project VCO (Piémont, province du Verbano-Cusio-Ossola) et US Malonno (province de Brescia) complètent un triptyque qui quadrille régulièrement les podiums continentaux de course en montagne. Cette concentration géographique reflète des décennies d'investissement dans les Alpes du nord: structures d'entraînement abouties, cadres expérimentés, culture du résultat collectif.

C'est une force et une limite à surveiller simultanément. Ce vivier ultra-localisé entre Lombardie, Piémont et Haut-Adige excelle sur les disciplines classiques. Mais à mesure que le format "off-road" intègre le trail comme épreuve à part entière, la question se pose: l'Italie développe-t-elle son réservoir de coureurs suffisamment au-delà de ses vallées alpines traditionnelles pour ne pas dépendre d'une poignée de clubs proches les uns des autres? L'histoire récente de nations comme la France ou l'Espagne montre que la profondeur trail se construit sur une géographie plus large que la seule ceinture alpine.
Maestri en double, Costa et Elia en soutien: la montagne, territoire de certitudes
Cesare Maestri (Atletica Valli Bergamasche Leffe) est sélectionné sur les deux épreuves de montagne, classique et vertical uphill. Corsainmontagna.it le présente comme "déjà or européen en carrière". Sa double sélection n'est pas honorifique: un athlète avec cette mémoire compétitive au niveau continental pèse sur les classements par équipes autant que sur les titres individuels. Dans un format où les points collectifs sont aussi nombreux que les podiums individuels, l'expérience de compétition continentale est un actif concret.
Isacco Costa et Andrea Elia, tous deux issus de La Recastello, portent les titres nationaux en cours et incarnent la génération intermédiaire entre Maestri et les U20. Henri Aymonod (US Malonno) complète un quatuor de vertical uphill cohérent. C'est le segment où l'Italie arrive avec le plus de profondeur, le plus de références et les meilleures probabilités de titres à Kamnik. Si un podium est attendu quelque part, c'est ici.
Arnoldo, la carte cross, et Ghelfi sous réserve
Côté féminin, la pièce la plus intrigante est Lucia Arnoldo (A. Atl. Dolomiti Belluno). Corsainmontagna.it la présente comme or mondial universitaire de cross-country à Cassino, engagée sur la montagne classique. Un profil cross transposé sur terrain montagnard: la capacité aérobie et l'économie de course peuvent se convertir, mais la descente technique reste un facteur discriminant qu'aucun cross ne prépare vraiment. Sa performance à Kamnik dira quelque chose sur la capacité de la fédération à élargir ses viviers au-delà des montagnardes pures.

Francesca Ghelfi (Podistica Valle Varaita), co-lauréate du titre mondial par équipes "only up" la saison dernière avec Broggi, Falchetti et Bonzi, figure dans la liste avec une réserve explicite de corsainmontagna.it: "da verificare il suo completo recupero da un infortunio", soit son rétablissement complet à confirmer. Pour le vertical uphill féminin, où l'Italie est habituellement redoutable en profondeur, cette incertitude modifie le calcul collectif de façon sensible.
Trail: Conti comme garantie, Pattis à confirmer sur scène européenne
Le trail est la discipline la plus ouverte du programme de Kamnik. Fabiola Conti (Team Mud & Snow ASD) est la tête de liste incontestable: selon corsainmontagna.it, elle a décroché le bronze mondial de trail l'an dernier, ce qui en fait une valeur sûre au niveau continental. Daniel Pattis (ASV LC Bozen Raiffeisen), champion d'Italie en titre d'après la même source, sera le repère masculin principal.
Autour de ces deux têtes d'affiche, le reste des formations trail est moins documenté à l'échelle européenne. Cristian Minoggio, Lorenzo Beltrami et Gianluca Ghiano côté hommes; Camilla Magliano, Caterina Stenta et Alice Testini côté femmes. Des profils qui arrivent face à des nations, France, Espagne, Scandinavie, qui ont construit des spécialistes trail sur des formats continentaux précisément calibrés. La frontière entre trail et montagne classique est réelle sur le plan physiologique: le trail valorise l'endurance prolongée sur dénivelé accumulé, là où le vertical uphill mobilise une explosivité de 8 à 15 minutes. Conti est dans son territoire. La profondeur derrière elle, c'est la vraie inconnue de cette délégation.
U20: Ghisalberti, Ferrari, Bagnus et l'absence du trail junior
Le programme U20 couvre montagne classique et vertical uphill, mais pas le trail, une limite réglementaire qui signale implicitement le niveau d'exigence physique attribué à cette discipline. Selon la liste publiée par corsainmontagna.it, Martina Ghisalberti (Atl. Valle Brembana), Licia Ferrari (SA Valchiese) et Matteo Bagnus (Podistica Valle Varaita) s'engagent sur les deux épreuves disponibles. Bagnus est le seul U20 masculin à cumuler les deux formats, ce qui lui confère un rôle tactique particulier dans les classements par équipes juniors.
Valle Brembana, Valchiese, Valle Varaita: encore des Alpes du nord, encore la même cartographie que chez les seniors. La relève reproduit la géographie du système. Ce n'est pas un défaut en soi; c'est une continuité à observer à mesure que le projet "off-road" s'élargit vers des disciplines qui recrutent sur des profils différents.
La sélection italienne, telle que documentée par corsainmontagna.it, est architecturée avec cohérence: expérience en têtes d'affiche (Maestri, Conti), champions nationaux en soutien (Costa, Elia, Pattis), jeunes à tester en catégorie U20. Sur la montagne classique et le vertical uphill, l'Italie arrive avec les profils et la profondeur pour viser des titres. Ce n'est pas le sujet.
Notre lecture: le point de résistance sera le trail, particulièrement côté masculin. Conti est une garantie établie, Pattis un inconnu à l'échelle continentale. Si le bilan du 7 juin se résume à des médailles en montagne classique et une performance isolée de Conti en trail, la fédération italienne devra se demander si son modèle de développement, excellent mais géographiquement concentré, suffit pour prétendre à la domination sur l'ensemble du programme "off-road". L'étiquette continentale est large. Le vivier, pour l'instant, ne l'est pas encore autant. Kamnik sera un révélateur utile.
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