Jim Walmsley et Western States : 3 victoires, 2 records et une décennie d'obsession

Recordman d'une course mythique de 160 km, multiple vainqueur d'Auburn, candidat au double Western States-UTMB : Jim Walmsley a redéfini ce que signifie dominer le trail américain. Retour sur l'anatomie d'une carrière construite sur l'échec.
Il y a des parcours qui révèlent les coureurs et d'autres qui les construisent. Western States 100 appartient à la deuxième catégorie, et la trajectoire de Jim Walmsley sur ses pentes californiennes en est la preuve la plus brutale : une 20e place en 2016, deux records du cours établis en 2018 et 2019, puis un retour victorieux en 2024 après trois ans d'absence.
Entre ces jalons, une décennie de travail, de blessures surmontées et de tactique affinée. Dans une série d'entretiens accordés à iRunFar — la publication de référence du circuit ultra-endurance américain — Walmsley a livré, au fil des années, une cartographie précise de sa méthode. Il est aujourd'hui l'homme dont les records sur les 160 kilomètres d'Auburn résistent encore à toute la concurrence mondiale, celui qui a formulé puis tenté le double Western States-UTMB en une seule saison, et probablement le coureur qui a le plus profondément transformé l'approche de la préparation d'un 100 miles.
La 20e place de 2016 : un désastre fondateur
Walmsley n'a pas cherché à effacer son premier Western States raté. Il s'en est nourri. Avant l'édition 2021, dans un entretien publié par iRunFar, il confiait : "I feel like I took so much away from that kind of failure at Western States." Une 20e place, puis de nouvelles difficultés l'année suivante : deux saisons d'apprentissage brutal sur un même parcours. La lecture courante aurait été de conclure à une incompatibilité. La sienne fut inverse.

Ce qui frappe dans cette posture, c'est sa clarté stratégique. Western States n'est pas une course que l'on improvise. Cent miles dans les contreforts des Sierras californiens, sous une chaleur de canyon qui peut dépasser 40 degrés Celsius en juin : le parcours punit précisément les coureurs qui sous-estiment sa complexité thermique. Walmsley a payé la note, pris des notes, recommencé autrement.
Les records 2018 et 2019 : l'ingénierie avant tout
Les deux records du cours établis en 2018 et 2019, que rappelle iRunFar dans la présentation de l'entretien pré-2021, ne sont pas le produit d'une supériorité physique innée. Ils sont la conséquence d'une mise en système complète : entraînement périodisé, gestion nutritionnelle rigoureuse, connaissance intime du tracé kilomètre par kilomètre. Walmsley a été parmi les premiers coureurs de trail à traiter une épreuve de 100 miles comme un projet d'ingénierie de la performance, et non comme un test d'endurance brute.
Le fait qu'aucun concurrent n'ait amélioré ces chronos depuis lors dit quelque chose sur la qualité de l'exécution. Ce n'est pas de la chance, c'est une méthode. Et c'est cette méthode qui, en creux, force la même transformation chez tous les prétendants sérieux au podium d'Auburn.
La gestion thermique : l'arme invisible des victoires
L'entretien accordé à iRunFar après la victoire de 2024 est le plus instructif sur le plan tactique. Walmsley y décrit ce qu'il appelle le "yo-yo effect" : des écarts de gestion de la chaleur entre coureurs qui produisent des inversions de classement spectaculaires dans la seconde moitié de la course. "There's enough difference in strategies with this temperature management that creates a lot of that yo-yo effect", explique-t-il dans cet entretien publié par iRunFar.

Sa doctrine personnelle est restée constante malgré les années : tenir son plan de gestion physiologique même quand cela lui coûte du temps à court terme. "I stuck to my plans and took care of me and what I needed to do and sometimes that cost me time, just thinking that it would keep me fresher." La régularité métabolique prime sur l'audace tactique. Ce principe, appliqué sans fléchir sous 40 degrés, est peut-être sa vraie marque de fabrique.
Le retour de 2024 : une vision affinée par l'absence
Selon iRunFar dans l'entretien pré-2024, Walmsley rentrait à Western States après une absence de trois ans, fort d'une victoire à l'UTMB l'année précédente. Son retour ne procédait d'aucune nostalgie. Il s'inscrivait dans un projet formulé bien plus tôt : réaliser le double Western States-UTMB en une même saison, ambition qu'il avait clairement articulée après sa victoire de 2019 dans un entretien publié par iRunFar. Il décrivait alors les deux courses comme "the best of the best in one world of running" chacune, des sommets suffisamment distincts pour que les conquérir ensemble constitue une signature de carrière unique.
L'absence avait aussi une valeur tactique. Il revenait sur un terrain familier avec un regard renouvelé, et une lucidité précieuse sur l'évolution du niveau collectif. Dans son entretien post-victoire 2024 pour iRunFar, il observait : "There's more and more people taking it as serious as I was taking it." L'avantage structurel qu'il avait bâti par une professionnalisation précoce s'était diffusé dans le peloton. "Now you see people coming in with different strategies that are faster, essentially." Il a quand même gagné.
Ce que la trajectoire Walmsley dit de l'ultra moderne
La carrière de Walmsley à Western States n'est pas un récit de talent inné. C'est une démonstration de méthode, de longévité et d'exploitation systématique des épreuves traversées. Blessé à la bandelette ilio-tibiale au printemps 2021, une blessure dont iRunFar notait qu'elle avait profondément modifié sa préparation, il y voyait malgré tout "a blessing in disguise". Ce rapport à la contrainte dit beaucoup sur la façon dont les meilleurs coureurs de trail pensent leur développement sur le temps long.
Dans un ultra running qui se professionnalise à vitesse accélérée, il représente moins un modèle à imiter qu'un avertissement : la longévité au sommet se construit dans les erreurs et dans leur exploitation, jamais malgré elles. Ses records d'Auburn tiennent toujours. Ce n'est pas un hasard, c'est un programme.
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