Elazzaoui à Zegama, Bonnet aux Mondiaux : 2025, l'année du renouveau en sky-racing

En 2025, Zegama a sacré de nouveaux champions pour la première fois depuis des années, pendant que Rémi Bonnet infligeait 46 secondes d'avance au favori aux Championnats du Monde Uphill. Le sky-racing s'écrit désormais sans Jornet au sommet, et c'est vertigineux.
En 2024, Kilian Jornet signait un 11e titre à Zegama, au terme d'un règne que l'on pensait sans fond. En 2025, deux noms absents du palmarès historique prenaient la tête du Marathon Alpin basque. Quelques semaines plus tard, Rémi Bonnet écrasait les meilleurs grimpeurs du monde aux Championnats du Monde Uphill avec une avance qui sidérait les favoris kenyans. La hiérarchie du sky-racing s'est réécrite en une saison.
Selon iRunFar, l'édition 2025 du Zegama-Aizkorri Marathon a consacré Elhousine Elazzaoui chez les hommes et Sara Alonso chez les femmes sur un tracé de 42 kilomètres pour 2 700 mètres de dénivelé positif à travers le Pays Basque espagnol, franchissant quatre des plus hauts sommets de la région. Toujours selon iRunFar, les Championnats du Monde de Course en Montagne Uphill 2025 ont couronné le Suisse Rémi Bonnet et Nina Engelhard dans une démonstration qui n'a laissé aucune place au doute. Deux formats, deux registres, une seule tendance : le mountain running de haute intensité dessine une nouvelle génération de champions.
Onze titres, puis un nouveau nom : Zegama ouvre enfin sa succession
Kilian Jornet a remporté onze fois le Zegama-Aizkorri, comme l'a documenté iRunFar lors de l'édition 2024. Onze victoires sur un seul et même tracé, c'est davantage qu'une collection de titres : c'est une appropriation. La course franchit quatre des plus hauts sommets du Pays Basque sur un terrain perpétuellement humide et boueux, avec l'Aitxuri comme point culminant au 23e kilomètre. Elle a été résumée depuis des années par une formule lapidaire que rapporte iRunFar : "Zegama is Zegama." Ce n'est pas un parcours qui pardonne les demi-mesures, et c'est précisément ce qui rendait le règne de Jornet aussi difficile à imaginer finir.

En 2025, Elhousine Elazzaoui a inscrit son nom au palmarès masculin. Le résultat acte une rupture réelle dans une continuité longtemps verrouillée. Sans préjuger de ce que Jornet peut encore produire en 2026, la seule existence d'une victoire qui ne lui appartient pas est, pour ce sport, un fait structurel.
Alonso, cinq minutes d'avance : victoire par construction, pas par défaut
La course féminine de 2025 n'a pas eu besoin d'un vide au sommet pour raconter son histoire. Sara Alonso a simplement été hors de portée. Selon iRunFar, à 28,5 kilomètres de course, elle affichait déjà plus de cinq minutes d'avance sur ses poursuivantes, avec encore une montée et la descente finale à parcourir.
Derrière elle, la lutte pour le podium se jouait dans un mouchoir de poche. Wyder, Osa, Leboeuf et Lara Feliu se tenaient en moins d'une minute entre la deuxième et la cinquième place à l'approche des derniers kilomètres, d'après iRunFar. Malen Osa, locale du Pays Basque et quatrième de la Golden Trail World Series 2023 selon iRunFar, avait progressé spectaculairement en seconde moitié de course : sixième au passage de Sancti Spiritu à 20 kilomètres, elle grimpait jusqu'à l'Aitxuri pour se retrouver à 26 kilomètres dans la roue de Wyder, disputant la troisième place.
Cinq minutes d'écart à ce stade sur un 42 km montagneux, c'est l'équivalent d'une victoire à Zegama qui se referme avant le dernier tiers de course. C'est la signature d'une journée tactiquement construite et exécutée sans faille.
Bonnet aux Mondiaux Uphill : 46 secondes d'avance sur le favori, la course pliée à mi-montée
Le format uphill impose sa propre règle : pas de descente pour récupérer, pas de gestion possible par phases. Selon iRunFar, la course des Championnats du Monde Uphill 2025 démarrait par 600 mètres de sprint plat sur route avant que le sentier ne se rétrécisse et que la véritable ascension commence. Rémi Bonnet a pris la tête avec Allen et Richard Omaya Atuya (Kenya) dès les premières foulées, tandis que Kipngeno, désigné favori avant le départ, adoptait une stratégie plus conservative en milieu de peloton.

Au premier point de chronométrage à 3,6 kilomètres, Bonnet accusait déjà 37 secondes d'avance sur Atuya et 46 secondes sur Kipngeno, toujours selon iRunFar. Allen était quatrième à ce stade, à près d'une minute du leader. Eliud Cherop (Ouganda) complétait le top cinq. Prendre la tête aussi tôt en montée sèche et maintenir un tel écart signifie une seule chose : la tactique ne compte plus, seule la puissance reste.
La domination de Bonnet sur un plateau qui comptait les meilleurs spécialistes africains du genre n'est pas un accident de course. C'est l'expression d'un profil d'athlète calibré pour la montée pure, dans un format où chaque seconde perdue est définitive.
Skyrunner, Golden Trail, Mondiaux : trois circuits qui se disputent un vivier trop étroit
La profondeur historique de Zegama aide à mesurer le chemin parcouru. En 2012, selon Trail Runner Mag, Kilian Jornet y courait en 3h56:06, soit 22 minutes plus vite que le vainqueur de l'édition précédente. Le record du parcours avait été établi par Robb Jebb en 2005, et Jornet le manquait de moins de deux minutes cette année-là. Derrière lui, selon Trail Runner Mag, l'Espagnol Luis Hernando terminait second en 4h00:42 et l'Écossais Tom Owens franchissait la ligne en 4h06:05. Ces mêmes noms se retrouvaient d'une course à l'autre au fil de la Skyrunner World Series de l'International Skyrunning Federation, construisant une dramaturgie de saison lisible pour le spectateur engagé.
Aujourd'hui, la Golden Trail World Series, les Championnats du Monde World Athletics et le circuit Skyrunner original se partagent un vivier limité d'athlètes de haut niveau. Cette fragmentation produit des spécialistes. Bonnet grimpe en montée sèche avec une précision mécanique que les marathoniens alpins ne peuvent pas reproduire sur ce format. Alonso et Elazzaoui maîtrisent la lecture d'un terrain mixte technique sur trois à quatre heures d'effort. Les profils convergent rarement. Jornet a longtemps navigué dans les deux registres à un niveau d'exception, mais son cas est précisément exceptionnel. À mesure que les calendriers s'alourdissent et que les priorités de partenariat s'imposent, la spécialisation gagne du terrain. Ce n'est pas une dégradation du sport : c'est sa maturité.
Le sky-racing a ses champions, il lui manque encore sa scène
Ce que la saison 2025 révèle tient en peu de mots : le niveau du mountain running international est indiscutable, mais sa lisibilité reste limitée. Bonnet écrase des favoris africains avec 46 secondes d'avance à mi-montée, Alonso creuse cinq minutes en 28 kilomètres de montagne basque. Ces gestes méritent d'être racontés comme des faits majeurs, pas comme des actualités de niche.
Le problème n'est pas le niveau. Il est dans la fragmentation des circuits, chacun avec ses règles, ses partenaires, sa visibilité partielle. La vraie question pour 2026 n'est pas de savoir qui gagnera Zegama : c'est de savoir si le sky-racing a la volonté de se bâtir une narration cohérente, à la hauteur des athlètes qui le portent. Sans ça, les performances resteront éclatantes et invisibles en dehors de la communauté qui les suit déjà. Un sport capable de produire un Bonnet et une Alonso mérite mieux qu'un calendrier illisible.
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