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Sinclair pulvérise le record de Transvulcania un an après son abandon sur hypothermie

Par Marc Blanc·10 mai 2026·5 min de lecture
Sinclair pulvérise le record de Transvulcania un an après son abandon sur hypothermie

Un an après avoir frôlé l'hypothermie sous une tempête sur La Palma, David Sinclair remporte Transvulcania 2026 en record du parcours. L'Américain révèle à iRunFar comment un pari total sur 2 400 m de descente volcanique a tout décidé.

Un abandon sur hypothermie en 2025. Un hiver de blessures et de doutes. Et puis un record du parcours en 2026. David Sinclair n'a pas seulement gagné la Transvulcania : il a réécrit sa propre histoire sur les flancs d'un volcan.

Selon iRunFar, l'Américain David Sinclair s'est imposé à la Transvulcania Ultramarathon 2026 sur l'île de La Palma (Canaries) en établissant un nouveau record du parcours. Douze mois après un abandon contraint lors d'une tempête qui l'avait amené au bord de l'hypothermie, Sinclair est revenu avec dix jours de repérage intensif, une stratégie de course millimétrée et un pari de descente en tout-ou-rien qui lui a permis d'ouvrir sept minutes d'avance sur Petter Engdahl avant la montée finale vers Los Llanos. Derrière lui, un plateau solide : Engdahl, Nadir Maguet, Ben Dhiman, Damien Humbert. En filigrane de cette victoire, une préparation entièrement construite autour d'un seul objectif à long terme : Western States 100.

Revenir pour gagner : un DNF converti en plan d'action

L'année dernière, une tempête avait transformé le Cumbre Vieja en piège glacial. Sinclair avait abandonné, frôlant l'hypothermie. "It was my first ever DNF. I was like, 'I'm going to hurt myself and have a medical condition'", a-t-il déclaré à Meghan Hicks d'iRunFar. Sa décision de se retirer relevait du réalisme médical, pas de la capitulation.

Trail runner at full sprint descending steep loose volcanic black gravel slope on La Palma Canary Islands, low upward an

Ce qui distingue les meilleurs ultra-traileurs, c'est ce qui vient juste après ce moment. "Right after DNFing, I was like, 'I'm coming back next year'", raconte Sinclair. Pas de blessure d'ego, pas de fuite. Un constat factuel et une résolution immédiate.

Cette fois, il est arrivé dix jours avant le départ et a réalisé quatre sorties de repérage sur les sections-clés. L'hiver avait pourtant été compliqué : blessures aux genoux, entraînement interrompu, aucune séance d'intervalles dans les jambes. "I was not sure I was fit yet", admet-il à iRunFar. Un Canyons 25k disputé deux semaines plus tôt, sans affûtage, lui avait redonné confiance. Le reste, c'est la course qui l'a décidé.

Gravier volcanique humidifié : pourquoi ce record ne ressemble pas aux autres

La Transvulcania est redoutée pour ses montées sur gravier volcanique meuble. Terrain traître : "the harder you push, the more you sink in it", résume Sinclair à iRunFar. Un sol qui punit les appuis, transforme chaque pente en surcoût énergétique et ralentit mécaniquement les plus agressifs.

Les pluies des jours précédant la course ont changé l'équation. L'humidité a lié les particules volcaniques, créant une surface ferme et homogène. "It was perfect, just enough moisture to hold it together. It didn't crumble underfoot", raconte l'Américain. Il estime lui-même que cette variable "could be half of why the times were so fast."

Ce détail analytique mérite toute l'attention. En trail, la météo est généralement traitée comme un facteur de risque : chaleur, orage, terrain glissant. Rarement comme une opportunité de performance structurelle. La fenêtre "gravier compacté" sur La Palma est courte, imprévisible et transforme fondamentalement le profil énergétique du parcours. Ce record de 2026 est inscrit dans un contexte météorologique très particulier, qu'il faudra systématiquement préciser pour toute comparaison future.

La rupture d'Engdahl et le choix qui change tout

La course se résume à un duel. Sinclair avait mené dans un groupe comprenant Petter Engdahl, Nadir Maguet et Ben Dhiman, tandis que Damien Humbert assurait l'avant-garde sur la première partie. Près du Pico de la Cruz, au point haut du parcours, Engdahl a contre-attaqué.

"He came by me, and that was the low point for the race", confie Sinclair à iRunFar. Engdahl poussait sur les montées raides, ouvrant cinq secondes au sommet. Sinclair, lui, ressentait l'altitude et accusait de légères difficultés gastriques. C'est précisément ce type d'instant qui sépare les courses : subir la situation ou la retourner.

Sinclair a choisi l'attaque, mais pas là où Engdahl était supérieur. Il a attendu ce que la Transvulcania a de plus brutal et de plus singulier : une descente d'environ 2 400 mètres de dénivelé négatif, concentrée sur les derniers kilomètres vers Tazacorte. Pour se représenter l'effort, c'est l'équivalent de sept fois la hauteur de la Tour Eiffel absorbée par les quadriceps, d'une seule traite, sur roches volcaniques noires.

Le pari de la descente : tout miser sur les quadriceps pour trancher un duel

"I'm just going to take some risk and really go for it on this downhill, and hope the quads hold up, hope I don't roll an ankle", a confié Sinclair à iRunFar. Ce n'est pas une décision euphorique : c'est un calcul froid. Engdahl montait mieux, une montée finale attendait vers Los Llanos, et finir deuxième sur une telle journée aurait été un gâchis objectif.

Le pari a fonctionné. À l'arrivée à Tazacorte, sept minutes de marge. Sinclair l'a appris en criant aux spectateurs le long du parcours, faute de communication en temps réel. "I was running a little scared", admet-il pour cette dernière montée. Puis quelqu'un dans la foule a lâché : "seven minutes." Assez pour lever les bras dans les rues de Los Llanos.

Ce qui a rendu ce pari possible, c'est un conditionnement très précis réalisé dès son arrivée sur l'île. Sinclair avait effectué un entraînement spécifique sur la descente depuis le Roque : une heure quarante pour ne couvrir qu'une partie du tracé, avec des quadriceps dévastés le lendemain. Ce travail de préparation neuromusculaire préventif est classique chez les spécialistes de montagne, mais rarement évoqué dans les analyses de course grand public.

Transvulcania comme pion dans un calendrier mondial : le vrai enjeu derrière la victoire

Notre lecture : pour Sinclair, la Transvulcania n'était pas une fin en soi. C'était un test de forme avant Western States 100, doublé d'une collecte de running stones UTMB. Le Canyons 25k, deux semaines plus tôt, remplissait la même double fonction. Il le dit sans détour à iRunFar : il avait besoin d'une pierre pour sécuriser une place au CCC, qu'il a signé quelques jours après la course.

Deux systèmes de qualification concurrents (UTMB World Series et le circuit Western States) pilotent désormais les calendriers des élites, les forçant à cumuler des courses sur des fenêtres très courtes. C'est une bonne nouvelle pour la Transvulcania, qui attire ainsi des athlètes de premier plan. Mais quand un champion construit sa saison autour de points et de pierres plutôt que de lieux, la relation entre l'athlète et le territoire se dilue derrière la logique de qualification.

Sinclair a visiblement été touché par La Palma et ses dix mille spectateurs dans les rues. "I feel like I'm not in such a niche sport for a second", dit-il à iRunFar. Ce témoignage compte. Mais tous les futurs champions de passage n'auront pas cette même sensibilité au lieu qu'ils traversent.

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