MIUT 2026 : Madère et ses 118 km de volcans, la course qui brise les certitudes depuis 18 ans

Le 25 avril 2026, les volcans de Madère reprennent leur travail de tri. Retour sur ce qui fait du MIUT l'épreuve la plus imprévisible du World Trail Majors, entre parcours retracé, météo atlantique et domination récente de Katie Schide.
Le 25 avril 2026, les volcans de Madère vont de nouveau trancher. Depuis sa naissance en 2008, le Madeira Island Ultra-Trail n'a jamais rendu la même course deux fois. C'est précisément ce qui en fait l'épreuve la plus difficile à déchiffrer de tout le calendrier mondial.
Fondée par Sidónio Freitas, la course madériote a traversé 18 ans de caprices atmosphériques, d'incendies et de parcours retracés. En 2025, comme l'a rapporté iRunFar, les incendies d'août 2024 avaient contraint à rerouter le tracé, portant la distance à 118 km pour 6 700 m de dénivelé positif. Katie Schide (États-Unis) y a signé une démonstration rare : septième au scratch, 14:20:56 au chronomètre, avec plus de 2h30 d'avance sur la deuxième femme. Paul Cornut-Chauvinc (France) a remporté la course masculine en 12:54:52 dans un final disputé à l'extrême. Le 25 avril 2026, les mêmes volcans reprennent leur rôle d'arbitre.
Les incendies ont redessiné le parcours, pas l'identité de la course
En août 2024, des feux ravagent une partie des sentiers de l'île. Le MIUT, épreuve du World Trail Majors, absorbe le choc. Selon iRunFar, la course 2025 passe à 118 km avec 6 700 m de dénivelé positif, soit environ 21 981 pieds de montée. Plus longue que la "115k" historique, mais toujours Madère : volcanique, humide, battue par l'Atlantique.

La redéfinition d'un tracé n'est jamais anodine. Modifier 15 à 20 km d'un parcours, c'est déplacer les zones de sélection, repousser les points de rupture. Les coureurs préparés sur le profil historique se retrouvent face à une inconnue partielle. Certains l'ont bien négocié. D'autres, moins.
Ce type d'aléa à l'échelle d'une île entière n'est pas propre à 2025. La végétation laurisylve de Madère, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, se régénère lentement après les incendies. Rien ne garantit que le tracé 2026 sera identique à celui de l'édition précédente. La seule constante, c'est l'imprévisibilité.
Katie Schide et ce que la domination absolue ressemble vraiment
La victoire de Katie Schide en 2025 mérite qu'on s'y attarde. Selon iRunFar, elle a bouclé les 118 km en 14:20:56, Martina Klančnik Potrč (Slovénie) complétant le podium féminin en 16:58, Mathilde Dujon (France) en troisième position en 18:26.
Pour mettre ces chiffres en perspective : 118 km, c'est presque trois marathons consécutifs sur terrain montagneux volcanique. La deuxième femme a parcouru ces trois marathons avec 2h30 de plus au compteur, l'équivalent du temps qu'il faudrait à un spécialiste solide pour boucler l'intégralité d'un marathon urbain. Toujours selon iRunFar, Schide a ouvert l'écart dès les premiers kilomètres et n'a jamais regardé derrière.
Elle a traversé les conditions nocturnes les plus difficiles, pluie, vent et boue, avant que le ciel ne se dégage en deuxième partie de course. C'est une performance qui réclame sa vraie dimension : Schide n'a pas simplement gagné à Madère en 2025, elle a redéfini l'échelle de ce qui est possible sur cette île.
La course masculine : un groupe compact, un dénouement tardif
Le contraste avec la course masculine est saisissant. Selon iRunFar, Paul Cornut-Chauvinc s'est imposé en 12:54:52, mais le groupe de tête est resté serré jusqu'aux toutes dernières rampes, la montée finale de Chão das Feiteiras à 93 km servant de sas de tri.

Cette dynamique n'est pas nouvelle à Madère. Le u-Trail, dans son analyse d'une précédente édition remportée par Vincent Esmiol sur 108 km en 12:49:03, décrivait déjà exactement la même logique : "C'est souvent là que les courses se gagnent à Madère : dans la capacité à ne pas exploser." Les distances varient d'une édition à l'autre. La philosophie de la course, elle, ne change pas.
Madère sanctionne les imprudents dès les premières heures. La victoire revient à celui qui gère, calcule et garde une réserve pour la fin. En 2025, Cornut-Chauvinc a su attendre.
Freitas, 18 ans à tenir une île comme une scène de compétition
Sidónio Freitas dirige le MIUT depuis son lancement en 2008, comme l'a documenté iRunFar dans un long portrait du directeur de course. Sa satisfaction, il la résume en une phrase : "voir la course partir et se terminer sans problème grave." Une exigence modeste en apparence, qui dit en réalité la complexité de tenir logistiquement un trail sur une île volcanique exposée aux vents de l'Atlantique.
Freitas a vu défiler les plus grands noms du circuit. François D'haene a gagné en 2019. En 2024, Valmassoi et Dhiman ont inscrit leurs noms au palmarès, selon iRunFar. En 2025, Schide et Cornut-Chauvinc. Ce renouvellement du palmarès indique moins un déclin des anciens que la profondeur compétitive mondiale en hausse constante.
L'appartenance au World Trail Majors garantit un plateau d'élite chaque année. Mais ce que Freitas défend avant tout, c'est, selon ses propres mots rapportés par iRunFar, cette dimension "puissamment émotionnelle" de la ligne d'arrivée, la foule qui attend les coureurs après une nuit entière de course.
2026 : les signaux faibles d'un plateau en construction
Dans un entretien publié par iRunFar après l'UTMB 2025, la Française Camille Bruyas a exprimé clairement son envie de prendre le départ du MIUT : "J'aime vraiment Madère, j'espère y être l'année prochaine." Si elle concrétise cette intention, elle apporterait un enjeu supplémentaire considérable au plateau féminin 2026.
Le vrai dossier reste cependant la météo et l'état des sentiers. En 2025, la pluie, le vent et la boue ont marqué la première moitié de la course. La seconde a été illuminée par un ciel dégagé et des vues sur l'océan. Madère opère ainsi : elle inflige d'abord, elle offre ensuite.
La question du tracé 2026 reste ouverte. L'érosion post-incendie et la régénération des sentiers peuvent encore redistribuer les cartes d'une saison à l'autre. Freitas, lui, reste à son poste. Les volcans, eux, n'ont jamais bougé.
Le MIUT n'est pas une course que l'on prédit : c'est une course que l'on subit, puis que l'on raconte. Ce que révèlent les éditions récentes, c'est que Madère fonctionne avant tout comme un révélateur. On n'y gagne pas par hasard, et l'on n'y résiste pas sans une ossature solide. Schide l'a démontré par l'écrasement, Cornut-Chauvinc par la patience. Ce que l'on observe depuis quelques années sur le circuit ultra, c'est une spécialisation croissante : les coureurs qui gagnent Madère sont ceux qui l'ont étudiée, pas ceux qui s'y sont contentés de figurer. Le 25 avril 2026, les volcans reprendront leur travail de tri. C'est leur fonction depuis 18 ans.
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