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Diagonale des Fous : 175 km, 10 107 m de D+ et dix heures entre l'élite et le milieu de peloton

Par Marc Blanc·9 mai 2026·4 min de lecture
Diagonale des Fous : 175 km, 10 107 m de D+ et dix heures entre l'élite et le milieu de peloton

La Diagonale des Fous cumule 175 km, 10 107 m de dénivelé positif et une participation qui grossit d'année en année. Trois éditions de données publiées par UTMB.world permettent d'analyser ce géant réunionnais avec une rigueur que le seul récit de souffrance ne permet pas.

La Diagonale des Fous n'est pas un ultra parmi d'autres. Cent soixante-quinze kilomètres sur une île volcanique, 10 107 mètres de dénivelé positif, une chaleur humide qui pèse dès les premiers hectomètres : le Grand Raid de La Réunion propose chaque année l'une des épreuves les plus exigeantes de la planète. Les données récentes permettent enfin de la lire autrement que par le seul prisme de la souffrance.

Inscrite dans le circuit UTMB World Series en catégorie 100M, la Diagonale des Fous est la pièce maîtresse du Grand Raid de La Réunion. Les pages de résultats publiées sur utmb.world signalent 2 764 classés en 2023 et 2 839 en 2024. Pour l'édition 2025 (saison UTMB), les données individuelles consultées sur la même plateforme font état de 2 064 coureurs classés. Des temps révélateurs : Jean-Pierre Grondin boucle la 2025 en 30:36:25, 22e au général, quand Emmanuel Courtot met 40:41:08 pour finir 243e en 2024. Dix heures d'écart. La même île. Deux expériences que rien ne rapproche vraiment.

Un parcours qui change de visage selon les éditions

Les profils de coureurs publiés par utmb.world révèlent une donnée que les récits de course passent souvent sous silence : la distance de la Diagonale n'est pas fixe. Sur l'historique de Katie Schide figure une Diagonale des Fous à 167,3 km et 9 710 m de D+, courue un 18 octobre selon la source. Les éditions 2024 et 2025 (saison UTMB), elles, affichent 175 km et 10 107 m de D+. L'écart représente près de 8 kilomètres et 400 mètres de dénivelé supplémentaire.

A lone trail runner wearing a headlamp and race bib navigating steep volcanic rock fields at night on Réunion Island, de

Ce n'est pas une erreur de saisie. La Réunion est une île vivante, et le terrain de la Diagonale l'est avec elle. Les éruptions du Piton de la Fournaise, les éboulements, les passages cycloniques modifient régulièrement l'accessibilité de certains secteurs. Comparer les temps d'une édition à l'autre sans tenir compte de ces variations revient à comparer des courses qui ne sont pas tout à fait les mêmes. C'est l'une des particularités que très peu de grands ultras partagent à ce degré.

2 764 puis 2 839 résultats : une popularité qui résiste à la logique

Entre 2023 et 2024, le nombre de résultats publiés sur utmb.world pour la Diagonale est passé de 2 764 à 2 839, soit 75 de plus d'une édition sur l'autre. La progression est modeste en valeur absolue. Elle est significative en ce qu'elle existe : une épreuve de cette intensité, par cette chaleur tropicale, sur un relief volcanique, ne devrait pas attirer davantage de candidats. Elle le fait quand même.

Pour l'édition 2025, les profils individuels extraits de utmb.world font état de 2 064 coureurs classés, dont 1 816 dans la catégorie masculine. Ces chiffres couvrent la seule Diagonale, pas les autres épreuves du Grand Raid — la Mascareignes, le Trail de Bourbon — qui mobilisent elles aussi plusieurs milliers de coureurs sur le week-end. L'épreuve phare attire donc, à elle seule, un plateau de plus de 2 000 personnes prêtes à passer au minimum trente heures sur des sentiers volcaniques. C'est un fait sociologique autant que sportif.

30:36:25 contre 40:41:08 : l'abîme que dix heures révèlent

Jean-Pierre Grondin a terminé l'édition 2025 (saison UTMB) de la Diagonale en 30 heures, 36 minutes et 25 secondes, selon son profil utmb.world. Il s'est classé 22e au général sur 2 064 coureurs classés, 21e dans la catégorie masculine. C'est un résultat d'élite sans être une victoire : le plateau de tête de la Diagonale est assez dense pour que 30h36 ne suffise pas à figurer dans le top 20.

Large crowd of ultra trail runners at the start line of a major race on a tropical island, colorful technical running ge

Emmanuel Courtot a mis 40:41:08 pour terminer 243e au général de l'édition 2024, sur 175 km et 10 107 m de D+, selon son propre profil utmb.world. L'écart entre les deux performances dépasse dix heures. À cette distance, les deux hommes n'ont pas traversé les mêmes nuits, n'ont pas géré les mêmes états de fatigue, n'ont pas vu le même lever de soleil sur les cirques. L'un a couru dans la fraîcheur relative de la première nuit. L'autre en a subi une deuxième complète.

Anthony Tanchon, dont le profil utmb.world indique un index UTMB de 609, a terminé 352e de cette même édition 2025. Ces trois points de données croisés dessinent la profondeur d'un peloton que très peu de courses européennes peuvent égaler.

La présence de l'élite mondiale : ce que l'intégration UTMB redistribue

L'historique de résultats de Katie Schide sur utmb.world mentionne une participation à la Diagonale des Fous, aux côtés de son OCC (55 km, 3 425 m de D+) dans le cadre de l'UTMB Mont-Blanc. Sa présence à La Réunion n'est pas anodine. Schide est l'une des coureuses d'élite mondiale qui gravitent dans l'écosystème des courses affiliées UTMB. Si elle choisit la Diagonale, c'est que la course est devenue une étape stratégique dans un circuit planétaire, pas seulement un défi exotique.

Course historique de La Réunion, la Diagonale a construit sa réputation sur des décennies d'exigence, bien avant de rejoindre l'orbite de l'UTMB World Series. L'intégration a apporté de la visibilité internationale, des plateaux plus étoffés en élite étrangère et une base de données structurée. Elle a aussi posé une question que personne n'a encore résolue : comment une course dont le tracé change, dont le climat est imprévisible et dont le terrain est volcanique peut-elle s'inscrire dans un système conçu pour la comparabilité ?

Ce que les chiffres ne capturent pas

Les données accumulées sur utmb.world permettent d'établir des tendances claires. La participation progresse. Les écarts entre l'élite et le reste du peloton sont considérables. La distance varie selon les éditions. Ce qu'aucun tableau ne capturera jamais, c'est ce qui se passe à 3 heures du matin dans les cirques de l'île, quand il ne reste plus que des jambes qui ne répondent plus et une lampe frontale qui tremble.

Les données décrivent une course. Elles n'expliquent pas pourquoi ceux qui ont abandonné pensent déjà à revenir.


Ce que trois éditions de données UTMB dessinent, c'est une course extrême qui grossit et s'internationalise sans perdre, pour l'instant, ce qui la rend unique. La Diagonale résiste à la normalisation parce que le terrain volcanique refuse d'être normal : chaque édition repose sur un parcours que l'île elle-même a validé ou modifié. La vraie question n'est pas de savoir si la course peut continuer à croître. Elle est de savoir si un système de qualification et de points peut durablement coexister avec une épreuve que le Piton de la Fournaise se réserve le droit de reconfigurer. Pour l'instant, le volcan n'a pas donné son avis.

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