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39e West Highland Way : pourquoi le Royaume-Uni est devenu la nation de l'ultra

Par Marc Blanc·19 juin 2025·5 min de lecture
39e West Highland Way : pourquoi le Royaume-Uni est devenu la nation de l'ultra

Vingt courses d'ultra-endurance en un seul week-end, de 50 km à 153 km, des Highlands aux îles Scilly. Le calendrier britannique du 20 juin 2025 n'est pas un hasard : c'est le résultat de décennies de construction.

Vingt courses d'ultra-endurance en soixante-douze heures, trois nations, des Highlands écossais aux îles Scilly. Ce week-end du 20 juin 2025 n'est pas une exception britannique. C'est la règle.

Selon Ultrarunning World, le programme du week-end du 20 juin 2025 rassemblait vingt événements d'ultra-endurance sur le sol britannique, des formats 50 kilomètres aux 153 kilomètres, des courses de 6 heures aux Backyard Ultras de 31 heures. Deux épreuves structurent cet agenda dense : la 39e édition du West Highland Way Race, 153 kilomètres entre Milngavie et Fort William en Écosse, et la Scilly 60, 60 kilomètres courus sur l'archipel des îles Scilly. Autour, une constellation de courses en Angleterre, au Pays de Galles et en Écosse dessine la carte d'une scène trail d'une densité sans équivalent en Europe.

Le West Highland Way Race : 39 ans sans sommet, sans compromis

En France, la légitimité d'un ultra se mesure souvent à son dénivelé positif. Le West Highland Way Race refuse ce paradigme. Sur ses 153 kilomètres de Milngavie, banlieue nord de Glasgow, à Fort William au pied du Ben Nevis, l'épreuve traverse les Highlands sans chercher les cimes. La première moitié longe le Loch Lomond, entre forêts denses et rives lacustres. La seconde franchit Rannoch Moor, plateau tourbeux souvent décrit comme l'une des étendues sauvages les plus absolues des îles Britanniques.

Runners at dawn start of the West Highland Way Race in Milngavie town center, Scotland, headlamps glowing in blue misty

À 153 kilomètres, la distance équivaut à environ 3,6 marathons, une amplitude comparable à la Diagonale des Fous (165 km) mais sur un profil radicalement différent. Ce n'est pas un chiffre anodin : le WHW Race appartient aux grands point à point historiques d'Europe, sans la machinerie médiatique de l'UTMB ni les partenaires titres en or.

Trente-neuf éditions consécutives placent le départ de la première course vers la fin des années 1980, quand le trail n'avait pas encore de définition officielle, pas de marché, pas d'applications d'inscription en ligne. Ultrarunning World décrit cette édition 2025 comme une célébration. Disons plutôt une confirmation : ce type de course, fondé sur la durée et la répétition, n'a pas besoin de se réinventer pour exister.

La Scilly 60 : quand la logistique devient discipline à part entière

À l'autre extrémité de la carte britannique, la Scilly 60 déplace le problème. Selon Ultrarunning World, la course se tient sur l'île de Saint Mary's, dans l'archipel des îles Scilly, à une cinquantaine de kilomètres au large de la pointe sud-ouest de la Cornouailles. Pour atteindre le départ, les coureurs doivent embarquer sur un ferry ou prendre un vol régional depuis Penzance. L'île principale mesure environ 4 kilomètres dans sa plus grande largeur.

Construire un 60 kilomètres sur un tel espace impose mécaniquement des boucles, des passages répétés sur les mêmes chemins côtiers, une gestion de ravitaillement intégralement dépendante du fret maritime. La contrainte logistique n'est pas un obstacle à l'événement : elle est l'événement. C'est l'exact opposé du trail alpin, où l'étendue de l'espace est le matériau principal.

Cette course illustre une tendance de fond : l'ultra-endurance explore désormais les géographies improbables, les îles, les zones polaires, les déserts, là où l'accès lui-même constitue une première épreuve. Les îles Scilly en sont la version britannique la plus radicale.

Le Backyard Ultra s'est converti en pilier du calendrier britannique

Deux épreuves au format Backyard Ultra figuraient dans le programme du week-end documenté par Ultrarunning World : le Longbridge 100, organisé jusqu'à 31 heures à Litlington, et le Breakheart Backyard Ultra, plafonné à 26 heures à Dursley. Même logique pour les deux : une boucle de 6,7066 kilomètres à compléter chaque heure, jusqu'au dernier coureur debout.

Solo trail runner on narrow rocky coastal path on St Mary's island, Isles of Scilly, bright turquoise Atlantic water vis

Le format, inventé par Gary "Laz" Cantrell, le père du Barkley Marathons, a longtemps occupé la marge du calendrier ultra. Il s'est depuis institutionnalisé avec des championnats du monde, des circuits nationaux et des records en progression constante. Deux épreuves en un seul week-end sur le sol britannique, c'est le signal que la discipline a définitivement quitté le statut de curiosité.

Pour les organisateurs, l'attrait est évident. Un périmètre de boucle unique, balisé une seule fois, des coureurs qui s'éliminent par épuisement progressif. Coût de production contenu, dramaturgie intrinsèque. Le modèle est redoutablement efficace, et la Grande-Bretagne l'a adopté plus vite que la plupart de ses voisins continentaux.

Vingt courses en un week-end : l'arithmétique d'un marché mature

Ce que le recensement d'Ultrarunning World révèle, c'est moins l'existence de ces vingt courses que leur coexistence sans friction apparente. Trois épreuves autour du thème jurassique (Jurassic Extinction 105 miles à Weymouth, Jurassic Coast 105 miles à Poole, Jurassic Coast 50km à Lyme Regis), plusieurs courses dans les 50 miles (Three Shires Way, Ultra Wales 50, Epona 100), des timed events de 6 à 24 heures (Hopper, Saltire, MK24 Midsummer Run). Et encore le Race to the King sur 49, 52 ou 100 kilomètres à Goodwood, le Minotaur/Hydra/Centaur proposant trois distances simultanées autour de Dorking, le Two Roses Ultras 100k dans les Pennines.

Cette architecture n'est pas de l'activisme militant pour l'ultra. C'est une offre structurée, segmentée, pensée pour des profils radicalement différents : le coureur qui cherche son premier 50km, l'expérimenté qui veut un point à point historique, l'amateur de formats chronométrés, le chercheur de limite du Backyard Ultra. Cette segmentation est la marque d'une scène arrivée à maturité économique.

Un bémol mérite d'être posé. La densité chronologique peut aussi signifier une guerre pour les inscriptions, des courses trop proches géographiquement qui se cannibalisent. La maturité d'un écosystème ne protège pas automatiquement ses acteurs les plus fragiles.

Ce que la France peut apprendre d'un pays sans Alpes

Le trail britannique n'a pas de Chamonix, pas de Vanoise, pas de vue sur le Mont-Blanc. Il a bâti sa culture sur autre chose : la distance, la durée, l'inventivité de format, le pragmatisme logistique. Ce week-end du 20 juin 2025, tel que documenté par Ultrarunning World, n'est pas un accident de calendrier. C'est le produit de décennies de construction communautaire à bas régime.

Le West Highland Way Race à 39 éditions rappelle que la légitimité d'une course ne s'achète pas avec un budget marketing : elle se construit par la répétition, par la fidélité des coureurs qui reviennent. La Scilly 60 démontre que l'imagination logistique peut tenir lieu de relief. Et les deux Backyard Ultras confirment que l'ultra-endurance sait encore inventer de nouveaux langages quand on lui en laisse la liberté.

La France a les montagnes et les records d'inscription à l'UTMB. Les Britanniques ont la densité, la diversité et quelque chose de plus discret, peut-être plus solide : une pratique populaire qui n'a pas eu besoin d'un événement phare unique pour exister.

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